Dar El Gharnatia, l’association musicale andalouse de Koléa, a donné, ce jeudi soir, le coup d’envoi de la huitième édition de la manifestation Koléandalouse organisée dans la Maison de la culture durant trois soirées, les 7, 8 et 9 décembre.

Cette année encore la manifestation aura un cachet maghrébin puisque des troupes tunisiennes et marocaines seront de la partie même si les organisateurs auraient pu faire mieux en matière de participation étrangère s’ils avaient eu un peu plus de moyens qui, hélas, se réduisent chaque année comme peau de chagrin. Ils ont dû, en effet, faire avec les moyens du bord en réduisant le programme et faire appel à des troupes amies qui, probablement, ne sont pas regardantes ni exigeantes sur le plan financier.

L’édition 2017 de Koléandalouse rendra un hommage au regretté Hadj Mohamed Bouali, au cours de la soirée de clôture du samedi après la prestation d’une pièce des élèves de la classe supérieure de Dar El Gharnatia, sous la baguette du maestro Mohamed Cherif Saoudi. Le clou de la manifestation sera la prestation d’un orchestre maghrébin de musique andalouse qui sera constitué des musiciens algériens en particulier les troupes de la ville de Koléa et celles des invités marocains et tunisiens. La chanteuse marocaine, Fatma-Zohra Kortebi gratifiera les invités de sa belle voix lors de la première soirée qui sera animée par les élèves de la classe moyenne de Dar El Gharnatia et leurs homologues de l’association Slam de Tlemcen. La soirée du vendredi 8 décembre sera animée par un ensemble local composé des élèves des trois associations en l’occurrence Dar El Gharnatia, d’El Bachtarzia et El Fen El Açil. La chanteuse Dalila Mekader sera accompagnée de l’ensemble musical de Koléa en même temps que d’autres artistes, dont Lynda Merouani et Djihane Houari. La manifestation offrira une belle soirée avec l’association tunisienne Chabab de Monastir sous la direction de maître Frih Mahmoud et la chanteuse Amari Mouna. Selon les aveux des responsables de Dar El Gharnatia avec un peu plus de moyens et d’avantage de sponsors, ils auraient pu proposer un plateau plus étoffé mais les difficultés financières sont là et ils en veulent pour preuve la disparition du Festival maghrébin de musique andalouse qui se tenait à Koléa non sans avoir un grand succès.

Hommage au regretté Cheikh Mohamed Bouali
Comme chaque année, les membres de Dar El Gharnatia se souviennent de leurs aînés dans le domaine en organisant un hommage et cette année il concernera Cheikh Mohamed Bouali le maître de Tlemcen. Selon les organisateurs cheikh Bouali est né dans le vieux quartier de R’hiba, à Tlemcen, d’une famille mélomane. Son père El Hadj Ghouti était musicien, chercheur et auteur de plusieurs recherches sur la musique andalouse, dont « Kachf El Qinaâ Aân Alat Essamaâ » écrit en 1904. Durant sa jeunesse, Mohamed est bercé dans le milieu des mélomanes, les mélodies de la sanaâ et des poèmes populaires dit qassayed même si son père ne l’a guère encouragé.
Après la mort de son père, il s’est jeté, sans retenue, dans la musique et avec son ami Ghouti Belkazi, un joueur de luth, ils se rendaient chez Cheikh Omar Bakhchi dans son magasin à la rue Khadoun pour s’imprégner des délices de la musique andalouse. En 1934 la Société littéraire artistique et musicale (SLAM) de Tlemcen fût créée par Cheikh Bouali et quelques-uns de ses amis qui ont veillé à transmettre ce savoir aux jeunes qui ont adhéré au cercle pour bénéficier de cours. L’aventure se poursuivra jusqu’à la création, en 1964, de l’association Gharnatia par Cheikh Bouali, Mustapha Belkhodja, Ahmed Benosman, Djelouli Benkalfate, Abdellah Abou Bakr, Abdelmadjid Sekkal, et d’autres. La première gratification viendra avec la médaille d’or obtenue au 1er Festival national de musique qui s’est tenu à Alger en 1969 et l’enregistrement de dix noubas. Cheikh Bouali prendra, par la suite, sa retraite de comptable en se consacrant au répertoire tlemcénien et crée « l’Association Mustapha Belkhodja » à partir de l’orchestre du lycée Docteur Benzerdjeb. Entre 1971 et 1981, il collabore avec ses amis à l’élaboration des trois tomes des « Mouwachahate oual Azdjal» rassemblant et classant les différents poèmes classiques retrouvés à Tlemcen, Alger et Constantine. En 1987, il fonde en même temps que d’autres amis «l’Association nationale de la sauvegarde du patrimoine national» présidée à l’époque par son ami Sid Ahmed Seri. Cheikh Bouali décède en janvier 1998 laissant toute sa documentation à son fils Abdellah qui attend qu’un Conservatoire soit créé à Tlemcen pour la mettre à la disposition de tous.