Le très attendu sommet du FPEG (Forum des pays exportateurs du gaz) se tiendra, aujourd’hui à Doha. Un rendez-vous d’autant plus capital qu’il réunit des producteurs qui représentent 70% des réserves mondiales prouvées de gaz et 51% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié. Au menu des discussions, les tensions géopolitiques entre l’Ukraine, les Occidentaux et la Russie et leurs conséquences sur un marché gazier où l’offre ne semble pas suivre le rythme de la demande, notamment sur le marché européen. Plus largement, toutes les questions sensibles liées à l’approvisionnement mondial en gaz naturel et au déclin des investissements dans un contexte de forte hausse de la consommation.

Par Hakim Ould Mohamed
Le sommet se tiendra avec la participation de l’émir du Qatar, le président iranien, le président Abdelmadjid Tebboune, Keith Royley, Premier ministre de Trinité-et-Tobago, ainsi que des ministres des Affaires étrangères ou de l’Energie des Etats membres du Forum.
Le FPEG compte 11 pays, à savoir le Qatar, la Russie, l’Iran, l’Algérie, la Bolivie, l’Egypte, la Guinée équatoriale, la Libye, le Nigeria, la Trinité-et-Tobago et Venezuela. Les onze membres du FPEG représentent 70% des réserves mondiales prouvées de gaz et 51% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié. Le sommet a été précédé par une réunion, hier, des ministres des pays y siégeant. Ces ministres sont appelés à baliser le terrain aux chefs d’Etat et de gouvernement en rédigeant un communiqué qui, selon des indiscrétions, porterait sur le manque de réserves de gaz pour approvisionner l’Europe, confrontée à une flambée des prix et à une baisse des livraisons russes, conséquence des tensions politiques opposant la Russie à l’Ukraine.
Le marché mondial du gaz naturel se caractérise par une tension sans précédent et une forte volatilité en raison d’une hausse de la demande, à l’heure où l’offre ne semble pas suivre le rythme de la demande, notamment sur le marché européen, ce qui se traduit par une forte flambée des cours qui ont atteint un niveau record cette année. En effet, les prix du gaz naturel dans le monde ont grimpé en flèche à la fin de l’année dernière et au début de cette année en raison d’une combinaison de resserrement de l’approvisionnement, d’une production d’énergie renouvelable plus faible et d’une forte croissance post-Covid-19. Le faible niveau de stockage et les incertitudes qui minent l’approvisionnement sont également des facteurs-clés justifiant la hausse des prix sur le marché. C’est dans ce contexte que se tient, aujourd’hui, le 6e sommet du Forum des pays exportateurs de gaz. Pour tenter une réponse aux questions de la conjoncture, les pays producteurs vont assurément appeler à augmenter les investissements dans l’amont gazier mondial pour éviter d’évoquer l’option d’un moratoire sur la transition énergétique telle que réfléchie par l’AIE qui plaide en faveur d’un arrêt des investissements dans les énergies fossiles.
L’année dernière, alors que l’AIE appelait sans cesse à accélérer la transition énergétique pour atteindre l’objectif zéro émission carbone à l’horizon 2050, a montré à quel point le gaz et le GNL sont cruciaux pour approvisionner les communautés et les économies du monde entier. Ce pourquoi les pays producteurs, réunis à Doha, estiment que davantage d’investissements étaient nécessaires pour répondre à la demande croissante de gaz naturel et de GNL, en particulier sur les marchés où les prévisionnistes anticipent un écart prévisionnel entre l’offre et la demande, dont le marché européen et asiatique. Le problème s’annonce plus complexe pour l’Europe car, même si les approvisionnements sont renforcés, le continent manque cruellement de capacités de stockage. En, effet, après l’afflux massif de gaz naturel liquéfié américain pour compenser la baisse de l’approvisionnement des pipelines en provenance de Russie dans un contexte de forte demande, l’Europe s’est retrouvée à court de capacité de traitement du gaz, faute de terminaux d’importation de GNL de grande capacité. Cela explique pourquoi le Qatar et d’autres pays producteurs ont insisté sur la nécessité de pouvoir miser sur des contrats à long terme pour procéder aux investissements massifs exigés pour garantir la fourniture de gaz à l’Europe.
Les Etats-Unis ont appelé le Qatar à apporter son aide à l’Europe en cas de problèmes d’approvisionnement par la Russie en raison de la crise avec l’Ukraine. Les Etats-Unis ont déjà expédié plusieurs flottilles à destination de l’Europe, tandis que le Japon et l’Australie se sont dits prêts à intervenir si nécessité il y a. C’est toutes ces questions, liées à l’approvisionnement mondial en gaz naturel, au déclin des investissements dans un contexte de forte demande, qui seront débattues, aujourd’hui, à l’occasion de la tenue du 6e sommet du FPEG. Les pays producteurs vont certainement défendre l’option des contrats de long terme, de plus en plus décriée par les consommateurs, laquelle garantit un renforcement des capacités de production et des débouchés aux volumes de gaz produits. Cette option se veut ainsi une réponse structurelle à la question de l’approvisionnement et éloigne, par la même, le spectre d’un arrêt brutal des investissements dans les énergies fossiles tel que revendiqué par l’AIE. <