Les analystes sont unanimes à dire qu’il y a véritablement risque que le conflit russo-ukrainien conduise à une crise croissante d’insécurité alimentaire et à une flambée des prix des produits de base sur les marchés mondiaux ; ceux-ci ayant déjà battu plusieurs records en quelques semaines seulement.

Par Hakim Ould Mohamed
En mars, les prix mondiaux des produits alimentaires ont atteint leurs niveaux les plus élevés jamais enregistrés, a rapporté l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à la fin de la semaine dernière. Jamais de tels niveaux de prix n’ont été atteints par le passé, mettant à rude épreuve le système alimentaire mondial, selon un bulletin statistique sur l’évolution des cours, diffusé à la fin de la semaine dernière par l’organisation onusienne pour l’alimentation et l’agriculture. L’Indice FAO des prix des produits alimentaires a augmenté de 12,6% en mars par rapport à février, alors qu’il avait déjà atteint son plus haut niveau depuis que l’agence onusienne a commencé à suivre l’évolution des prix en 1990. En glissement annuel, l’indice FAO des prix des produits alimentaires de base était supérieur de 33,6% en mars dernier par rapport à mars 2021. Cela est l’indicateur on ne peut plus clair d’une inflation mondiale galopante, aggravée par le conflit opposant la Russie à l’Ukraine. Au cours des trois dernières années, la Russie et l’Ukraine ont représenté environ 30 % des exportations mondiales de blé et 20 % des exportations de maïs. Les sanctions sur les exportations russes et l’incapacité de l’Ukraine à récolter en raison d’une guerre qui fait rage ont provoqué une flambée des prix mondiaux du blé et des céréales secondaires. L’Indice FAO des prix des céréales a augmenté de 17,1% en mars par rapport à février, tandis que l’Indice des prix des huiles végétales a augmenté de 23,2%, tiré par la hausse des prix de l’huile de tournesol, dont l’Ukraine est le premier exportateur mondial. L’indice FAO des prix du sucre a augmenté de 6,7 %, suivi de l’indice de la viande qui a augmenté de 4,8 %. Pour compenser les pertes d’exportation de la région de la Mer Noire, il est attendu que l’Union européenne et l’Inde augmentent leurs exportations de blé, tandis que l’Argentine, l’Inde et les États-Unis expédieront davantage de maïs. La semaine dernière, le Premier ministre indien Narendra Modi a déclaré au président américain Joe Biden que l’Inde était prête à expédier de la nourriture au reste du monde.
L’Algérie guette les signaux d’une inflation importée
Dans un discours prononcé lors de la réunion annuelle de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a déclaré que le conflit opposant la Russie à l’Ukraine avait aggravé une situation déjà désastreuse. «Les chocs sur les prix et l’offre se matérialisent déjà, aggravant les pressions inflationnistes mondiales, créant des risques pour les soldes extérieurs et sapant la reprise post-pandémique», a déclaré Janet Yellen. Elle a reconnu à la même occasion que des facteurs tels que les conflits, le changement climatique et les ralentissements économiques dus, entre autres, à la pandémie de COVID-19, ont également contribué à la pénurie alimentaire. Les tensions sur les prix et l’offre ne semblent épargner aucune région de la planète, directement ou indirectement. Toute perturbation qui se produit à un endroit de la planète a un effet à un autre endroit. Aux États-Unis, les prix de la «nourriture à domicile» devraient augmenter jusqu’à 4 % d’ici la fin de l’année, selon le département américain de l’Agriculture. A l’échelle mondiale, les prix des denrées alimentaires devraient augmenter de 14 % cette année, selon le Fonds monétaire international (FMI). Dans ses «Perspectives de l’économie mondiale», le FMI a abaissé ses prévisions de croissance économique mondiale cette année à 3,6 %, en déclin par rapport à son estimation de janvier de 4,4 % ainsi que par rapport à la croissance de 6,1 % en 2021. L’Algérie, un des importateurs mondiaux de produits alimentaires de base, a pris plusieurs mesures afin d’éviter que l’inflation importée s’accélère, en concédant à l’OAIC le monopole sur l’importation des céréales afin que l’Etat puisse subventionner la différence des prix, en multipliant les achats sur le marché mondial pour renforcer les stocks, et en renforçant le contrôle des prix et des subventions sur le marché local. En février, l’Indice ONS des prix à la consommation a augmenté de 9%, tandis que le taux d’inflation, en moyenne annuelle, a atteint 7,6% au même mois. Le risque est qu’un phénomène de forte inflation vienne reprendre d’une main ce que l’Exécutif a concédé aux travailleurs comme avantages salariaux de l’autre main. Les prix pratiqués en ce mois de Ramadhan sont symptomatiques d’un défaut de régulation des marchés de détail, mettant le pouvoir d’achat des ménages algériens à rude épreuve. n