Inconfortable est la situation à laquelle fait face le gouvernement, à deux pas d’une rentrée sociale qui s’annonce difficile. Il est surtout mal à l’aise face à une conjoncture marquée essentiellement par de vives tensions financières, nées de la dépression qu’a connue le marché pétrolier en juin 2014, mais dont la situation ne s’est améliorée que légèrement.

La forte baisse des prix pétroliers a sérieusement entamé la trésorerie de l’Etat. Ce dernier a depuis longtemps recours à la rente pour acheter la paix sociale en subventionnant les emplois, les produits alimentaires et énergétiques essentiellement. Ces dernières années, alors que les cours du pétrole peinent à remonter la pente, pris dans une spirale de forte volatilité, l’Etat multipliait les dépenses improductives et les recours à la dette comme moyen de financement, en attendant que l’orage passe. Mais rien ne garantit que les prix du pétrole augmentent dans les mois à venir. Tout cela signifie que le modèle social bâti depuis des années sur la rente et les subventions à tout-va s’essouffle et ne fait que pédaler dans la semoule. L’Exécutif n’a pas su profiter de la baisse des cours du brut pour réduire les subventions et accélérer le processus de réforme. L’abandon de ces réformes, pourtant cruciales et indispensables, et qui auraient pu être menées progressivement, pourrait exposer le gouvernement à une sanction sévère. L’Exécutif a fait appel cette fois-ci au financement monétaire pour pouvoir continuer à payer les subventions, mais cette solution ne manquera pas d’entraîner des tensions inflationnistes, une érosion à la fois du dinar et du pouvoir d’achat. En somme, le contrat social qui reposait jusqu’ici sur le principe de subventionner les produits alimentaires, les produits énergétiques, les entreprises publiques et les emplois afin d’acheter la paix sociale est à bout de souffle. Ce contrat social étouffait les volontés de rupture, d’innover et d’entreprendre. L’Exécutif doit plutôt investir dans des réformes structurelles susceptibles de garantir un abri permanent aux ménages démunis. Ceux-ci se voient de plus en plus pris en tenaille entre les besoins d’une vie onéreuse et la multiplication d’évènements à fortes répercussions inflationnistes. Dans ce contexte, l’Exécutif ne peut plus compter sur un contrat social qui semble arriver à expiration avec la baisse des cours du brut, probablement pour de nombreuses années. L’ère du pétrole cher qui a permis au gouvernement d’entretenir la société sous perfusion permanente semble être révolue. D’où la nécessité absolue de repenser le système de transfert social dans les plus brefs délais, autrement l’exercice d’équilibre risque de se révéler complexe à l’heure où la rente se rétrécie comme peau de chagrin et les besoins évoluent résolument crescendo. Ces trois dernières années étaient particulièrement difficiles pour les petites et moyennes bourses, dont le budget était mis à rude épreuve par une pression fiscale qui ne s’estompe pas. Ce matraquage fiscal qui aura duré six exercices s’est traduit par une nette érosion du pouvoir d’achat, un recul de la consommation, le retour des tensions inflationnistes… Cette année, l’équation semble se complexifier davantage pour les ménages avec, au calendrier, deux évènements à forte connotation dépensière ; les fêtes de l’Aid et la rentrée scolaire.

L’exercice est d’autant plus complexe que les variables liées aux prix, à l’évolution du marché et à la régulation restent jusqu’ici inconnues. C’est dire que tout reste à faire au plan de stabilisation des indicateurs sociaux, très sensible jusqu’ici à l’apport budgétaire de l’Etat. La baisse des revenus plaide pour l’émergence d’un autre système de transfert social, voire d’un autre contrat où la rente tirée de la commercialisation des hydrocarbures ne doit plus être l’unique ressource qui sert l’unique objectif d’entretien de la paix sociale.