Revoilà la tension sur l’huile de table. En effet, cette denrée a disparu depuis quelques jours des étals du commerce de détail tout au moins au niveau de la capitale. Une situation que les consommateurs ne s’attendaient guère à revivre à partir du moment où, suite à la tension de juin 2020, les producteurs et distributeurs avaient accordé leurs violons pour rendre disponible l’huile de table. Ce n’était que partie remise. Pis encore, la crise de cette fois semble plus dure comme en témoigne l’inexistence de la moindre trace d’huile de table au niveau des grossistes de la capitale.

Par Bouzid Chalabi
C’est d’ailleurs le constat frappant relevé après le passage de Reporters, hier, au niveau d’Oued Smar, haut lieu du commerce en gros en produits alimentaires qui approvisionnent les commerces de détail de la capitale. Face à cet état des lieux, il devenait intéressant d’en connaître les raisons. Selon le président du comité des grossistes d’Oued Smar, Walid Messaoud, «nous avons cessé notre activité sur l’huile suite à la vague de contrôle auquel nous faisons face depuis quelques jours. Et où, tout entreposage de marchandise sur le lieu de notre commerce est devenu synonyme d’agissement spéculatif». Et de lâcher : «Nous nous approvisionnons en huile de table auprès des usines de production en grande quantité. Les volumes acquis sont en grande partie entreposés dans nos locaux annexes, car c’est par semi-remorque entier d’huile de table que nous les ramenons. Mais, à notre grand étonnement, les agents de contrôle qui ont redoublé de vigilance, ces derniers jours, ont vite fait de considérer nos entreposages annexes comme preuve d’activité spéculative». Le président dudit comité affirme : «Face aux accusations des plus infondées et pour éviter des pertes sèches engendrées par la saisie injuste de nos quantités d’huiles, il devenait plus prudent de ne plus commercialiser l’huile.» Comme il rappelle à l’adresse du ministère du Commerce que dans la profession de grossiste, il est clair que l’approvisionnement auprès des fournisseurs producteurs se fait par cargaison entière pour limiter au maximum les frais de transport, d’autant plus que les usines de production ne sont pas à la porte à côté». Abondant dans ce sens : «Devant les contrôles qui se sont multipliés ces derniers jours et où les agents s’entêtent à nous dire que nous faisons dans la spéculation, autant cesser de vendre de l’huile ou autres denrées, où en temps normal on dispose de grandes quantités car la demande des détaillants est forte». Et d’indiquer que «par crainte de voir notre marchandise saisie, aucun d’entre nous ne veut courir ce risque jusqu’à ce que ce harcèlement s’estompe et disparaisse». «Ce sont des millions de dinars que nous risquons de perdre sous le prétexte que nous menons une activité spéculative alors que ce n’est nullement le cas. Et pour éviter d’en arriver à la saisie, autant diminuer notre activité, tout en prenant conscience que c’est le consommateur qui va être pénalisé». Et de conclure : «A cette tension sur l’huile, le ministre du Commerce a une grosse part de responsabilité dans la mesure où il est devenu facile d’accuser à tort les grossistes de spéculateurs.»
Notons que par souci de séparer le bon grain de l’ivraie, Reporters s’est rapproché des services commerciaux des groupes Cevital et Sim Huile. Ces derniers nous affirment à que leurs chaînes de production d’huile de table tournent à plein régime. «Notre parc transport assure la livraison de nos dépositaires en continu», nous a-t-on précisé. «Ce qui prouve que nous ne sommes pas responsables de la tension en cours», concluent nos vis-à-vis. Pour l’heure, une question taraude l’esprit des citoyens : «A quand la fin définitive des tensions récurrentes sur des produits alimentaires manufacturés ?» La balle est dans le camp de toutes les parties impliquées. n