Les professionnels de la santé saluent l’annonce du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, pour l’adoption d’un nouveau protocole thérapeutique unifié en Algérie, adapté au variant Delta du Coronavirus, soulignant que cette décision était attendue par le corps médical et les spécialistes afin de cadrer la prise en charge du malade et mettre fin à certains «abus» et «aberrations» constatés.

Par Sihem Bounabi
Les détails du nouveau protocole n’ont pas encore été transmis aux professionnels de la santé, mais le ministre a d’ores déjà annoncé, lors de sa sortie sur le terrain lundi dernier, que «nous avons un protocole thérapeutique complètement modifié. Et nous sommes instruits à l’effet de donner des directives à destination de l’ensemble de nos confrères dans tous les établissements de la santé afin d’adopter le même protocole thérapeutique», précisant qu’«un protocole thérapeutique modifié et adapté à la situation épidémiologique actuelle, dont la mise en œuvre sera entamée dans tous les hôpitaux du territoire national».
Pour rappel, dès l’apparition du variant Delta du coronavirus en Algérie de nombreux spécialistes ont mis en exergue la virulence de la souche indienne qui est en moyenne huit fois plus contagieuse et atteint rapidement les poumons avec près de 50% de ravages ; ce qui nécessite une oxygénothérapie adaptée avec un haut débit. Selon les témoignages du personnel soignant, le variant provoque des symptômes plus sévères tels que des fièvres importantes jusqu’à 40 degrés, des douleurs à la gorge, des irritations, des rhinites, mais également une saturation rapide en oxygène.
Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie et du Syndicat national des praticiens spécialisés de la santé publique (SNPSSP), déclare à ce propos : «En attendant que les détails de ce protocole soient publiés, il faut savoir que c’est avant tout une actualisation des recommandations tant sur le plan de la prise en charge thérapeutique que sur les mesures à respecter afin de cadrer cela». Il ajoute qu’«il y a eu plusieurs instructions depuis le début de la pandémie de la part du ministère de la Santé après concertation avec les experts et les spécialistes ; dont j’ai fait partie. Lors de ces réunions, nous avons mis en exergue l’importance d’actualiser et de cadrer la prise en charge des malades au niveau de l’hôpital ou en ambulatoire. Le protocole dont parle le ministre serait, certainement, une instruction qui va rassembler toutes les recommandations pour la prise en charge thérapeutique des malades dans un seul et même document, abordant plusieurs volets, dont les prescriptions thérapeutiques, l’oxygénothérapie et la vaccination».
De son côté, Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), souligne que cela fait un moment que de nombreux professionnels de la santé avaient réclamé la définition d’un protocole unifié, afin de mettre fin au nombreux abus et cafouillages constatés dans les prescriptions des ordonnances pour les malades Covid.
Il affirme à ce sujet que «le protocole a été encore une fois abordé lors de la réunion avec le ministre de la Santé cette semaine. Il faut savoir que de nombreux professionnels de la santé et d’experts avaient attiré l’attention sur le fait qu’il y avait un cafouillage au niveau des protocoles qui sont mis en place», enchaînant que «c’est la conséquence que cela n’a pas été uniformisé au début de la pandémie et où on a laissé la latitude aux services et aux praticiens d’utiliser des protocoles qui sont notamment utilisés et validés ailleurs, mais qui ne correspondent pas forcément à notre contexte».
Dr Lyes Merabet affirme que parmi l’une des conséquences de cette situation est le constat de l’abus d’utilisation d’antibiotiques très forts de 2e et 3e génération et dont certains sont réservés aux infections sévères». Il explique ainsi que «lorsqu’une antibiothérapie est mise en place pour les malades Covid, il faut savoir que ce n’est pas systématique d’utiliser ce type d’antibiotiques», «cela est surtout réservé aux malades qui font des fièvres sévères de plus de 40 degrés et qui sont immunodéprimés ou des malades qui montrent des signes de surinfection, que ce soit des bronchites ou un autre organe. C’est seulement dans ces cas précis que cela nécessite une antibiothérapie de couverture ou à visée thérapeutique».
Toutefois, le constat des professionnels de la santé est que «malheureusement, il y a beaucoup d’abus dans l’utilisation des antibiotiques et nous avons même des médecins qui prescrivent des ordonnances avec deux ou trois antibiotiques. C’est très grave pour des malades qui sont traités en ambulatoire, c’est même une aberration».
Il souligne ainsi que parmi l’une des conséquences fâcheuses de ces prescriptions par des médecins, sans un cadre limité, risque de favoriser la résistance des bactéries et des germes qui ont l’habitude d’être sensibles à ce type d’antibiotique. Par conséquent, lorsqu’il y aura des malades qui nécessitent «une réelle prise en charge de ces antibiotiques, ils seront inefficaces». Estimant qu’«il fallait que le ministère mette un terme à ce genre de prescription qui est devenue systématique, en recadrant les choses».
L’autre volet qui est également abordé par le Dr Lyes Merabet, concernant le protocole, c’est «l’utilisation abusive des corticoïdes et des anticoagulants qui sont en train d’être massivement utilisés alors que pour beaucoup de cas ce n’est pas justifié», affirme-t-il. A propos des anticoagulants, il précise que «c’est généralement destiné à des usages hospitaliers. Lorsqu’il est prescrit à des malades en dehors de l’hôpital, il faut vraiment que cela soit justifié et contrôlé à travers des bilans précis», se désolant «qu’en ce moment, pour la quasi majorité des malades les bilans ne sont pas demandés et là aussi, les anticoagulants sont pris à tort et à travers».
Finalement, en attendant les détails de ce protocole unifié afin de faire face au nouveau variant Delta, Dr Lyes Merabet conclut : «Il s’agit de cadrer l’espace de prescription et organiser au mieux les choses avec pour but d’assumer aux malades les traitements nécessaires et efficaces. n