Après avoir roulé « sa bosse nettoyeuse » à travers plusieurs wilayas du pays (Tipasa, Alger, Skikda, Annaba, Tizi Ouzou, M’sila, Mostaganem pour ne citer que celles-là), nettoyant à bout de bras et de volonté tenace plages, forêts, quartiers et autres oueds et sites populaires, le voilà de retour à Tipasa, un peu déçu de son expérience qui n’a pas fait boule de neige, mais déterminé, plus que jamais, à poursuivre son combat pour la protection de la nature.

Amar Adjili fait partie de cette rare race d’individus issu d’une génération écoresponsable qui poursuit son combat, sans regarder derrière, semant ses graines pour protéger la nature, dépolluer et défendre une agriculture biologique loin des poisons de Monsanto. Protéger l’environnement et la planète terre de la pollution, il en a fait son sacerdoce en plus de semer la bonne parole pour une agriculture biologique, sans pesticides et sans produits chimiques, son nouveau crédo qu’il tente de mettre en œuvre ici à Tipasa où il est en train de créer un petit jardin 100% bio dans une cité populaire de la commune de Tipasa. Je me souviens de la première rencontre avec Amar, qui avait décidé de nettoyer les plages de Matarès et du Chenoua (pendant deux mois non-stop) et que d’aucun regardait comme une curiosité, voire même avec suspicion, car personne ne comprenait qu’on puisse faire ça, juste pour donner l’exemple et apporter sa touche à la protection de l’environnement. Amar peut en dire long sur ses mésaventures avec les citoyens et surtout les responsables qui n’ont, jamais, apprécié à sa juste valeur ses actions bénévoles de nettoyage. Leur agressivité s’explique, certainement, par le fait que son geste leur renvoyait en pleine figure leur incompétence et leur laxisme. Son crédo, aujourd’hui, est de créer des espaces verts, une expérience plus intéressante, palpable, qui dure dans le temps, alors que le nettoyage n’a servi à rien, selon ses propos, car toutes les actions de nettoyage menées par lui et quelques copains écolos n’ont servi à rien et, peine perdue, les ordures reviennent de plus belle, le lendemain comme pour le défier. Alors depuis le mois de mars, il est de retour à Tipasa et se consacre à la réalisation d’un jardin écolo où il a planté une cabane en bois pour les enfants, dans un espace situé entre la cité des 100 et 200 logements sur un terrain de 2500 m2. Cet espace expérimental est planté de 150 arbres fruitiers (citronniers, poiriers, avocatier, figuiers, plaqueminiers et autres variétés exotiques), divers produits maraichers (tomates bleues, piments, poivrons, aubergine….), de la pastèque qui ont, tous, donné des fruits, car toutes les plantations sont à base de semences biologiques, comme un signe d’encouragement à leurs efforts. Chaque jour Amar, Krimo et Farid, des habitants du quartier, viennent bécher, planter, creuser, transporter de la terre végétale, construire des clôtures en planches de bois récupéré ou acheté avec leurs deniers et sont en train de faire des émules, surtout parmi les jeunes, qui viennent jardiner avec eux, chaque jour, découvrant un nouveau hobby. Une expérience géniale, qui gagnerait à être démultipliée, afin d’améliorer le cadre de vie dans ces cités dortoirs, pour compenser la défaillance des responsables locaux et afin que la notion de citoyenneté ait tout son sens et sa valeur. La bande d’Amar l’écolo infatigable, dont la notoriété a dépassé les frontières du pays, est en train de s’agrandir avec l’appui des jeunes de la cité, une adhésion qui le comble de bonheur et le console de l’attitude négative de beaucoup d’adultes et de tous les responsables. Ces derniers au niveau local et national l’ont, non seulement, boudé, mais surtout évité comme cela a été le cas de la ministre de l’environnement Fatma Zohra Zerouati qui était son amie sur facebook et, depuis sa nomination, est sortie du groupe d’autant qu’il n’hésite pas à dénoncer leurs travers et, vu sa notoriété, son message est très suivi et répercuté. Quand il a commencé le nettoyage de Chenoua-Plage, à Tipasa en 2016, Amar Adjili était, au mieux, considéré comme un excentrique, qui trouvait du plaisir à ramasser les ordures que les gens laissaient derrière eux sur des kilomètres de plage, au pire comme un homme dangereux « envoyé ici par une puissance pour une mission spéciale » comme nous le dira un responsable dont nous tairons le nom et la fonction ou alors, carrément, un illuminé. Amar Adjili, comme il le confiera à Reporters, quand il est rentré au bled depuis sa France natale, il espérait reprendre son activité de constructeur en matériaux écologiques, il a été frappé et choqué par la saleté et autant d’insalubrité dans ce beau pays. Il explique alors : « J’ai acheté des sacs-poubelle, un râteau, des gants et j’ai commencé à dépolluer. » Depuis cette action sur les plages de Tipasa, qui ne connait pas Amar Adjili, élu l’homme écolo de l’année par les Internautes.