Les associations «El Djazira» et «El Fakhardjia» ont choisi le Théâtre national algérien (TNA) pour rendre hommage à Mahieddine Bachtarzi, rebaptisé en 1990 du nom de l’artiste militant qui a voué sa vie au service de la culture algérienne et «le plus œuvré» pour la promotion et la transmission de cette musique savante.

Associé à cet hommage, le Thâtre Mahieddine-Bachtarzi a ouvert, avant-hier, ses portes à un public relativement nombreux, qui a apprécié près de deux heures le rendu de deux grandes écoles qui ont mis en valeur la richesse du patrimoine andalou, déployée à travers deux répertoires différents, rapporte l’APS. L’orchestre de l’association El Djazira et ses trente instrumentistes, menés par Bachir Mazouni, a enchanté l’assistance à travers les voix pures de Nesma Mohammedi, Yasmine El Laksouri, Imène Aïtouche, Hiba Zahri, Samir El Robrini et Hammouche Baçero, qui ont déployé un répertoire décliné dans les modes mezmoum et sehli. L’ensemble El Djazira a entonné, entre autres pièces, «Ya koum hadjerni del malih», «Kadi el hawa dallemni», «Lakaytou ahabibi» et «Sbah wa aâchiya», écrites et composées par le regretté Mohamed Mazouni, père de Bachir Mazouni. Sous la direction de Youcef Fenniche, l’orchestre de l’association El Fakhardjia et ses sept musiciennes, sur la vingtaine qu’a présentée l’ensemble, a pris le relais, alignant dans la tonalité relevée du mode majeur, «Noubet Raml», dans ses différentes déclinaisons rythmiques et mélodiques. L’ensemble a présenté une dizaine de pièces, brillamment portées par les voix limpides de Sara Belaslouni, Mounia Ourabah, Hadjira Djahid, Cheikh Mokdad Zerrouk, M’Hamed Bouchaoui, Youcef Berranen et Hichem Zerouel. Les deux prestations, très applaudies par le public, ont été alternées par la projection de deux documents filmés d’archives, montrant le regretté Mahieddine Bachtarzi dans ses œuvres de comédien d’abord, dans un sketch avec la grande Keltoum, et de ténor lors d’un concert de musique andalouse. Intellectuel éclairé, Mahieddine Bachtarzi (1897-1986), a mené une double carrière d’artiste, mettant très tôt déjà son savoir-faire de scénariste et comédien au service de l’éveil de la société, alors sous le joug de l’occupation française, et de promoteur de l’identité algérienne, à travers la chanson andalouse, qu’il a rassemblée et interprétée avec une voix de ténor confirmée. Surnommé le «Caruso du désert», par la presse française de l’époque, en référence à Enrico Caruso (1873-1921), ténor italien, considéré par de nombreux critiques comme le plus grand chanteur d’opéra de tous les temps, Mahieddine Bachtarzi, militant convaincu de la chanson algérienne, comptait à son actif, alors qu’il n’avait que 24 ans, plus de 66 enregistrements, multipliant les concerts en Algérie et dans plusieurs pays, France, Italie et Belgique notamment. A la tête de l’association El Motribiya, il s’était consacré à la formation, avec le souci permanent de transmettre le patrimoine andalou, une des composantes de l’algérianité faisant émerger le sentiment de différence qui devait mener à la prise de conscience. Après l’Indépendance, l’éternel artiste à la double vocation, Mahieddine Bachtarzi, a reçu plusieurs distinctions internationales, pour se voir décerner à titre posthume, le 21 mai 1992, la médaille de l’Ordre du Mérite national, après avoir occupé plusieurs postes, directeur du Conservatoire d’Alger, puis du Théâtre national algérien.