Par Bouzid Chalabi
Après la flambée de la mercuriale du début jusqu’à la mi-Ramadhan, suivie d’une légère stagnation, c’est à une autre saignée à laquelle devront faire face les ménages, à savoir celle des achats de vêtements pour la célébration de l’Aïd El fitr comme il est de coutume.
Une virée par Reporters ces deux derniers jours dans de nombreux magasins et centres commerciaux de la capitale laisse découvrir que la cherté des effets vestimentaires dépasse cette année tout entendement. Certes les parents sont habitués à la surenchère des tenues pour garçonnets et fillettes à chaque veille de la fête religieuse, mais, cette fois, plus d’un père et d’une mère de famille se rejoignent à dire que «c’est purement de l’exagération». Dans ce sillage, une dame accompagnée de ces trois enfants, interpellée à la sortie d’un magasin, la mine désappointée, lâche tout de go : «Si l’année dernière, il m’a fallu consacrer 20 000 dinars pour l’achat de vêtements et de chaussures à mes deux filles et mon fils, cette année, le budget nécessaire va carrément doubler. Du coup, il faudra que je ratisse large à la recherche de tenues dont le rapport qualité/Prix soit à la portée de la somme d’argent que j’ai décidé de consacrer pour mes achats. Mes enfants sont de plus en plus exigeants en termes de goût et demandent à s’habiller à la mode». Une autre dame, rencontrée dans un centre commercial, accompagnée de sa mère et de ses enfants, nous a détaillé les prix de ses achats. Ainsi selon cette dernière : «J’ai acheté pour mes deux garçons de 6 et 8 ans, 2 blousons, 2 tee-shirts et 2 pantalons à 25 000 DA, et pour ma fille de 10 ans, un haut à 4 000 DA et un short et un tee-shirt à 4 500 DA. Le vendeur jurant pour justifier son prix que ce sont des produits turcs». Plus loin, un père de famille sillonnant les rayons d’un magasin de vêtements à l’enseigne portant le nom d’une grande marque, avoue : «Cette année, il va falloir me plier en quatre pour arriver à satisfaire les goûts de mes deux adolescents. A priori, il faudra que je débourse tout au moins la bagatelle de 70 000 DA pour éviter de les décevoir.» Dans d’autres magasins réputés pratiquer des prix plus ou moins abordables, les visiteurs ont vite déchanté. Ahmed, père de quatre enfants, dit, après avoir fait un tour dans de nombreuses échoppes, qu’«il va lui falloir consentir des sacrifices pour arriver à satisfaire ses enfants. En somme, je me retrouve à consacrer un budget d’au moins 50 000 DA et en me limitant à des articles de contrefaçon», lâche-t-il l’air désabusé. Ils seront d’ailleurs nombreux ces pères de famille à être dans la même tourmente qu’Ahmed. Ce que rejoint le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), Hadj Tahar Boulanouar, approché hier. En effet, ce dernier estime les dépenses à environ 50 000 DA pour chaque famille composée de 4 enfants. Le président de l’ANCA précise dans ce sens : «La cherté de la vie fait que le citoyen algérien débourse plus que son salaire.» Toujours à propos de salaire, il indique qu’«une famille de 6 membres nécessite un revenu mensuel de 80 000 dinars pour assurer ses besoins essentiels», comme le déduisent des observateurs. Et de confier enfin : «Avec des bas salaires en totale inadéquation avec les prix pratiqués sur le marché de la consommation, une grande majorité de familles n’ont d’autres choix que de s’orienter vers le marché parallèle qui offre certes des articles accessibles tandis que d’autres, au faible revenu, ont vite fait leur choix en jetant leur dévolu sur la friperie.»
Contacté également par Reporters le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et de l’environnement (Apoce) Mustapha Zebdi rapporte qu’au sein de l’association «on s’attendait à ce que les prix des vêtements et des chaussures grimpent de façon vertigineuse dès lors où depuis le début de l’année dans de nombreux secteurs du commerce du détail la tendance est à la hausse». C’est pour dire enfin que le Ramadan et l’Aïd el Fitr 2021 se sont illustrés pour des pans entiers de la population par des dépenses colossales au prix de lourds sacrifices quand d‘autres se sont endettés.