PAR INES DALI
Les prix du pétrole ne dépendent plus que de l’offre et la demande mais de décisions politiques, ce qui aura forcément un impact sur le marché pétrolier et par conséquent sur les recettes d’exportations des pays dont l’Algérie, selon l’expert.
Les réalisations de l’Algérie en matière d’exportations de pétrole et de gaz permettent au pays de miser sur des recettes pouvant atteindre, voire dépasser 50 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année (une hausse de 45% comparativement à l’année dernière) au vu des réalisations enregistrées jusqu’à la fin de septembre. Le pays compte également augmenter ses volumes de production d’hydrocarbures de 2% à fin 2022.
Si volumes supplémentaires prévus d’ici à la fin de l’année peuvent être réalisés, les recettes prévisionnelles, pour leur part, dépendent de facteurs exogènes dont notamment les prix du pétrole sur le marché mondial. «Les 2% de hausse doivent être basés sur les prévisions internes qui, elles, sont définis préalablement», a déclaré l’expert en hydrocarbures Tewfik Hasni, tout en nuançant ses propos quant aux recettes des exportations pétrolières et gazières avec arguments à l’appui. «Il est aujourd’hui très difficile de pouvoir apprécier l’évolution des prix du pétrole. Personne ne peut dire dans quelle direction ils vont évoluer. Les prévisions annoncées restent une hypothèse qui a ses limites, car on ne peut affirmer avec certitude si les prix vont augmenter ou plutôt s’effondrer, ce qui aura aussi un impact sur le prix du gaz. Théoriquement, personne ne peut être vraiment précis dans la situation que nous traversons, caractérisée par l’incertitude et la volatilité des prix», a affirmé M. Hasni.

La guerre en Ukraine continue d’influencer les prix
Dans ce contexte, il a rappelé que les précédentes prévisions tablaient sur des prix qui allaient dépasser 100 dollars le baril, mais c’est l’inverse qui s’est produit puisque les cours ont enregistré une chute à 90 dollars le baril avant de remonter actuellement. «On est dans une période de guerre. Les fondamentaux du marché pétrolier ne fonctionnent plus. Ce sont des décisions politiques et les résultats de l’évolution de la guerre en Ukraine» qui influent sur le marché pétrolier, a relevé notre interlocuteur. «Donc, en tant qu’expert, je ne peux que dire que personne ne peut confirmer ou infirmer ce chiffre concernant les recettes d’hydrocarbures que l’Algérie pourrait enregistrer d’ici à la fin de l’année.
Nous les experts, on ne peut pas se baser sur une information qui est d’ordre politique, mais on se prononce à partir des conjonctures économiques et des impacts des effets des décisions politiques.
Aujourd’hui, il n’y a aucune force politique qui pourra se prononcer sur l’issue de la guerre en Ukraine ou dire qu’elle va s’arrêter demain. Ce sont des décisions politiques prises ailleurs mais qui auront forcément et inévitablement un impact sur les prix du pétrole et du gaz, et donc sur l’Algérie. Ceci pour dire que réaliser des recettes de l’ordre de 50 milliards de dollars, ça reste possible et cela dépend des facteurs que je viens de citer», a expliqué Tewfik Hasni.
Les pays de l’OPEP+, en réduisant leur offre pétrolière de 2 millions de barils par jour pour novembre, lors de leur réunion mensuelle tenue au début du mois dernier, voulaient justement intervenir pour stabiliser les prix de l’or noir à hauteur de 100 dollars/baril jusqu’à la fin de l’année. Est-ce à dire qu’il n’est pas certain que cet objectif puisse être atteint ? Là encore, l’expert revient sur les fondamentaux du marché, estimant qu’ils ne sont plus vraiment les facteurs qui déterminent les cours. «En prenant cette décision, l’OPEP+ a réagi non pas sur les effets du marché ou les fondamentaux», a-t-il estimé, expliquant que la crise énergétique que traverse le monde et notamment les pays européens a remis en cause toutes les approches basées sur les fondamentaux que sont l’offre et la demande.
«Aujourd’hui, les consommateurs, particulièrement, prennent des décisions liées à leur sécurité énergétique, cela veut dire qu’ils ne veulent pas dépendre de certains pays pour la fourniture de l’énergie qu’ils consomment», a-t-il dit, allusion faite aux pays européens qui ont décidé de boycotter le gaz russe. «Ils sont prêts à payer n’importe quel prix en achetant ailleurs pourvu que leur énergie ne provienne pas des pays auprès desquels ils ne veulent plus s’approvisionner. Dans ce registre, il n’a pas manqué de rappeler la brouille entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite après que l’OPEP+ eut annoncé sa décision de réduire l’offre pétrolière de 2 millions de barils par jour, notant que la situation a évolué à «presque des menaces» proférées par les Américains à l’encontre du chef de fil de l’OPEP.
Il a également noté la réaction du «Qatar qui a répondu aux Européens qui veulent boycotter la Coupe du monde d’aller s’approvisionner en gaz auprès de la Russie».
Ce sont autant d’éléments qu’a soulevés Tewfik Hasni pour réitérer que «ce ne sont plus les fondamentaux du marché pétrolier qui sont pris en considération, mais les décisions politiques». Pour lui, la décision prise par l’OPEP+ est «pratiquement une décision politique mais défensive, en réaction aux décisions politiques» prises par les Occidentaux. Il semble que la situation n’en finit pas d’évoluer, selon M. Hasni. Il relève qu’aujourd’hui, il y a «l’Allemagne qui va négocier directement avec la Chine – qui est l’ennemi supposé des Occidentaux -, la Belgique qui décide de renouer avec la Russie pour son approvisionnement en gaz, en plus de ce qui se passe en Italie, dans les pays de l’Europe de l’Est…». Ce qui lui fait dire que «dans le contexte actuel, personne ne peut prévoir comment la situation va évoluer dans le marché pétrolier». <