Par Sihem Bounabi
En pleine deuxième vague de la Covid-19 accentuant une crise sanitaire marquée par de nombreuses polémiques portant notamment sur la pénurie d’anticoagulants, à l’instar du Levenox, la spéculation sur les tests PCR, les tensions sur la disponibilité de l’oxygène au niveau des hôpitaux, autant de faits dont Reporters a témoigné sur la réalité du terrain dans de nombreux articles publiés au courant de cette semaine, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Ben Bahmed, monte au créneau et tente de répondre point par point à chacune de ces polémiques en se voulant rassurant et confiant.
S’exprimant, hier, dans l’émission « L’Invité de la Rédaction » de la Chaîne III de la Radio nationale, il a affirmé que face à la problématique de la cherté des prix des tests PCR dans des laboratoires privés, qui ont triplé ou quadruplé au moment de la recrudescence de la pandémie du coronavirus, son département a saisi l’Ordre des pharmaciens et aussi l’Ordre des médecins sur cette question de spéculation. Le ministre de l’Industrie pharmaceutique affirme que «le code de déontologie stipule que même si ce sont des prix libres et que le pharmacien ou le médecin doit avoir une rétribution en rapport avec son acte, c’est contre l’éthique et la déontologie de saisir une situation de crise pour avoir une attitude spéculative en triplant les prix ».
Lotfi Benbahmed conforte ces propos en énumérant les prix réels de ce type d’examen. Ainsi, les tests antigènes reviennent entre 1 000 et 1 500 DA et sont vendus au laboratoire 2000 DA, mais au final, ils sont actuellement facturés aux malades à 6 000 DA, « ce n’est pas normal» s’exclame-t-il.
De même, les tests PCR entre le kit de prélèvement, le kit d’extraction et le réactif PCR, coûtent en moyenne 4 000 à 5 000 DA et « devraient être facturés au maximum 8 000 à 9 000 DA et non entre 12 000 et 20 000 DA comme c’est le cas aujourd’hui», déplore également le ministre de l’Industrie pharmaceutique.
Au sujet des prix libres de ces examens médicaux, cruciaux en temps de pandémie, le ministre souligne « qu’à un moment donné, il faudra trouver un moyen pour qu’il y ait la possibilité pour ces examens de conventionner ces laboratoires d’analyses avec les hôpitaux ou de les faire rembourser par la Cnas ». Il rappelle toutefois que cela relève des prérogatives du ministère du Travail et celui de la Santé pour la révision de la nomenclature des actes médicaux. Il espère que cette question de revoir le remboursement des analyses médicales trouvera « rapidement une solution ».
Sur la disponibilité des tests de dépistage et afin de pallier la situation actuelle, où la spéculation est nourrie, notamment par le déséquilibre de l’offre et la demande, Lotfi Ben Bahmed a annoncé que d’ici deux à trois semaines, l’Algérie se lancera dans la production de réactifs pour PCR. Affirmant aussi que « 50 000 tests seront produits par jour».
En attendant le lancement de la production locale, il affirme qu’il y a trois jours, près de «400 000 tests ont été importés et nous attendons près de 1 million de tests d’ici la fin de l’année ».
200 000 boîtes d’anticoagulant produites par semaine
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique aborde également un autre paradoxe algérien entre les chiffres annoncés et la réalité du terrain. En effet, un simple tour dans les pharmacies suffit à se rendre compte de la pénurie du Levonox, utilisé actuellement dans le traitement des malades Covid. Pourtant, il affirme que « les quantités produites en Algérie sont cinq fois plus importantes que celles de l’année passée ». Il assure que l’Algérie en fabrique 200 000 par semaine, « une quantité censée suffire durant près d’un mois et demi, car nous en fabriquons 5 fois plus que la quantité demandée, mais, en réalité, cela ne suffit pas ! »
Le ministre explique cette rupture de stock par l’automédication et interpelle à ce sujet les responsables d’officine : « Les pharmaciens ne doivent pas vendre ces produits sans ordonnance. Il s’adresse directement aux Algériens en leur demandant «d’arrêter d’acheter des médicaments et de les stocker chez vous ! Ce sont des médicaments destinés aux malades ».
Le ministre interpelle aussi la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) qui doit aussi acheter ces produits au niveau du producteur local afin de garantir leur disponibilité aux malades.
Plus de 300 000 litres d’oxygène produits par jour
Par ailleurs, concernant la tension constaté ces dernières semaines sur la disponibilité de l’oxygène au niveau des hôpitaux, le ministre de l’Industrie pharmaceutique souligne que la véritable problématique est qu’« il ne s’agit pas de disponibilités de production, mais d’une problématique de moyens de stockage au niveau des structures hospitalières».
Il déclare à ce sujet que l’Algérie a doublé sa production en oxygène, en précisant que « Linde Gaz, Air Liquide et Calgaz Algérie produisent plus 320 000 litres d’oxygène chaque jour ».
Il explique ainsi qu’en moyenne, les cuves des hôpitaux d’une capacité de 5 000 litres en temps normal suffisait pour quinze jours, mais, aujourd’hui, ce volume est consommé en une matinée et souvent, la rotation du camion qui l’alimente est à des centaines de kilomètres de là. Ajoutant dans ce sillage que «nous avons des installations qui ne répondent pas à la demande de lits que l’on doit oxygéner», affirmant que les hôpitaux qui étaient livrés tous les quinze jours le sont deux fois par jour.
Afin de pallier cette problématique, il déclare : « Nous avons mutualisé l’ensemble des moyens logistiques et la production de tous les gaziers pour que les sites de production les plus proches des hôpitaux puissent livrer rapidement.»
Le ministre relève toutefois que cela a démontré la nécessité de revoir les normes de la thérapie de l’oxygénothérapie afin de les mettre aux normes internationales dans les prochains mois qui viennent, en collaboration avec le ministère de la Santé. En l’occurrence, « c’est le gazier lui-même qui met en place les équipements dans les hôpitaux et qui livre selon le nombre de lits qui sont oxygénés, ce qui permet d’avoir une traçabilité car ce sont des opérations numérisées ».