Mardi, 28 novembre dernier, le vice-président américain Michael Pence a jeté un nouveau pavé dans la mare du dossier du conflit israélo-palestinien en déclarant que le chef de la Maison Blanche, Donald Trump, «envisage sérieusement» de transférer l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le vice-président américain, attendu en Israël en ce mois de décembre, a fait cette déclaration à New York lors d’un discours prononcé à l’occasion de la célébration du 70e anniversaire de l’adoption d’une résolution de l’ONU ayant conduit à la création de l’Etat d’Israël. Il a indiqué devant des diplomates et des dirigeants israéliens et juifs que «le président Donald Trump étudie sérieusement quand et comment déplacer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem».
Le 7 octobre dernier, Donald Trump avait indiqué que, contrairement à l’une de ses promesses de campagne, l’ambassade américaine en Israël ne serait pas déménagée de Tel-Aviv à Jérusalem avant de tenter de relancer le processus de paix israélo-palestinien. «Je veux donner sa chance» à ce processus «avant de penser à déménager l’ambassade à Jérusalem», avait-il lors d’une émission télévisée. «Nous prendrons une décision dans un avenir pas trop éloigné», avait-il précisé. Début juin, la Maison Blanche avait annoncé que Donald Trump, qui s’était maintes fois engagé à déplacer la chancellerie américaine dans la Ville sainte, avait finalement repoussé sa décision d’au moins six mois.
Le turbulent Trump a-t-il changé depuis ? Au lendemain de la déclaration de Michael Pence, deux ministres israéliens ont sauté sur l’occasion pour «exprimer l’espoir» que le président américain «mette fin à une situation absurde» en transférant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, comme il l’a promis durant sa campagne électorale. «J’ai l’espoir que prendra fin une situation totalement absurde», a déclaré Youval Steinitz, ministre de l’Energie à la radio publique, en faisant valoir que, quand les présidents américains venaient en visite en Israël, ils se rendaient à Jérusalem et non à Tel-Aviv. Le ministre de l’Environnement et chargé de Jérusalem, Zeev Elkin, a lui aussi affirmé «qu’il n’y (avait) aucune raison logique pour que ce transfert soit de nouveau reporté». Le transfert de Tel-Aviv à Jérusalem «peut convaincre d’autres pays d’en faire autant», a-t-il dit à la radio militaire, rappelant par sa déclaration que la communauté internationale n’a jamais reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, ni l’annexion de sa partie orientale conquise en 1967.
Aux Etats-Unis, une loi du Congrès adoptée en 1995 stipule que la représentation diplomatique de Washington en Israël doit se trouver à Jérusalem. Mais, depuis deux décennies, une clause dérogatoire, signée chaque six mois par tous les présidents américains successifs, permet à l’exécutif américain de bloquer son application. Le président Trump qui fera son discours sur l’Etat de l’Union le 30 janvier prochain est appelé à décider dans les tout prochains jours s’il actionne à nouveau cette clause, comme il l’avait fait pour la première fois en juin malgré les promesses réitérées au cours de sa campagne. Mercredi dernier, la Maison Blanche a jugé «prématurées» les informations selon lesquelles les Etats-Unis s’apprêteraient à annoncer ce transfert. Les observateurs notent cependant que ce dossier ainsi que celui de la relance du «processus de paix israélo-palestinien» est confié à son gendre Jared Kushner dont les affinités sionistes ne sont pas un mystère.
En attendant de nouveaux développements, la présidence de l’Autorité palestinienne a, hier, mis en garde contre les «effets destructeurs» qu’aurait selon elle toute initiative déniant aux Palestiniens la perspective de faire de Jérusalem-Est la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. Sans mentionner explicitement le président américain ou les Etats-Unis, Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président Mahmoud Abbas, a affirmé que toute solution juste au Moyen-Orient passait par la reconnaissance de Jérusalem-Est comme capitale d’un futur Etat palestinien indépendant. «C’est par Jérusalem-Est, avec ses sites sacrés, que commence et s’achève toute solution ou tout projet qui puisse sauver la région de la destruction», a-t-il déclaré dans un communiqué publié par l’agence de presse officielle Wafa.