Le vote, jeudi dernier, du projet de loi portant approbation de l’Ordonnance modifiant et complétant la loi relative à la santé place désormais l’Agence nationale des produits pharmaceutiques sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique. Il fait entrer en vigueur la nouvelle mesure de limitation de l’importation de médicaments avec des risques sur la distribution des produits pharmaceutiques. Les syndicats craignent un problème de disponibilité et d’aggravation des difficultés d’accès au médicament déjà constatées.
Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), nous confie à ce propos que «la pénurie de médicaments est une situation qui existe depuis un bon moment. Elle est entretenue par la situation de la pandémie et des difficultés du pays à s’approvisionner de manière régulière pour parer aux besoins des malades, y compris concernant les médicaments essentiels dont on a besoin au niveau des urgences». Il estime ainsi que «cette situation qui s’est installée dans la chronicité, lorsqu’elle s’améliore, c’est de manière conjoncturelle. Cela prouve que l’on reste tributaire de la plupart des médicaments et même ceux qui sont produits ici sont tributaires de l’importation de la matière première».
Le président du SNPSP estime à ce sujet que «cela démontre toutes les difficultés que nous avons à asseoir une industrie pharmaceutique digne de ce nom, capable de répondre de manière pérenne aux besoins du système de santé et de la population».
A propos du plan d’action du ministère de l’Industrie pharmaceutique, le premier responsable Lotfi Benbahmed a déclaré, jeudi dernier à l’APN, que le ministère «prendra en charge la régulation de l’activité d’importation au profit de la production nationale et l’orientation vers l’exportation. Ce qui permettra au ministère d’élaborer et d’intervenir dans la politique d’enregistrement et d’approbation des produits pharmaceutiques et d’équipements médicaux, de fixer les prix, les marges bénéficiaires et le remboursement et de soutenir le produit local». Le président du SNPSP souligne : «Nous ignorons tout de ce qui est décidé ou qui va être décidé concernant ce circuit, car nous n’avons pas été consultés ou associés à ce processus.» Il enchaîne que «dans la loi sanitaire, depuis sa promulgation en 2018, il y a plus de cents articles qui relèvent des textes d’application. Mais jusqu’à présent, les seuls textes sur lesquels certains ont travaillé sont ceux relatifs à la pharmacie et aux médicaments, et ce n’est pas normal.» Il ajoute que «cela s’est fait sans la concertation des syndicats de la santé et avec beaucoup de précipitation. Nous estimons que cette histoire de rattacher l’Agence des produits pharmaceutiques au ministère de l’Industrie pharmaceutique n’est pas une clé magique qui va régler le problème du médicament.» Il a été réitéré à cette occasion la position de son syndicat qui estime que «l’Agence du médicament doit être placée, soit sous l’autorité du Premier ministère pour lui donner une pleine autorité et une certaine autonomie et indépendance dans le fonctionnement, soit être rattachée au ministère de la Santé. C’est à ce niveau que les prévisions et les affectations en matière de consommation de médicaments et de consommables sont décidées. Malheureusement, cela se fait autrement.»
Pour sa part, Mohamed Yousfi, chef de service infectiologie de l’EPH de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), déclare que pour le moment, au niveau de son service il y a des difficultés par rapport à une seule molécule pour le traitement des malades atteint du virus du Sida. Il nous explique que concernant la problématique de la disponibilité des médicaments, il y a une distinction entre le secteur public et les officines libérales. Il précise à ce sujet qu’«en tant que secteur public, on est principalement fourni par la Pharmacie centrale des hôpitaux et là, se pose d’une manière globale toute la problématique de la gestion du médicament qui traîne depuis plusieurs années. Et finalement, c’est le malade qui subit cela». Il nous résume : «Le fond du problème qui doit être réglé, c’est un problème financier. Les hôpitaux doivent avoir le budget nécessaire pour couvrir leurs besoins en médicaments et la Pharmacie centrale doit récupérer toutes ses dettes au niveau des hôpitaux pour payer ses fournisseurs.» Cet endettement chronique de la part des hôpitaux vis-à-vis de la Pharmacie centrale a nécessité à maintes reprises l’intervention du gouvernement pour l’épurer.
Concernant la loi votée jeudi dernier, en tant que président du SNPSSP, Mohamed Yousfi nous souligne que «nous prenons acte de cette décision, mais notre position de principe c’est que l’Agence nationale de produits pharmaceutiques doit être sous l’égide du ministère de la Santé». Il explique que «notre souci, c’est la mission de santé publique que doit assumer l’agence du médicament, ainsi que pour des raisons administratives et bureaucratiques de passage d’une tutelle à une autre, on est en train de bloquer des enregistrements, des commissions nationales d’experts, car les textes d’applications ne sont pas encore prêts pour que l’agence puisse accomplir ces missions». n