La réunion de l’OPEP+, qui devait se tenir hier, a été ajournée à demain, jeudi, pour donner aux membres de l’OPEP plus de temps pour parvenir à un accord après une longue et tendue réunion, lundi, qui s’est interrompue sans accord.

Cette décision était le signe on ne peut plus clair des divisions qui animent l’OPEP. Les prix du pétrole, qui ont rebondi ces derniers jours sous l’effet des espoirs suscités à la fois par le vaccin anti-Covid ainsi que par les réunions de l’OPEP et OPEP+, ont glissé à nouveau aussitôt que la nouvelle sur l’absence de compromis est tombée. Jusqu’à lundi en début d’après-midi, il semblait y avoir un consensus entre les ministres de l’OPEP, mais la réunion est alors devenue inhabituellement tendue. Le ministre saoudien de l’Énergie, dans ce qui semblait être un geste de frustration, a déclaré aux autres qu’il pourrait démissionner de son poste de coprésident du groupe OPEP+. Il posait comme enjeu la crédibilité de l’OPEP, dont les actions ont jusqu’ici soutenu le marché depuis la rechute des cours du brut début de l’année. À l’approche de la réunion formelle, prévue dans l’après-midi de lundi, de nouvelles fissures ont émergé dans les relations entre les Émirats arabes unis et les autres membres. La stratégie des Émirats arabes unis qui consistait à augmenter la production était en contradiction avec les restrictions actuelles décidées par l’OPEP+ en avril dernier. Les pourparlers devaient se poursuivre par téléphone, aujourd’hui, avant la réunion de l’OPEP+ repoussée à jeudi. Les ministres de l’OPEP, rappelons-le, discutent de l’opportunité d’augmenter la production en janvier comme prévu ou de maintenir au-delà de décembre, éventuellement pour trois mois de plus, les baisses actuelles de la production qui sont de l’ordre de 7,7 millions de barils par jour. Certains membres pensent que le marché est encore trop fragile pour lever le pied sur les coupes en vigueur, tandis que d’autres veulent profiter de la hausse des prix pour augmenter la production et renforcer les revenus. Les Émirats arabes unis ne s’opposent pas ouvertement à une extension des réductions actuelles de la production, mais conditionnent un nouvel accord par une adhésion pleine des autres membres n’ayant pas respecté leurs quotas en application de l’accord d’avril. Autre signe révélateur de la tension qui prévaut au sein de l’OPEP, les Émirats arabes unis se sont vus offrir le poste de coprésident du comité de suivi de l’OPEP+ que les Saoudiens pourraient abandonner, mais l’ont rejeté. Mais les frictions entre les Émirats arabes unis et les Saoudiens, partenaires traditionnellement fidèles, remontent au début de l’année en cours, lorsqu’Abu Dhabi faisait état de sa volonté d’utiliser sa nouvelle capacité de production, prévoyant également de lancer un contrat de référence pétrolier régional.
Au cours de l’été dernier, les Émirats arabes unis ont mis de côté leur adhésion habituelle aux accords de l’OPEP et de l’OPEP+ et ont commencé à pomper plus de brut que son quota ne le permettait. Les Saoudiens étaient furieux et ont convoqué le ministre de l’Énergie Suhail Al-Mazrouei à Riyad pour une rencontre. Les Émirats arabes unis se sont rapidement alignés, mais le ressentiment est resté. Le pays estime que son quota est injuste et tient à tirer le meilleur parti des investissements massifs dans la capacité de production. Les discussions se sont en tout cas poursuivies, hier, pour tenter de trouver un accord pour l’extension des réductions actuelles de la production au-delà du mois de décembre en cours. L’OPEP+ prévoyait initialement d’augmenter sa production globale de deux millions de barils par jour (bpj) dès le mois prochain, mais la deuxième vague de la pandémie de coronavirus et les interrogations sur la conjoncture économique ont remis en cause ce scénario, qui pourrait amplifier le déséquilibre entre l’offre et la demande et gonfler un peu plus les stocks. Les 23 producteurs membres de l’OPEP+ tentent de trouver un accord pour prolonger, probablement de trois mois, les réductions de production de 7,7 millions de bpj en vigueur aujourd’hui, équivalentes à environ 8% de la demande mondiale. n