Le ministre du Commerce Kamel Rezig est revenu, hier, sur la situation du marché des produits alimentaires, marqué ces dernières semaines par la hausse des prix, en plus de certaines «tensions» sur la disponibilité «d’un ou deux produits».

Par Nadir Kadi
Le ministre, qui réfute l’existence de «pénurie», explique en ce sens : «A l’exception de pressions sur un ou deux produits, le marché ne connaît pas de pénurie. Celui qui se rend sur le marché trouvera tous les produits de première nécessité.» Le ministre, qui s’exprimait sur les ondes de la chaine 1 de Radio nationale, estime que «les tensions» sur l’huile sont artificiellement créées par la rumeur, alors que le manque de pomme de terre est causé par les conditions climatiques. Pour y pallier, il a annoncé que son secteur ne s’interdit pas de recourir à l’importation «si nécessaire». Une décision devrait être annoncée dans «les jours à venir».
Le responsable politique fait ainsi savoir à propos de la disponibilité de la pomme de terre sur les marchés que «l’offre est limitée à cause de la sécheresse et du recul de la production. Mais nous avons des stocks au niveau des structures du ministère de l’Agriculture (…) Nous espérons que dans les prochaines heures et prochains jours nous les sortirons avec force sur le marché en attendant les récoltes». K. Rezig, qui se veut rassurant sur les capacités de l’Etat à répondre à la situation, annonce : «Si la situation l’exige, et selon les directives du Président de la République, nous nous tournerons vers l’importation de ce produit.» Cette «solution» serait toutefois «exceptionnelle» et limitée dans le temps, «notre objectif est de promouvoir la production nationale». Aucune commande n’est aujourd’hui en cours, mais une décision pourrait être prise dans «les jours à venir» après étude des perspectives du marché.
Quant à la question de l’huile alimentaire, Kamel Rezig souligne en substance que la situation est ici totalement opposée «…Pour l’huile, les quantités existent, il y a des stocks dans les dépôts des entreprises de production et de conditionnement. Malheureusement, la rumeur sur les réseaux sociaux a changé le comportement des consommateurs, il y a eu des pressions sur la demande». Ainsi, le manque d’huile, parfois constaté sur les marchés, depuis plusieurs semaines et sans qu’aucune explication rationnelle ne soit donnée, ne serait pour le ministre qu’une désorganisation de la filière à cause des fortes demandes. Les chiffres mis en avant par le responsable indiquaient en ce sens que les réserves de matières premières pour la production de l’huile suffisent «pour 6 mois» de production.
Questionné par ailleurs sur les «pressions causées par la hausse des prix» des produits, le ministre a estimé hier que cette situation «est mondiale» et s’explique avant tout par la «sortie des économies de la pandémie de coronavirus, la hausse des énergies, des tarifs du transport (…) Le phénomène se répète partout, même dans les pays développés». Dans ce contexte, le ministre du Commerce souligne que ces services «en collaboration avec les autres secteurs ministériels travaillent à fournir les produits, dans le cadre de l’aide de l’Etat et à des prix acceptables, prenant en compte le pouvoir d’achat des citoyens et les capacités du pays». Dans cette logique, K. Rezig fait savoir que le ministère a aujourd’hui les capacités pour estimer l’offre et la demande. Il ajoute plus loin que les produits saisis dans le cadre de la lutte contre la spéculation et de contrôle sont déjà remis sur le marché et vendus au niveau des structures au prix de 50 dinars. Ainsi, dans le détail, il s’agit de plus 12 000 tonnes de pomme de terre, oignon, ail… saisies : «Une partie de ces quantités de pomme de terre se vend déjà sur les marchés à des prix qui ne dépassent pas 50 dinars le kilogramme (…) Dans les prochaines heures, d’autres quantités sortiront au même prix».
Quant aux contrôles et opérations contre les spéculations, elles auraient concerné ces dernières semaines plus de «1 200 chambres froides et sites de stockages (…) Une cinquantaine activait en dehors de la législation, nous avons pris les mesures nécessaires, des procès-verbaux ont été faits et les dossiers sont transmis à la justice». Le ministre annonce par ailleurs que la législation sur la spéculation connaîtra prochainement plusieurs modifications : «Le projet de loi, après son passage en Conseil des ministres sera transmis au Parlement (…) J’espère que cette loi sera dissuasive pour les spéculateurs». Il a également tenté de rassurer les opérateurs du secteur : «Le stockage est une nécessité, on ne peut imaginer l’agriculture ou le commerce sans cette activité (…) mais ce que nous demandons est la déclaration de l’activité. Il faut que le ministère du Commerce soit au courant des quantités et des lieux de stockage pour réguler le marché (…) J’appelle tous les agriculteurs, commerçants, exportateurs… qui ont des entrepôts de stockage à se faire connaître auprès du ministère.» n