L’économiste et altermondialiste Samir Amin est décédé dimanche 12 août à Paris, à l’âge de 87 ans. Théoricien du marxisme et du maoïsme, ce Franco-Egyptien était l’une des figures de proue des mouvements altermondialistes.

Professeur à Poitiers, Vincennes et surtout à Dakar – où il vivait et à contribué à fonder l’Institut africain de développement économique et de planification -, Samir Amin a irrigué par sa pensée plusieurs générations d’universitaires dans les pays en développement. «Marx n’a jamais été aussi utile», disait Samir Amin, qui fut sans conteste l’un des esprits les plus lucides du vingtième siècle dans la critique du système capitaliste mondialisé. Pour lui, la logique capitaliste du profit entraîne la destruction des bases de la reproduction de la vie sur la planète. Cette critique fondamentale s’accompagne tout au long de sa vie d’une analyse sans concession des rapports de domination entre le centre, les pays capitalistes développés, et la périphérie, le Tiers-monde. Agrégé en sciences économiques, formé à Paris dans les années cinquante, il publie, en 1973, «Le développement inégal», ouvrage majeur qui le propulse dans le champ antimondialiste qui deviendra, deux décennies plus tard, l’alter-mondialisme. Dans la vision de Samir Amin, la périphérie est bloquée dans son développement par le système de l’échange inégal. Pour sortir de ce cercle infernal, les économies de la périphérie doivent initier un processus de développement autocentré. Si  l’Argentin Raul Prebsch, fondateur de l’école  du Desarrollismo, a livré un diagnostic fondamental de l’évolution des produits de base et des produits manufacturés en temps de récession (les derniers cités augmentant plus vite), Samir Amin, lui, a ciselé la théorie du développement en se démarquant du marxisme-léninisme, en vogue dans les années 1970, et en puisant son raisonnement à partir de l’histoire. Grand défenseur des jeunes nations africaines, ce précurseur a toujours concilié son travail universitaire avec un engagement militant. Conseillé du gouvernement malien de 1960 à 1963, il fonde, à Dakar, l’Institut africain de développement économique et de planification. Il participe aussi à la création d’Enda-Tiers Monde, l’une des premières ONG africaines. Pour lui, il faut redéfinir l’ordre mondial basé sur le capitalisme financier et supprimer ses institutions comme l’OMC, le FMI et la Banque mondiale. Une pensée dense et radicale qui a inspiré plusieurs générations d’économistes africains. Samir Amin était connu aussi pour ses écrits sur le Monde arabe. Ainsi, il dira que l’Algérie a la particularité d’être une «société plébéienne, marquée par une très forte aspiration à l’égalité», ce qui «ne se retrouve nulle part ailleurs dans le Monde arabe». Par rapport à l’Egypte, notre pays lui paraît « mieux placé (ou moins mal placé) pour répondre à ces défis, dans le court terme au moins». Pour Abdelkader Affak, membre du bureau national du Mouvement démocratique et social (MDS), cette vision qu’avait Samir Amin s’explique par le fait que «malgré la décennie noire et même avec la chute des prix du pétrole à cette époque, l’Algérie a pu tenir». «Notre pays a eu aussi un parcours dans lequel il a pu construire un Etat après l’indépendance et a contribué dans la libération des pays africains» durant la période coloniale. «Cette vision que détenait Samir Amin est aussi une réponse à ceux qui disent que l’Algérie n’a pas réalisé grand-chose depuis l’indépendance. C’est faux parce que les luttes ont ramené des résultats telles que la liberté d’expression et la constitutionnalisation de tamazight», dira-t-il aussi.