La Journée mondiale des zones humides (JMZH), célébrée chaque année le 2 février, pour commémorer la signature, en 1971, dans la ville iranienne de Ramsar, de la Convention sur les zones humides, aura un cachet particulier dans la wilaya de Tipasa. Il est prévu un lâcher de canards colvert, l’organisation d’un cours d’initiation à l’ornithologie, destiné aux lycéens de Sidi Amar, la plantation d’arbres sur les berges du barrage de Boukourdane et d’autres sites et la tenue d’une conférence à l’université Abdellah-Morsli.

Cette année, le thème de la journée est dédié à la biodiversité car, comme l’expliquera à Reporters le nouveau conservateur des forêts Belaïd Djamel, celui-ci est très important, car il permettra d’expliquer au grand public que les zones humides entretiennent la biodiversité et servent d’habitat à des plantes et des animaux extrêmement divers. Selon les dernières estimations des organismes internationaux, qui observent et veillent sur la protection de la nature, la biodiversité est en déclin dans le monde entier et les zones humides disparaîssent trois fois plus vite que les forêts, ce qui ne manquera pas d’avoir des effets néfastes sur la faune et la flore. D’où l’intérêt et la nécessité de ce type de manifestations destinées au grand public. Selon les résultats d’une étude, publiée dans la revue Science, en septembre dernier, « 3 milliards d’oiseaux ont disparu en Amérique du Nord les 45 dernières années. Sur les 529 espèces d’oiseaux recensées et analysées depuis 1970, 29% ont disparu, aujourd’hui ». Ce sont des chiffres terrifiants, selon les scientifiques, mais, hélas, peu surprenants et prévisibles, si l’on en juge par les changements climatiques mais, aussi, par la destruction du biotope de ces espèces. Les chercheurs ont analysé 529 espèces, « vivant dans des milieux divers en dehors des zones humides dans lesquelles la population s’est développée, tous les autres écosystèmes enregistrent une descente aux enfers effrayante », d’où la nécessité de préserver coûte que coûte les zones humides. En Europe, la même situation est observée et, durant ces 25 dernières années, 600 millions d’oiseaux ont disparu du continent et, quasiment, tous les écosystèmes accueillant les oiseaux sont touchés. « Si les oiseaux des forêts ont subi une forte baisse, le pire des biomes est clairement et, de très loin, celui des terres agricoles, où la chute est de 53% en 48 ans », alertent les mêmes experts. Chez nous, la situation doit être similaire mais, faute d’études sur le sujet, on observe le blackout et on ferme les yeux. L’étude, en cours, menée par la Conservation des forêts de Tipasa sur le dénombrement des oiseaux migrateurs pourrait apporter quelques données et indicateurs intéressants à analyser. Selon Belaïd Djamel, qui, depuis son installation à Tipasa, a insufflé une nouvelle dynamique au secteur, il existe, dans la wilaya des zones humides artificielles telles que les barrages de Boukourdane, de Kef Eddir et de Boudjebroune, ainsi qu’au niveau des oueds de Messelmoune, Mazafran et Damous où l’opération de dénombrement des oiseaux migrateurs se déroule jusqu’à la fin du mois. Le thème représente, pour lui, une bonne occasion pour mettre en évidence la richesse des zones humides dans leur biodiversité, de même que la manifestation est une occasion pour promouvoir des actions pour faire cesser et inverser sa dégradation, voire même sa perte.

L’état de la biodiversité…
Le programme de la manifestation démarre aujourd’hui jeudi, par des activités de reboisement au niveau de plusieurs sites de la wilaya, il se poursuivra samedi au barrage de Boukourdane, pour s’achever dimanche à l’université de Tipasa. Les forestiers, aidés par des jeunes et membres de la société civile, procéderont à la plantation d’espèces arboricoles, comme le cyprès, pour fixer les berges du barrage, en collaboration avec l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) et s’adonneront à une opération de dénombrement des oiseaux migrateurs d’eau, car c’est la période où ces derniers traversent la Méditerranée, venant de différents pays d’Europe, pour passer l’hiver ici, avant de poursuivre leur route vers l’Afrique sub-saharienne. L’opération consistera à compter les volatiles, recenser les diverses espèces, leur nature. Au mois de mai, la Conservation poursuit le travail en faisant le dénombrement des oiseaux nicheurs car, si ces derniers trouvent de bonnes conditions d’accueil, qui soient favorables à la nidation, de la nourriture et l’absence de pollution, par exemple, ils restent, sinon ils quittent vers des contrées plus clémentes. A cette occasion, un cours d’initiation à l’ornithologie (science des oiseaux) aura lieu sur le site du barrage et quelques notions seront dispensées aux lycéens en même temps que sera organisé un concours de dessins avec les clubs verts de l’éducation. A l’université, après une plantation symbolique d’arbres, le cycle de conférences débutera sur des thèmes touchant à la journée, en insistant sur l’importance des zones humides au niveau local, pour la protection de la faune et de la flore et sur l’état de la biodiversité, animées par des cadres de la Conservation des forêts, de l’université et du centre cynégétique de Zéralda. La salle de conférences de l’université sera un lieu de débats entre les participants à la journée, associations, élèves, riverains, citoyens, chasseurs, forestiers et autorités locales, après la prise de parole des communicants qui insisteront sur la protection de la biodiversité, sur l’importance des zones humides face au changement climatique ainsi que la typologie des zones humides algériennes et leur biodiversité. Cet événement est l’occasion de faire découvrir les zones humides, de sensibiliser le public aux valeurs et aux avantages de ces milieux, barrages, étangs, lagunes, marais salants, mares, marais, ruisseaux, tourbières, vallées alluviales, prairies inondables, et de rappeler les objectifs fixés, depuis 42 ans, par la Convention de Ramsar, dont l’esprit s’inscrit dans une démarche d’échanges, de communication et de sensibilisation. Cette journée est l’occasion pour les acteurs et responsables du secteur de l’eau, des forêts et des espaces naturels de partager avec le plus grand nombre de citoyens leur passion pour ces milieux afin de les préserver mais, également, d’informer et de sensibiliser les plus jeunes sur la richesse de ces territoires fragiles.