Pour ce scrutin des législatives anticipées dans la wilaya de Tipasa, les sentiments sont partagés entre les pour, c’est-à-dire les inconditionnels du vote quelle que soit la situation ou la qualité des candidats, et les contre, des hirakistes purs et durs aux militants des partis boycotteurs de ce rendez-vous électoral, ainsi que les nombreux sceptiques qui attendent de voir la suite.

De Tipasa, Djamila Seddiki
Ceci pour dire que hier matin à Tipasa, jour du scrutin des législatives anticipées, l’ambiance est à la dilettante. Pas d’engouement spécial ni de précipitation des électeurs, une petite animation aux abords des bureaux de vote ou des citoyens devisent gentiment sans se faire d’illusions sur les lendemains qui chantent. Les mêmes travers, les mêmes indisciplinés et autres gestes inciviques des partis politiques et autres candidats se retrouvent lors de ce scrutin devant l’indifférence de l’administration locale et des représentants de l’ANIE locale.
Du côté de cette dernière, on fait comme si de rien n’était, pourvu que le jour du vote les citoyens soient présents même timidement, étant donné l’ambiance générale. On aura tout vu durant la campagne électorale qui a mis en course 41 listes et 332 candidats pour 6 sièges accordés à la wilaya contre 7 auparavant, nouveau découpage territorial oblige.
Parmi les incongruités constatées et relatées par un citoyen, désabusé par la situation dans le pays marquée par des arrestations tous azimuts de démocrates, alors que les islamistes – qui ont beaucoup de chance vu leur discipline et leur sérieux – affûtent leurs armes pour mettre à bas la démocratie et s’emparer du pouvoir. Ce qui n’est pas du tout exclu, il n’y a qu’à regarder de près les panneaux d’affichage pour avoir une idée…
Des affiches collées sur les devantures de toilettes publiques, sur les murs des écoles primaires de la commune de Cherchell pour ne citer que celles-ci, ce qui est, en principe, interdit par la loi. Des candidats qui affichent leur qualité de président et vice-président d’APC (Cherchell et Fouka) au lieu de leur fonction ou profession. Des candidates sans emploi dénotent de la clochardisation du poste et de la mission de député à l’Assemblée populaire nationale, des campagnes électorales qui se sont poursuivies sur les pages Facebook pendant la période de silence, c’est-à-dire à la clôture de la campagne, sans qu’ils soient rappelés à l’ordre, collage anarchique des affiches et autres posters qui se chevauchent sur les panneaux installés n’importe où comme pour décourager les citoyens qui veulent les regarder de près. Certains caciques du pouvoir, pas du tout net du collier, n’ont pas hésité à se représenter sans signaler leurs derniers postes dans les institutions du pays, alors que d’autres ont, carrément, été éliminés des listes. On apprend, en effet, que pas moins de 98 listes ont été rejetées par la commission de wilaya qui n’a retenu que 41 listes de candidats, dont la moitié sont indépendants.
Des candidats optimistes
Les quelques candidats que nous avons rencontrés sont unanimes à dire que les listes retenues sont correctes avec des personnes honnêtes et crédibles, du moins dans leur vie de tous les jours, reste à voir si une fois au pouvoir ces derniers ne vont pas changer. L’avenir nous le dira. En attendant d’avoir la liste des élus, certains à l’image de Nabil Hadid, un cadre de la direction de la jeunesse et des sports, Hassen Zitouni, journaliste à la radio locale, ainsi que la candidate de Djil Djadid, une psychologue, dont la participation se base sur l’espoir de changer un peu les choses, d’autant qu’ils sont convaincus que cette fois on est sur la bonne voie. Nabil Hadid, un indépendant récupéré par le parti TAJ, qu’il a quitté en 2015, croit dur comme fer en le changement car, pour lui, s’il y a un Algérien sur 40 millions qui est optimiste, c’est un bon signe plutôt que d’être nihiliste. Et de rappeler en citant comme exemple, qu’en temps de guerre, ce ne sont pas la majorité des citoyens qui vont au front pour la gagner mais toujours une minorité. Alors, il y va de bon cœur en optant pour le travail de proximité qui a commencé à Damous, à l’extrême ouest de la wilaya, pour s’achever au chef-lieu de wilaya, même s’il trouve que le temps de la campagne est trop court pour aller au-devant d’un maximum d’électeurs.
Hassen Zitouni, un confrère de la radio locale, une bonne personne, très dévoué même s’il caresse toujours dans le sens du poil, sa décision a été mûrement réfléchie. Il est convaincu que cette fois il y a une réelle volonté de transparence et d’ouverture à la jeunesse. Il fait partie d’une liste indépendante qui a travaillé sur l’approche de proximité qui est plus intéressante car les gens ne sont plus intéressés par les meetings et les RDV dans les salles, qui sont l’apanage des grands partis politiques. Il avoue que cela n’a pas été facile, peut-être par manque d’expérience. Les subsides fournis par l’Etat (30 millions de centimes alors que la confection des affiches coûtent 10 millions de centimes) sont loin d’être suffisants, il aurait fallu doubler la mise pour arriver au bout de la tâche et aller à la rencontre du maximum des électeurs. Mais l’aventure vaut la chandelle et il ne désespère pas d’être choisi pour représenter la wilaya à l’APN. Il ne manquera pas de déplorer le problème de l’affichage anarchique des listes et de l’insuffisance d’espaces pour être visibles. Tout en précisant que pour y remédier, il a ouvert quatre permanences à Tipasa pour être plus proche des électeurs du chef-lieu de wilaya sur lesquels ils comptent beaucoup.
Sur les 332 candidats en lice pour le scrutin, on constatera la présence de 5 journalistes dont 2 de la radio locale et nationale (Chaîne II kabyle) et de 3 pigistes de la presse arabophone privée.
Une candidate, parmi d’autres, a retenu notre attention, c’est Ilham Djorane-Khellaf, une psychologue clinicienne et membre du conseil national et du conseil scientifique de Jil Djadid, Tipasa. Agée de 36 ans, mariée et mère d’un enfant. elle confie à un confrère de Radio M que, pour elle, la participation au scrutin est importante car « comme beaucoup de jeunes algériens sortis dans la rue exprimer un ras-le-bol social et politique, le temps passe et une conviction s’installe, celle de devoir investir les institutions pour concrétiser les revendications du Hirak et contribuer à la structuration d’un Etat de droit. Son choix s’est porté sur Jil Djadid de Sofiane Djilali, sur la base d’un projet politique qui, selon elle, se distingue nettement des autres, préférant la rationalité dans son opposition à l’ancien système plutôt que l’oppositionnisme. Faute d’une logistique adéquate pour faire la promotion de sa candidature, elle raconte qu’elle a opté, dans cette campagne, pour le travail de « proximité avec le citoyen lambda, loin des meetings des salles fermées, qui nous renvoient dans notre mémoire collective aux pratiques de l’ancien système ». Tout en reconnaissant que le scrutin, à travers certaines candidatures, est terni par un caractère « folklorique et un discours populiste, elle ajoute que, pour elle, le nombre des candidats à Tipasa est anormalement élevé, mais elle compte sur les citoyens conscients de l’enjeu politique pour faire le bon choix ».
Le nombre total d’électeurs dans la wilaya cette année est de 446 451 inscrits sur les listes, répartis entre 204 centres de vote sur les 28 communes,1 093 bureaux de vote sont ouverts et l’encadrement est pris en charge par 8 700 agents. Le vote concerne la liste ouverte pour 41 candidats dont 21 libres avec une forte participation de la gente féminine, selon Zergane Haoues, président de l’ANIE locale. Ce dernier a précisé que sur les 464 451, on signale 236 874 hommes et 209 604 femmes. n