Alors que la consigne est au confinement et à l’évitement de tout regroupement, coronavirus oblige, le cabinet du wali de Tipasa semble fonctionner sur une autre dimension, en continuant à programmer les sorties sur terrain du chef de l’exécutif.

Un communiqué transmis, avant-hier, invite les représentants de la presse à une tournée de travail du chef de l’Exécutif dans la daïra de Bou Ismaïl avant de se raviser en fin de journée. Finalement, au lieu de la sortie sur terrain, le wali a réuni un conseil exécutif extraordinaire, dédié aux mesures préventives pour contrer l’épidémie du coronavirus qui connaît un développement exponentiel. Les sorties sur le terrain du chef de l’Exécutif, rappelons-le, se terminent toujours par un rassemblement des citoyens dans des salles souvent exigües et une ambiance tendue pour exposer leurs problèmes et préoccupations au premier responsable. Cela a été le cas la semaine dernière au niveau de la daïra de Hadjout où la rencontre, organisée pourtant dans l’amphithéâtre du CFPA de la commune, a failli tourner à l’émeute faute de places pour permettre à tous les citoyens d’y assister ou, comme à Fouka, où le wali a dû quitter la salle pour éviter la pagaille. Finalement, le wali a réuni son staff en session extraordinaire du conseil de wilaya, élargi aux P/APC ainsi qu’aux membres du conseil de sécurité, pour prendre les mesures nécessaires contre l’épidémie. Il a été question de mesures pour nettoyer et désinfecter les espaces publics -les salles de soins, de sport, les mosquées, places publiques, maisons de jeunes, arrêts de bus et plus tard écoles et centres de formation professionnelle. La mission a été confiée à l’Epic Tipasa Propreté, ce qui laisse un peu dubitatif, vu le peu de moyens dont elle dispose et l’absence de technicité de ses éléments. On annonce que le nettoyage se fera à grande échelle avec de l’eau décontaminée, mais d’aucuns se demandent sous quelle supervision se fera cette opération, quand on connaît le manque de réactivité et le laxisme des chefs de daïra et des élus. Lors du conseil de wilaya, le représentant du Croissant-Rouge algérien a soulevé un point important, en attirant l’attention des responsables sur la nécessité de revenir aux bonnes vieilles méthodes, à savoir nettoyer les oueds, foyers de contamination puissants et négligés par les communes qui les abritent et ce durant ce mois de mars, période propice pour empêcher la prolifération de toutes sortes d’insectes, qui pourrissent la vie aux citoyens durant la saison estivale. La lutte contre les moustiques (lutte anti larvaire), l’épandage de chaux dans les endroits qui nécessitent cette opération est plus que nécessaire pour détruire les foyers larvaires. Il citera, entre autres, le cas de la commune d’Attatba où se trouve un oued, non loin du marché de gros des fruits et légumes, qui pollue l’atmosphère avec les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent. L’autre décision anormale est l’annonce par Seaal de Tipasa, qu’il sera procédé, pendant 15 jours, à l’arrêt de la distribution en eau potable dans les communes de Bourkika et de Ahmer El Aïn en raison de dragage (enlèvement de la boue) du barrage de Bouroumi, qui dessert une partie de la wilaya, en plus de Blida et d’Alger. Cette décision laisse perplexe car les gestionnaires délégués de l’eau auraient dû choisir une période plus propice, au lieu de priver les centaines de familles d’eau potable en cette période qui risque d’avoir des répercussions graves sur l’hygiène publique. La fermeture des salles de sport et leur désinfection a été décidée au cours du conseil de wilaya qui prévoit de les utiliser en cas de besoin pour prendre en charge les malades atteints du virus.
Le directeur du commerce avertit des risques de pénuries et de spéculation
Face à la fièvre acheteuse, le directeur du commerce Djamel Hadjal est intervenu, en conseil de wilaya (répercuté par la radio locale), en rassurant les citoyens sur la disponibilité des produits de large consommation, au lieu d’être présent, à travers ses agents, sur le terrain. « Vous serez responsables de la pénurie et de la spéculation car le commerçant cherche toujours ces occasions pour en profiter », avertit le responsable, non sans une certaine tendance à culpabiliser les consommateurs, déjà sous pression et en situation de psychose, au lieu d’annoncer des mesures de contrôle plus sévères ou au moins une présence continue et assidue de ses inspecteurs qui doivent sortir de leurs bureaux. La Protection civile a, de son côté, fait dans l’efficacité en annonçant la préparation et l’équipement de trois ambulances pour prendre en charge les malades qui pourront la joindre à travers ses numéros verts (le 14 ou encore le 10-21) au lieu de se déplacer seul ou en faisant prendre des risques aux membres de la famille. Selon le responsable de la cellule de communication, des mesures sont prises sur tout le territoire qui sera couvert par les trois ambulances installées respectivement à l’ouest, au centre et à l’est de la wilaya et qui sont toutes dotées d’une équipe médicale qui a bénéficié d’une formation pour intervenir rapidement et sans prendre de risques. Ces derniers appellent les citoyens à faire appel aux pompiers en cas de contamination ou de suspicion afin d’éviter la propagation du virus. La direction des transports publics a, elle aussi, annoncé l’obligation du port de masques et gants dans les bus pour les conducteurs pour le transport de passagers en veillant à la propreté des mains et éviter les frottement direct et la promiscuité entre les personnes, sans oublier le nettoyage des bus avec des solutions alcoolisées avant et après chaque voyage effectué par bus. Pour empêcher le déplacement des familles vers les parcs et lieux de loisirs, les responsables ont annoncé la fermeture de tous les parcs de loisirs dont « Tipasa Park». Selon les responsables de ce parc, le jardin est, actuellement, soumis au nettoyage, à la stérilisation et la fermeture va continuer jusqu’à ce que les choses reviennent à la normale. Selon certains citoyens, la communication est toujours très faible en Algérie et la prévention manque beaucoup chez nos citoyens qui n’ont pas encore pris la mesure réelle de cette épidémie invisible. Certains vont jusqu’à se vanter, dans les émissions de radio trottoir du média local, qu’ils n’ont pas peur, qu’ils continuent à toucher et embrasser les gens, normalement, sans se soumettre au lavage des mains toutes les heures, comme indiqué par l’OMS, en concluant par une phrase fataliste à savoir que « seul Dieu décide pour nous ».<