La crise de liquidités persiste dans les agences d’Algérie Poste. A l’ouest du pays, au centre, comme à l’est, des files d’attente se forment chaque matin pour donner un triste spectacle qui atteste de sérieux problèmes dans la gestion de l’entreprise publique bien au-delà du probable souci du manque de liquidités.
A Alger, c’est devenu un rituel quotidien pour les habitants de certains quartiers, où sont implantées certaines agences comme à Bordj El Kiffan, El Harrach et Bab Ezzouar. Sur les réseaux sociaux, des images et des vidéos illustrant des situations pour le moins insupportables de dizaines de personnes, âgées pour la plupart, s’agglutinant devant les guichets en quête d’un hypothétique retrait d’argent.
Le problème devient de plus en plus agaçant au vu de son inscription dans la durée. Et l’espoir de voir cette crise relever du passé au lendemain de fêtes de l’Aïd a enfanté un désenchantement en dépit de quelques mesures prises depuis notamment le plafonnement des sommes de retrait. Pourtant, le premier responsable d’Algérie Poste et même le ministre du secteur avaient promis une solution à la crise. Le Directeur général de l’entreprise publique a mis en avant la possibilité de faire des retraits aux guichets automatiques des billets (GAB) d’Algérie Poste et ceux des banques. «Algérie Poste dispose actuellement de 1 400 GAB et les retraits des clients d’Algérie Poste via les GAB des banques ne constituent que près de 10%», avait-il précisé. Le même responsable avait soutenu que la promotion des moyens électroniques de paiement demeure la solution idéale pour «faire face définitivement au problème de liquidités».
Parmi les mesures prises par les pouvoirs publics, les opérations d’entraide entre les wilayas qui connaissent soit un excès soit un déficit en liquidités», avait-il souligné, ajoutant que «cette mesure prise en concertation avec la BA a permis d’alimenter en liquidités un nombre de bureaux de poste dans plusieurs wilayas du pays». Il avait par ailleurs annoncé des mesures prises à l’égard des 3 millions de retraités disposant de comptes courant postaux, pour éviter les grandes affluences.
Le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, avait évoqué, début août, un «complot» au sujet du manque de liquidités dans le réseau postal, pointant du doigt certains citoyens qui «retirent de l’argent quotidiennement et pendant plusieurs jours». «Après examen, il s’est avéré qu’il s’agit d’un complot afin de créer des problèmes durant les jours précédant l’Aïd El Adha», avait-il accusé, ajoutant qu’à la veille de l’Aïd El Adha, «ce problème n’a pas été enregistré, ce qui implique de chercher son origine».
«Dans l’attente des résultats des enquêtes, des indices montrent qu’il s’agit d’actes malveillants visant à semer la confusion parmi les citoyens», avait ajouté le Premier ministre au moment où le président Tebboune avait instruit le gouvernement à l’effet d’ouvrir une enquête pour déterminer les causes du manque de liquidités dans certaines banques et bureaux de poste.
Le Premier ministre avait annoncé, par la suite, l’étalement pendant le mois du versement des salaires et retraites, l’augmentation des liquidités détenues par les bureaux de poste jusqu’à l’implication des banques… Une alerte qui contredit l’avis du ministre des Finances, Aymen Benabderahmane, pour qui il y a plutôt des «perturbations et non un manque», évoquant «des problèmes de la distribution de liquidités en raison du confinement et les difficultés de se déplacer pour le personnel postier» en cette période de crise sanitaire de la Covid-19. Le ministre, qui a annoncé fin juillet qu’un comité vient d’être installé pour «recenser toutes ces perturbations de liquidités», a invité les usagers à utiliser les cartes de paiement, qui sont opérationnelles dans «pratiquement» tous les distributeurs, qui vont leur faciliter beaucoup la tâche et leur éviteront les regroupements inutiles qui favorisent la propagation du coronavirus».
Un mois plus tard, la situation ne semble pas avoir évolué d’un iota au vu de la désolante image que renvoient certaines agences avec, en sus de l’exaspération des clients d’Algérie Poste, le risque accru de contaminations à la Covid-19 au vu surtout du relâchement des citoyens en matière de gestes barrières. <