Après avoir été placé mercredi sous mandat de dépôt, l’activiste et journaliste Fodhil Boumala a été relâché 24 heures plus tard par le Tribunal de Dar El Beïda qui a indiqué avoir pris acte de la «violation de la procédure» réclamée par la défense de l’accusé, qui a dénoncé un «procès précipité» dans la mesure où celui-ci était prévu pour jeudi prochain.
Boumala, prisonnier du 18 septembre 2019 au 1er mars 2020, est ainsi mis sous contrôle judiciaire en attendant son procès finalement programmé pour le 2 juillet prochain.
L’arrestation de Boumala et les péripéties qui l’accompagnent interviennent alors que les marches du mouvement populaire ont repris, hier, à travers quelques wilayas malgré la multiplication des appels pour temporiser au vu de la situation sanitaire du pays. En plus de s’être déroulée dans une ambiance tendue et des scènes d’échauffourées avec les forces de l’ordre, comme c’est le cas à Béjaïa, la reprise des marches, suspendues depuis la propagation de la pandémie de la Covid-19, a été précédée par un «débat» sur les réseaux sociaux entre les partisans d’un retour à l’action de rue et ceux préconisant la «patience» compte tenu de la situation sanitaire.
Finalement, ce sont les appels des partisans de la reprise qui l’ont emporté alors que l’avis des voix des noms du Hirak tels que l’avocat Mostefa Bouchachi, l’universitaire Nacer Djabi et l’autre avocat, Abdelghani Badi, n’ont pas été entendues.
Même la position de RAJ, association fortement impliquée dans le mouvement depuis son lancement, n’a pas été écoutée, elle, qui alertait sur des conditions jugées défavorables pour la reprise.
«Depuis 14 mois, la dynamique populaire pour le changement démocratique en Algérie a été toujours celle de la réflexion et de la large mobilisation populaire. La sagesse a toujours prévalu comme ce fût le cas en mars passé, au déclenchement de la pandémie, où tous les acteurs étaient soucieux de la préservation de la santé publique en décidant de surseoir à toutes les manifestations populaires», a-t-elle souligné, allusion à la décision préventive de suspendre les marches.
«Aujourd’hui, dans un contexte marqué par le risque de la propagation de la pandémie qui est toujours présent, que des appels à la reprise des manifestations populaires sont lancés. Le RAJ considère que les conditions pour la reprise des grandes manifestations citoyennes ne sont pas réunies, et ce, par à la fois le risque permanent de la propagation de la pandémie et la divergence des points de vue de la société sur la reprise ou non dans l’immédiat des manifestations», explique la même association.
Ceci n’empêche pas «d’approfondir la réflexion», le débat dans la société dans le respect de tous les avis et d’œuvrer à une large mobilisation pour la reprise de la dynamique populaire une fois les conditions sanitaires réunies, conclut RAJ.
Pour sa part, Bouchachi a estimé que «notre révolution bénie a toujours été marquée par la conscience du peuple et son unité, je pense qu’il serait sage de reporter le retour du Hirak jusqu’à ce que les conditions sanitaires soient favorables», relevant que le fait «de se précipiter pour déterminer une date pour la reprise des marches pourrait diviser nos rangs, nuire à notre santé et notre mouvement pacifiste».
L’universitaire Djabi a souligné sur son compte facebook que «chaque appel aux marches dans cette situation sanitaire dangereuse ne garantit pas la préservation de la popularité et la crédibilité du mouvement citoyen, son caractère pacifique et son patriotisme».