La survie du processus de paix israélo-palestinien dépend directement d’une décision du président américain Donald Trump relative à la signature ou non d’une dérogation qui permettra de déménager l’ambassade américaine de Tel-Aviv à la ville sainte d’El Qods.

S’il le fait, ce sera une reconnaissance d’El Qods en tant que capitale d’Israël, ce qui signifiera l’arrêt de mort du processus de paix dans la région, déjà fragile.

 

Jusque-là, la communauté internationale n’a jamais reconnu El Qods comme capitale d’Israël, ni l’annexion de sa partie orientale, si bien que les ambassades étrangères sont installées à Tel-Aviv, alors que les Palestiniens la revendiquent comme la capitale de l’Etat auquel ils aspirent. Seulement, même si la question, à Washington, est pourtant la même tous les six mois depuis plus de deux décennies, à la faveur d’une loi adoptée en 1995 qui institue une dérogation pour maintenir l’ambassade américaine en Israël à Tel-Aviv, la nouvelle date-butoir pour renouveler cette dérogation tombait théoriquement lundi dernier et jusqu’ici, les présidents successifs ont choisi de s’en tenir à cette dérogation. D’ailleurs, même Trump s’y est plié malgré sa promesse de campagne en faveur d’un déménagement. Il avait fini, lors de la précédente échéance en juin, par se résoudre à attendre, pour « donner sa chance» à la paix. Cette fois-ci, la pression internationale s’intensifie sur le président Trump et différentes voix l’appellent à éviter tout choix susceptible de ruiner les espoirs de relance du processus de paix israélo-palestinien.

Avertissements et mises en garde !
En premier, le président turc Recep Tayyip Erdogan, en sa qualité de président en exercice de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui a averti hier Trump que « El Qods est une ligne rouge pour les musulmans ». Il a précisé qu’un sommet des 57 pays membres de l’OCI se tiendrait « sous 5 à 10 jours » si jamais Washington reconnaissait El Qods comme capitale d’Israël. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a jugé pour sa part « dangereuse » une décision de déplacer l’ambassade américaine à El Qods qui consacrerait une reconnaissance de cette ville comme capitale d’Israël. M. Aboul Gheit a déclaré devant les membres de l’institution panarabe que la réunion convoquée hier était due « au danger de cette question, si cela devait arriver, et aux possibles conséquences négatives pas seulement pour la situation en Palestine mais aussi dans la région arabe et islamique ». Il a estimé qu’un éventuel déménagement de l’ambassade américaine représentait une « menace (sur) la stabilité régionale ». « Cette décision mettrait fin au rôle des Etats-Unis comme médiateur de confiance entre les Palestiniens et les forces (israéliennes) d’occupation », a-t-il ajouté. L’Union européenne a aussi affiché son inquiétude en mettant en garde contre les « graves répercussions » d’une telle décision américaine. « Il faut rester concentré sur les efforts pour faire redémarrer le processus de paix et éviter toute action qui saperait ces efforts », s’est exprimé la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini. «Tout ce qui contribue à attiser la crise est contre-productif en ce moment », a renchéri le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel. « Une solution à la problématique d’El Qods ne peut être trouvée que dans le cadre de négociations directes entre les deux parties ». Lundi soir, dans un entretien téléphonique avec M. Trump, le président français Emmanuel Macron a « exprimé sa préoccupation sur la possibilité que les Etats-Unis reconnaissent unilatéralement El Qods comme capitale d’Israël ».
Hier encore, les Palestiniens et leurs alliés ont multiplié leurs mises en garde. Toute reconnaissance par les Etats-Unis d’El Qods comme capitale d’Israël marquerait « la fin du rôle joué par les Américains » dans le processus de paix, a prévenu un haut conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas, Nabil Chaath. « Nous n’accepterons plus la médiation de l’Amérique, nous n’accepterons plus la médiation de M. Trump. Ce sera la fin du rôle joué par les Américains dans ce processus », a-t-il dit. Pour mémoire, l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP) a récemment mis en garde les Etats-Unis contre toute idée de transférer leur ambassade à El Qods occupée, soulignant que toute solution au conflit doit passer par la reconnaissance d’El Qods-Est comme capitale du futur Etat palestinien indépendant. En effet, les Nations unies n’ont jamais reconnu l’annexion d’El Qods-Est et considèrent que le statut final de la ville devra être négocié. Une loi du Congrès américain adoptée en 1995 stipule que la représentation diplomatique de Washington en Israël doit se trouver à El Qods. Mais, depuis deux décennies, une clause dérogatoire, signée tous les six mois par tous les présidents américains successifs, permet à l’Exécutif américain de bloquer son application. Le statut d’El Qods occupée reste l’une des questions les plus épineuses du conflit israélo-palestinien. Enfin, la Jordanie, gardienne des lieux saints musulmans d’El Qods, avait mis en garde dimanche soir contre « une démarche aux conséquences graves » et les risques d’escalade.

Ce qu’en pense l’administration Trump
Néanmoins, lundi soir, la Maison-Blanche a annoncé que la décision de M. Trump a été reportée. Toutefois, Hogan Gidley, un porte-parole de la Maison-Blanche, a affirmé que la décision du président n’était pas « une question de si » mais « une question de quand ». « Le président a été clair sur cette affaire depuis le départ : ce n’est pas une question de si (l’ambassade sera effectivement déplacée à El Qods), c’est une question de quand », a affirmé lundi Hogan Gidley, un porte-parole de la Maison-Blanche, en annonçant que la décision de Donald Trump était reportée. « Aucune action ne sera prise sur la dérogation aujourd’hui (lundi) et nous annoncerons une décision dans les prochains jours ». Mais selon plusieurs observateurs, le milliardaire républicain est tenté par une troisième voie qui pourrait consister à repousser un tel déménagement tout en reconnaissant plus ou moins officiellement El Qods comme capitale d’Israël. Il pourrait annoncer son choix aujourd’hui même, selon des médias et des responsables américains. Même cette solution de compromis serait un casus belli, ont prévenu ces derniers jours les dirigeants palestiniens, qui estiment qu’El Qods -Est, annexée par Israël en 1967, doit être la capitale de l’Etat auquel ils aspirent et que le statut de la ville ne peut être réglé que dans le cadre d’un accord de paix avec les Israéliens. D’ores et déjà, les islamistes du Hamas ont menacé d’une « nouvelle Intifada » tandis que pour le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, « on a là une occasion historique de réparer une injustice ». C’est un dilemme pour le président des Etats-Unis, qui peine à tenir les promesses du candidat Trump : s’il respecte celles-ci, il risque de faire capoter les efforts de son conseiller Jared Kushner, auquel il a confié la tâche de réconcilier Israéliens et Palestiniens. Une paix indispensable, aux yeux du gendre du milliardaire, pour ramener la stabilité dans la région et souder Israéliens et pays arabes contre un ennemi commun, l’Iran.