La baguette de pain est de moins en moins produite en quantité dans les boulangeries. Une réalité de terrain qui fait couler beaucoup d’encre.

Par Bouzid Chalabi
Dans ce sillage, les artisans boulangers sont les premiers à être montrés du doigt par les consommateurs car considérés comme étant responsables d’une telle situation, voire même provoquer de toute pièce cette tension à des fins purement mercantiles. Mais, selon la Fédération des artisans boulangers, la tension résulte d’un changement des règles d’approvisionnement de la farine auprès des producteurs.
C’est d’ailleurs ce que soutient le Président de cette Fédération, Omar Ameur, approché hier par Reporters, non sans lâcher que «le changement opéré dans le mode opératoire de l’approvisionnement en farine des boulangeries relève plus de l’irréfléchi». En effet, pour ce dernier, «jusqu’ici, les patrons boulangers se faisaient livrer par les minoteries du secteur public et privé la farine à raison de 2 000 DA le quintal toutes taxes comprises. Une formalité en vigueur par l’entremise d’un décret ministériel paru à l’époque sur le Journal Officiel. Mais quelle fut notre surprise en apprenant que la logistique d’approvisionnement en farine est dorénavant à la charge des patrons boulangers». En clair, c’est au boulanger de payer les frais de transport et le personnel chargé du déchargement. «Ce qui veut dire que la corporation va devoir se soumettre à des frais supplémentaires sans changer le prix de la baguette de pain», dénonce Omar Ameur. Comme il a tenu à souligner que «de nombreux patrons de boulangerie n’ont eu d’autre choix que de continuer de travailler bien que leur marge bénéficiaire soit réduite, par souci de répondre aux besoins de leur large clientèle dont le pain quotidien est un besoin incontournable». Ce responsable a, par ailleurs, évoqué que parfois les boulangers font face à un défaut d’approvisionnement. «Ce qui n’est pas sans réduire le nombre de leurs fournées avec pour conséquence directe de ne pouvoir contenter toute la clientèle», a-t-il souligné. Le président dévoile que certaines minoteries ne jouent pas le jeu. Selon lui, certains opérateurs préfèrent vendre leur farine, conditionnée dans des sacs 50 kg, aux grossistes car soumis dans ce cas à l’obligation de facturation contrairement aux artisans boulangers. «Cette dérive a engendré une tension dans l’approvisionnement en farine des boulangeries avec comme résultats une régression de la production de la baguette de pain au niveau des boulangeries», déplore Omar Ameur. On apprendra enfin de ce dernier que les responsables de sa fédération vont tenir une réunion de travail au niveau du ministère du Commerce au cours de cette semaine afin de trouver des solutions et que les boulangers reprennent dans l’immédiat leur pleine activité. Toujours à propos du manque de productivité au niveau des boulangeries, il y a lieu de rappeler que le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca) Hadj Tahar Boulanouar s’est prononcé sur la problématique par voie de presse. Ce dernier a mis en avant les dysfonctionnements de la distribution, «comme cela a été le cas lors de la pénurie du lait en sachet». Autre cause avancée par le président de l’Anca, «le détournement de la farine vers d’autres productions». Précisant à ce sujet : «La farine est détournée vers d’autres usages comme les gâteaux. Et du coup, une partie des volumes produits au niveau des minoteries et destinés uniquement à la production de pain n’arrivent pas aux boulangers.» Pour annihiler cette dérive, le patron de l’Anca préconise de revoir la politique des subventions de l’Etat.
Finalement, à l’origine de la tension sur le pain, le manque de disponibilité de farine est à exclure, mais c’est plutôt la farine qui a fini par connaître les mêmes dérives que celles de la poudre de lait, avec comme fil conducteur la politique de subvention sur ces deux produits de très large consommation. Donnant ainsi matière aux pouvoirs publics de revoir dans le fond et dans la forme la politique des subventions sur les produits de consommation.