Les tensions commerciales nuisent énormément à l’économie mondiale en faisant descendre, à des taux dangereux, les prévisions de la croissance mondiale. C’est ce qui est en train de se vérifier à travers la guerre des tarifs douaniers entre les Etats-Unis et la Chine, qui dure depuis mars 2018, sapant le moral des entreprises qui se trouvent confrontées à un environnement économique pas du tout favorable à l’initiative d’investir. Les tensions commerciales entre Washington et Pékin vont amputer le PIB mondial de 0,8% en 2019, a annoncé hier le Fonds monétaire international (FMI).
Cette évolution mènera la croissance économique mondiale à son plus faible taux depuis la crise financière de 2008. C’est pourquoi, l’économiste en chef du Fonds, Gita Gopinath, a pressé les décideurs politiques de réduire «urgemment» les tensions commerciales, non sans affirmer
qu’« à 3% de croissance, il n’y a pas de place pour les erreurs politiques ».
Il est néanmoins utile de préciser que les estimations du FMI ont été faites avant l’annonce, vendredi, d’un accord de principe entre la Chine et les Etats-Unis. Comprendre que si cet accord est signé, l’impact de la guerre commerciale sino-américaine sur le PIB « serait atténué de 0,1 à 0,2 point», a expliqué Mme Gopinath, non sans souligner que la baisse de la confiance, effet secondaire, était amenée à durer plus longtemps.
Outre les tensions commerciales entre les deux superpuissances économiques mondiales, l’institution de Bretton Woods s’inquiète de la persistance des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, de la difficile sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (Brexit) et d’un secteur manufacturier, en particulier automobile, en berne.
Les autres principaux risques ayant conduit le Fonds à réviser à la baisse, pour la cinquième fois en un an, sa prévision de croissance mondiale. «L’économie mondiale connaît un ralentissement synchronisé», a commenté Mme Gopinath, reprenant l’expression de la nouvelle directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. Et alors que la reprise avait été portée par le commerce international après la crise de 2008, le volume des biens et services échangés ne va augmenter que de 1,1% cette année, soit 1,4 point de pourcentage de moins que ce que prévoyait encore le FMI à l’été.
C’est la plus faible progression depuis 2012 et une chute par rapport aux 3,6% de 2018, alors que Washington et Pékin enregistreront tous deux des croissances moins fortes qu’estimées en juillet. « L’incertitude liée au commerce a eu des effets négatifs sur l’investissement » aux Etats-Unis, a commenté le FMI. « Mais l’emploi et la consommation restent robustes, également soutenus par des mesures de relance », note-t-il, ce qui permet à la première économie du monde de tirer, pour le moment, son épingle du jeu. « En Chine, la dégradation de la croissance reflète non seulement la hausse des tarifs douaniers mais encore le ralentissement de la demande intérieure consécutive aux mesures prises pour maîtriser la dette », explique l’institution.
Dans la zone euro, la croissance attendue est tout juste de 1,2 pour cette année, en baisse de 0,1 point.
Cette zone pâtit globalement de la faiblesse des exportations qui freine son activité depuis le début de 2018, a résumé le FMI, qui note aussi la persistance de l’impact du changement des normes polluantes dans le secteur automobile.
Dans d’autres zones du monde, la croissance de quelques grandes économies, en 2019, ne pousse pas non plus aux réjouissances, puisqu’elle y sera très inférieure à 2018 mais aussi à ce qui était encore prévu en juillet. C’est le cas de l’Inde (-0,9 point par rapport aux prévisions précédentes à 6,1%), le Mexique (-0,5 point à 0,4%) ou encore la Russie (-0,1 point à 1,1%). L’Afrique du Sud (inchangé à 0,7%) et le Brésil (+0,1 point à 0,9%) s’en sortent un peu mieux mais avec des taux de croissance très faibles pour des économies émergentes.