Force est de croire que les ménages rencontrent des difficultés depuis quelques jours à s’approvisionner en huile de table. Pour cause. Depuis quelques jours, point de trace de ce produit dans les commerces de détail. Or, du côté des producteurs on affirme que leurs lignes de production tournent à plein régime. De cet état des lieux une question s’impose : pourquoi alors cette pénurie ?
Les consommateurs n’arrivent pas à comprendre comment on est en arrivé là. Une inquiétude qui leur taraude l’esprit à l’approche du mois de Ramadhan car si la pénurie persiste le besoin de s’approvisionner va se poser avec acuité. Les consommateurs sont en droit de savoir si d’ici là tout va rentrer dans l’ordre et que les commerces seront bien achalandés en huiles de table. Pour l’heure, le consommateur va pointer du doigt son détaillant du coin qui semble en partie responsable de la pénurie. A ce propos, ils sont nombreux à dire que les détaillants, pas tous, font dans la spéculation depuis que l’offre de la production a connu une légère régression par rapport à la demande du marché à la consommation d’huile de table. Or chez ces derniers, on affirme qu’ils ne sont nullement responsables de cette pénurie. «Nous ne trouvons plus nous-mêmes à nous approvisionner chez nos grossistes habituels. Les rares fois c’est par petite quantité mais à condition de prendre d’autres denrées. En clair, la concomitance est devenue presque la règle chez de nombreux grossistes du pays», se rejoignent à nous rapporter des détaillants de commerce approchés par Reporters. Par contre, chez les grossistes de Oued Semmar, haut lieu du commerce en gros des produits alimentaires de la wilaya d’Alger, c’est un autre son de cloche.
En effet, lors de son passage sur les lieux hier Reporters a récolté auprès de quelques grossistes leur approche sur la pénurie d’huile de table. En résumé, selon le président du comité des grossistes de Oued Semmar, Walid Messaoud, «l’instauration de la facture dans toute transaction d’achat auprès du dépositaire officiel de telle ou telle marque d’huile a fait tourner le dos à beaucoup de grossistes». Pour être plus explicite, il dira que «les producteurs ont haussé leur prix sur toute gamme et contenance de leurs huiles de table alors qu’il est demandé aux grossistes de rester dans les mêmes prix qu’auparavant car plafonnés auparavant par les pouvoirs publics».

Des grossistes gèlent la vente d’huile de table, concomitance et spéculation
En clair, de nombreux grossistes ont décidé de faire abstraction de vendre de l’huile de table sous prétexte que leur marge bénéficiaire est devenue des plus minimes, voire même à perte.» Au sujet de la vente concomitante à laquelle s’adonnent des grossistes, notre vis-à-vis a reconnu qu’une telle pratique a été mise en évidence mais leurs auteurs «se comptent sur les doigts d’une seule main», a-t-il déploré. Notre locuteur a par ailleurs admis qu’à la suite de la hausse des prix des producteurs, «les spéculateurs sont entrés en scène». Autrement dit, ils ont provoqué cette pénurie en procédant à de vieux réflexes, celui du stockage démesuré dès que la rumeur d’une offre de production moindre s’est propagée. Voyant aussi que le mois de Ramadhan se rapproche, c’est l’occasion inespérée pour eux de se faire de l’argent facile».
En somme, cette rétention à outrance de stock important d’huiles de table s’est traduite sur le terrain par une vive tension sur cette denrée. A la question de savoir comment mettre fin à cette situation de pénurie, Walid Messaoud n’ira pas par quatre chemins. «La balle est dans le camp des pouvoirs publics car c’est à eux de trouver un mécanisme qui puisse ne pas trop léser les grossistes, c’est-à-dire assurer une marge bénéficiaire raisonnable qui puisse leur permettre de reprendre leurs commerces de gros sur les huiles de table», a-t-il conclu.
Forte demande : les producteurs rassurent
Concernant les producteurs, ils ont reconnu en majorité qu’ils avaient procédé à des réajustements de leur prix de vente le justifiant par des arguments qui tiennent la route : la cherté des matières premières sur les marchés internationaux et la dévaluation du dinar algérien. De même, ils rassurent qu’ils avaient pris toutes les mesures nécessaires pour éviter toute perturbation d’approvisionnement, notamment à l’approche du mois de Ramadhan. A propos de ce mois, il faut savoir que les fabricants de pâtisserie orientale ont commencé à constituer leurs stocks provoquant de la sorte une forte demande sur le marché de la demande. Côté ministère du Commerce, on affirme enfin que «le marché local est largement approvisionné en huile raffinée et dispose d’un mois et demi de couverture».