En dépit des différentes instructions fermes du ministre de l’Industrie pharmaceutique afin de garantir la disponibilité des médicaments au niveau national, la pénurie de médicament perdure en Algérie. Entre 40 et 50 médicaments subissent de fortes tensions actuellement, à l’exemple de gouttes oculaires, de l’insuline, des pilules contraceptives, certains types d’anti-inflammatoires et certains traitements hormonaux.

Par Sihem Bounabi
En effet, Dr Messaoud Belambri, président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), a dans une récente déclaration à Radio Sétif, confirmé qu’une pénurie touche une cinquantaine de médicaments dont ceux précités. «Il est dommage d’enregistrer une pénurie de médicaments récurrente et un manque de régulation du marché pharmaceutique malgré tous les efforts déployés pour garantir leur disponibilité, à l’instar de l’arsenal juridique mis en place et les nombreuses visites d’inspection et de contrôle sur le terrain et les signalements récurrents des pharmaciens d’officine», a-t-il déploré.
Le plus inquiétant pour le président du Snapo, c’est la pénurie qui touche les médicaments importés. «Cela nécessite beaucoup plus de temps pour arriver à lever les tensions qui pèsent sur ce type de médicaments et réorganiser le marché», estime-t-il.
En effet, selon lui, plusieurs pays dans le monde sont touchés fortement par des perturbations dans la disponibilité de certains types de médicaments, à l’exemple du paracétamol et de l’amoxicilline. Des pénuries sont notamment signalées en Allemagne, en France, au Canada, en Belgique, en Italie, à cause d’une pénurie des matières premières et de leurs prix élevés. Dr Messaoud Belambri souligne à ce sujet que cette crise au niveau mondial est accentuée par le fait que les pays producteurs de matières premières accordent la priorité à leur marché intérieur.
Toutefois, le président du Snapo tient à préciser que cette crise mondiale de matières premières pour les médicaments épargne l’Algérie pour le moment. Les producteurs algériens utilisent «les stocks de réserve», mais, par contre, il tient à alerter que «des mesures doivent être prises dès maintenant pour éviter d’aggraver la situation».
Concernant les raisons propres à l’Algérie engendrant la pénurie de médicaments, le président du Snapo pointe du doigt «la vente concomitante et la rétention de stocks qui perdurent malgré la mise en place d’un arsenal juridique et la multiplication des visites d’inspection des brigades mixtes du ministère de l’Industrie pharmaceutique et celui du Commerce afin de lutter contre ce phénomène».
Ainsi, même s’il reconnaît que ce phénomène de vente illégale a nettement reculé depuis près d’une année suite à des sanctions telles que des saisies, des mises en demeure et de nombreux procès-verbaux dressés contre ceux qui ne respectent pas la réglementation, le marché du médicament en Algérie n’est toujours pas épuré de ce type de comportement. Il affirme à ce sujet que «l’élimination des ventes concomitantes une bonne fois pour toutes passe par la disponibilité en nombre suffisant de médicaments, le renforcement des contrôles et une véritable prise de conscience en l’éthique professionnelle et l’esprit de responsabilité des différents acteurs impliqués dans le marché du médicament».
Le président du Snapo pointe également du doigt la multiplication des intermédiaires impactant négativement le marché, en soulignant que «certains distributeurs se sont tournés vers de grands grossistes et approvisionnent d’autres distributeurs». «Ce comportement n’a aucun sens et provoque une perturbation significative dans la disponibilité des médicaments au niveau des officines». Il tient à préciser que «techniquement parlant, le producteur ou l’importateur alimente le distributeur qui, à son tour, sert directement les pharmaciens sans avoir besoin d’autres intermédiaires».
La question de la disponibilité de l’insuline a fait couler beaucoup d’encre, ces derniers mois, et encore récemment suite aux instructions du ministre de l’Industrie pharmaceutique Ali Aoun, pour l’accélération de la production de l’insuline en Algérie. Dr Messaoud Belambri souligne que même si la situation s’est relativement améliorée, la problématique de la disponibilité de l’insuline perdure du fait qu’«un seul laboratoire domine à 80% le marché mondial et local, mais au moins trois laboratoires approvisionnent l’Algérie en insuline».
Il tient à ajouter que «selon les informations dont nous disposons, le démarrage de la production locale d’insuline aura lieu au premier semestre 2023», précisant que «dans la première phase, 50% des besoins nationaux seront couverts avec l’entrée en service des trois projets de production d’insuline en Algérie au niveau de Constantine, Boufarik et Oued Essemar».
Pour rappel, le 6 décembre, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ali Aoun, avait souligné la nécessité de moderniser la fabrication locale de médicaments anticancéreux et d’insuline, en particulier, car ces médicaments connaissent actuellement une forte perturbation dans leur disponibilité, lors de la présentation de la stratégie du secteur aux membres de la Commission des affaires économiques, du développement, de l’industrie, du commerce et des stratégies de l’Assemblée populaire nationale (APN). Il a également indiqué que l’enveloppe financière allouée aux traitements des cancéreux et des diabétiques est d’environ 800 millions d’euros.
Afin de garantir la disponibilité des médicaments pour tous les Algériens, le ministre a aussi souligné que l’objectif de son département, en 2023 et 2024, est de créer un tissu d’usines qui produisent des matières premières entrant dans la fabrication des médicaments et augmentant le taux d’intégration. n