de Constantine, Hamid Bellagha
Pour ces élections législatives, il n’y a pas eu d’hélicoptère pour gronder au-dessus de la ville comme lors des autres suffrages de 2019 et 2020.
Constantine s’octroie un air de weekend de Ramadan tranquille. Les marchés et les commerces fonctionnent normalement et les rues, pratiquement vides, n’enregistrent pas de circulation sérieuse. La chaleur qui s’annonce depuis quelques jours peut-être… Il est 10 h.
La rue Abane-Ramdane, théâtre de chahut de la part des antis vote pour la présidentielle de décembre 2019 et de la révision de la Constitution en 2020, semble indifférente cette fois. Tout comme les autres artères de la ville.
A la vieille ville, Souika, l’école Belabed, l’ex-glorieuse école Arago, fait toujours office de baromètre électoral. Nous croiserons un peu plus de votants que lors de la dernière élection, un sentiment confirmé par Samir, un chef de bureau sur place depuis des années.
«Nous savons que la plupart des habitants de Souika ont été transférés à Ali-Mendjeli et Massinissa. Mais à chaque élection, on persiste avec la même liste pour des votants qui se manifesteront probablement dans les deux nouvelles villes. Mais je reconnais quand même qu’il y a un peu plus de monde aujourd’hui même si ce n’est pas l’affluence des grands jours.» Il est 11H30.
Nous avions prévu avec la Rédaction de nous déplacer justement à Ali-Mendjeli, mais une alerte numérique par un médecin candidat sur la liste indépendante numéro 15, nous oriente vers le CEM Rokaia-Boughaba, ex-Benabdelmalek, pour filles, face à la station initiale du tramway. Il y aurait sur place une dizaine de jeunes, en plus de candidats du RND et d’une liste d’indépendants, numéro 35, qui faisaient du «lobbying» un peu trop violent envers des électeurs, notamment les personnes âgées et les femmes. Un comportement signalé avant notre arrivée aux agents de l’ANIE, que l’on n’a pas croisés, et des policiers aux alentours qui ont promis de s’en occuper. Le même comportement outrancier sera signalé dans quelques écoles du centre-ville, de la méga cité Boussouf et à la daïra Zighoud-Youcef, à 30 encablures de Constantine, et où le RND et d’autres «numéros» ont été remarqués essayant de faire pencher l’équilibre des urnes en leur faveur. Il est presque14H.

Une ANIE très discrète
Une consoeur de la Radio nationale, rencontrée fortuitement, nous apprendra qu’après deux heures et demie de vote, la participation à Constantine était à peine de 2,69 % des quelque 544 000 électeurs de la wilaya devant élire 11 députés pour les cinq années à venir. Moins que la moyenne nationale qui oscillait autour des 3,78 %.
Il est 14H quand nous entamons le difficile «tâter le pouls» des élections à Ali-Mendjeli. Non pas que nous ayons rencontré quelques embûches, mais à cause d’une chaleur étouffante que les quelques arbres qui n’existent pas auraient pu atténuer.
Là, il y a un peu plus de votants dans les bureaux. Ce n’est pas le rush espéré ni le vide constaté à Constantine, mais il y a du monde, et curieusement plusieurs jeunes, plus que d’habitude.
Une rumeur circule sur place faisant état de sommes rondelettes offertes par certains candidats habitués à se faire valoir par le biais de la chkara à de jeunes chômeurs qui, en plus de voter pour «leurs» candidats, essayent de «convaincre» d’autres votants à faire de même. En tout cas, et relativement au chef-lieu de wilaya, il y a nettement plus de monde autour des centres de vote.
Avec ses quelque 35 000 cartes de vote nouvelles, les responsables locaux de l’ANIE avaient beaucoup d’espoir quant à une participation honorable. Nous tentons de contacter un de ses membres. Mais comme tous ses collègues, le téléphone est en mode éteint et ce, depuis plus d’une semaine d’ailleurs. Curieuse façon de faire la promotion des élections. Qu’importe.
En tout cas, le personnel dédié aux opérations de vote était très inquiet face à un éventuel afflux des électeurs. «Si vous faites une moyenne, le votant aura presque 5 minutes entre son entrée au bureau de vote, la recherche de son nom sur les registres, son inscription, la prise des listes (il y en a 52 à Constantine, ndlr), l’isoloir, le vote et l’empreinte encrée. Dans un bureau où il y aura 1 000 inscrits, il faudra 83 heures pour que tout le monde puisse voter, une impossibilité en cas de présence de tous les électeurs. L’absence d’affluence a été une bénédiction», nous dira Hacène, un chef de centre dans une école à Sidi Mabrouk.
Les poubelles qui débordent de bulletins sont là pour renseigner sur le gaspillage énorme, résultat d’une mauvaise gestion des listes qu’on aurait pu présenter autrement.
Il est 17H. L’heure de songer à mettre noir sur blanc toutes les informations recueillies depuis la matinée. En tout cas, plusieurs personnes ont choisi cette heure pour aller se débarrasser de leur bulletin de vote faisant grimper un taux de participation qui n’a jamais ahané aussi fort que les premières élections législatives de «l’Algérie nouvelle».