Les tensions au Moyen-Orient font grimper les cours du brut, atteignant des niveaux jamais égalés depuis plusieurs semaines. Hier, les prix du pétrole étaient encore en légère hausse, après une brusque poussée dans la nuit de mardi à mercredi. Les attaques menées par l’Iran contre des bases américaines en Irak font craindre désormais le pire dans cette région pétrolifère.

Peu après l’ouverture des marchés, vers 10H40 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars valait 68,73 dollars à Londres, en hausse de 0,67% par rapport à la clôture de mardi. A New York, le baril américain de WTI pour février gagnait 0,35% à 62,91 dollars. Les attaques de mercredi étaient perçues comme un second pas vers l’inconnu, alors que la tension était déjà à son paroxysme depuis l’assassinat du général iranien à Bagdad par un raid mené par les forces américaines. En effet, Téhéran a tiré, hier, tôt le matin, 22 missiles sol-sol sur deux bases irakiennes abritant des soldats américains, en représailles à l’assassinat par Washington de son puissant général Qassem Soleimani, une riposte qui marque une « nouvelle phase » dans les relations tendues entre les deux pays selon les experts, mais qui n’a pour le moment pas entraîné la déflagration redoutée. Les cours de l’or noir ont aussitôt signé un nouveau record ; le Brent et le WTI bondissant de plus de 4,5% pour atteindre des records depuis mi-septembre et fin avril, à respectivement 71,75 dollars et 65,65 dollars le baril. La hausse d’hier a été quelque peu atténuée dans la journée en l’absence d’une réaction officielle de Donald Trump, alors que la partie iranienne disait que ses attaques ne doivent pas être interprétées comme étant une volonté de verser dans l’escalade, mais une réponse à l’assassinat de son général. En outre, l’évaluation des dégâts a donné lieu à des pertes marginales, alors que le bilan global devait être annoncé dans la soirée d’hier par le président américain Donald Trump.
En tout cas, le regain de tension au Moyen-Orient fait craindre la rupture et/ou la perturbation de l’approvisionnement mondial en pétrole, d’autant plus que les parties impliquées dans ces tensions sont les plus grands producteurs mondiaux de brut, à savoir les Etats-Unis, l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite indirectement. Ces risques ont fait sortir le secrétaire général de l’Opep de son silence, estimant que la production irakienne de pétrole n’a subi aucune perturbation après les frappes de missiles iraniens contre des sites de l’armée américaine en Irak. « C’est avec un grand soulagement que nous constatons que la sécurité est maintenue dans les installations en Irak et que la production se poursuit », a dit Mohammed Barkindo, secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, en marge d’une conférence à Abou Dhabi. Il n’y a pour le moment aucun risque de pénurie, ni de fermeture du détroit d’Ormuz, par où transite une part importante de la production mondiale, a pour sa part jugé le ministre de l’Energie des Emirats arabes unis en marge de cette conférence, soulignant que la région n’était pas en guerre pour le moment. « Nous ne prévoyons pas de pénurie à moins d’une escalade catastrophique, ce que nous n’imaginons pas », a dit Souhail al Mazrouei. Cependant, l’Opep pourra faire face à de possibles ruptures d’approvisionnement, mais seulement jusqu’à un certain point, a-t-il poursuivi. « Nous ne pouvons pas suppléer toutes les quantités qui viendraient à manquer avec nos capacités de production supplémentaires », a déclaré le ministre émirati. Dans un message adressé à Donald Trump lors de cette même conférence, le secrétaire général de l’Opep a prévenu que son organisation ne pouvait assurer à elle seule la stabilité des cours. Ceci dit, même si l’approvisionnement mondial de pétrole n’a pas été jusqu’ici affecté par le regain de tension au Moyen-Orient, les incidents de ces derniers jours ont fait grimper les cours à leur plus haut niveau depuis septembre dernier.