Deux sites, à savoir la plage Tizirine, située dans la commune de Cherchell, et celle du Colonel-Abbès à Douaouda, ont été retenus pour le lancement de la campagne de caractérisation des déchets ménagers dans la wilaya de Tipasa, une opération réalisée sous l’égide de l’Agence nationale des déchets (AND).

Les membres du commissariat national du littoral (CNL) de la wilaya participent à l’opération en travaillant sur une centaine de mètres des deux plages. Ils récupèrent les déchets entreposés sur le site avant de procéder à leur classement, tout en poursuivant l’opération durant les mois d’automne, d’hiver et même en été pour avoir une idée très précise du mode de consommation des citoyens et d’envisager la meilleure façon de traiter leurs déchets ménagers. L’intérêt de cette campagne n’a pas été bien expliqué et d’aucuns se demandent à quelle fin peut-elle servir, quand on sait que la question de la gestion des déchets reste un casse-tête pour tous les responsables qui n’ont toujours pas trouvé la solution idoine pour la rationaliser et en finir avec les solutions boîteuses.
C’est le cas en tout cas des centres d’enfouissement technique des déchets (CET), qui ont montré leurs limites partout dans le pays, alors qu’on les avait présentés comme la panacée. Ces derniers sont tous saturés, très mal gérés et certains ont même été fermés, tandis que pour d’autres on ne fait que reporter le problème en réalisant des extensions comme cela est le cas du CET de Sidi Rached, qui prend en charge les déchets de plus de 8 communes.
Est-ce nécessaire, s’interrogent certains sceptiques, de lancer une campagne de caractérisation des déchets alors qu’à vue d’œil on peut voir le type de déchets qui existent dans la wilaya, à savoir en majorité des ordures ménagères, c’est-à-dire des résidus putrescibles. De nos jours, les procédés de traitement des déchets n’ont plus aucun secret pour personne, puisqu’il s’agit soit du recyclage, du compostage, de la déchetterie ou de l’incinération. Selon les spécialistes en la matière, en particulier les Allemands qui disposent d’une excellente expertise et auxquels l’Algérie a fait appel, avant d’opter pour l’une de ces multiples techniques, il faut établir la caractérisation des déchets. Le lexique a, aussi, son importance car il faut connaître la nature des déchets, à savoir le type, la chimie, le pouvoir calorifique, pour l’acheminer par la suite vers le compostage ou le recyclage, à titre d’exemple. Une étape qui semble avoir été oubliée par les décideurs au moment du lancement des CET dans notre pays. Le rôle de la caractérisation est, donc, la définition du déchet pour le traiter, soit par recyclage, compostage ou incinération. Une étape incontournable pour une valorisation effective de ce produit, indiquent les spécialistes.
Les premières campagnes, en Algérie, ont été lancées en 2014 avec le concours de l’AND et des EPIC chargés de la gestion des déchets des communes concernées qui ont mis en place des équipes de tri constituées de 8 à 10 personnes. L’opération de caractérisation se déroule en deux étapes, c’est-à-dire, une analyse granulométrique sur la base des dimensions du déchet, suivie par une analyse du tri effectué, qui se fait sur la base de la nature du déchet, plastique, verre, carton, papier, restes de nourriture etc.
Au niveau de l’échantillonnage, en principe deux types de sites ou quartiers sont choisis dans chaque wilaya, selon qu’il s’agit d’un habitat collectif ou individuel. Par la suite, il est prévu de lancer trois campagnes jusqu’à la saison estivale pour avoir un profil complet sur une année.
La stratégie de l’Agence Nationale des Déchets (AND)
Pour cette agence, la gestion des déchets solides urbains est au cœur des enjeux environnementaux auxquels les pouvoirs publics font face au quotidien. La gestion optimale et la mise en place des filières de valorisation et de recyclage sont des actions concrètes et des gisements économiques qui restent à mener. Il est, donc, dans l’intérêt général que la quantité des déchets destinés à l’élimination soit réduite le plus possible, ne serait-ce que pour économiser le foncier qui est de plus en plus rare et difficile à trouver.
Parmi les déchets solides générés en Algérie, les déchets ménagers et assimilés (DMA) représentent la fraction la plus importante avec environ 11 millions de tonnes/an (selon les chiffres de 2014). La maîtrise de leur composition est donc nécessaire pour évaluer, au préalable, leur potentiel risque pour le milieu récepteur et le choix du mode de traitement le plus optimal, d’où l’idée de caractérisation dite campagne Modecom (méthode de caractérisation des ordures ménagères).
C’est à ce titre, d’ailleurs, que l’Agence nationale des déchets (AND) tente de promouvoir une vision appropriée des déchets à travers la mise en place d’un plan d’actions visant à bien cerner le gisement tant sur le plan quantitatif que qualitatif.
Dans leur premier rapport, les responsables de l’AND ont veillé à connaître, sur le plan qualitatif, les déchets produits par les ménages dans les trois zones que représente l’Algérie, à savoir le Nord, la zone semi-aride et la zone aride.
Dans la wilaya de Tipasa, le volume approximatif des déchets et des ordures ménagères rejetés, quotidiennement, par les foyers et autres commerces et structures publiques et privées est évalué à 500 tonnes. La question qui se pose est de savoir si les services concernés par la collecte et l’acheminement des ordures dans les décharges publiques et autres CET, intervenant dans tout le processus de traitement, sont actuellement en mesure de gérer de manière optimale le traitement des déchets afin d’éviter les répercussions néfastes sur la santé des citoyens et sur l’environnement.
Les Progdem, la stratégie locale de gestion des déchets
Dans la wilaya de Tipasa, il existait, durant les deux dernières décennies, 16 décharges publiques sauvages qui, en majorité, ne répondaient pas aux normes en vigueur et plus de 140 points noirs (décharges sauvages et rejets dans les oueds et en mer), disséminées à travers le territoire des 28 communes que compte la wilaya. Les choses ont commencé à bouger et changer avec la mise en place de la nouvelle stratégie de gestion des déchets ménagers dont les projections s’étalent sur le long terme (25 ans), préconisant notamment la dotation de chaque commune d’un schéma directeur de gestion des ordures ménagères ainsi que l’ouverture de Centres d’enfouissement technique (CET). L’axe essentiel de la stratégie préconisée est le Programme de la gestion intégrée des déchets ménagers (Progdem), qui prévoit une batterie de mesures concernant tout le processus de traitement des déchets ménagers, à commencer par la collecte des ordures.
La réalité du terrain est, hélas, tout autre et les responsables à tous les niveaux devraient revoir leurs copies, concernant la mise en place des CET, dont la durée de vie s’est avérée très courte eu égard au développement et au changement des habitudes de consommation, et souffrent tous de saturation sans oublier leurs lots de nuisances pour les habitants vivant à proximité de ces derniers.n