Après une période d’accalmie, le risque de la rupture de la trêve et d’une reprise des hostilités entre le Front Polisario et le Maroc est palpable au niveau de la zone tampon de Guerguerat. Et pour cause, les services de sécurité du Palais royal ont déployé des engins dans cette zone afin de poursuivre les travaux de goudronnage entamés en avril 2016.

Des travaux qu’ils avaient été contraints d’arrêter après le déploiement de forces sahraouies dans cette zone, a-t-on appris de source informée. Pour rappel, le royaume chérifien a commencé à bitumer dans cette zone en violation du cessez-le-feu imposé par l’ONU, sous prétexte de contrecarrer la contrebande en avril 2016. Le fait de ne pas prévenir la Minurso a irrité les Sahraouis qui ont réagi en déployant leurs forces à quelques mètres de la zone tampon. Au cours de cette semaine, le secrétaire général du Front Polisario et président de la République du Sahara occidental, Brahim Ghali, a envoyé une lettre au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres pour lui demander, comme décidé par le Conseil de sécurité en 2016, d’envoyer une commission technique dans cette zone afin d’évaluer la situation, révèle le chef de la diplomatie sahraouie, Mohamed Salem Ould Salek. « Il y a une semaine, les Sahraouis ont aperçu des agents marocains déployer des engins et équipements dans la même zone et ce, après leur retrait en février dernier, ce qui a mené la direction du Front à informer la Minurso et le représentant du Polisario à l’ONU Ahmed Boukhari, à aviser l’institution des Nations unies », ajoute notre source. Face à cette situation, la direction du Front Polisario a décidé d’entamer des manœuvres militaires à Douguedj, le 25 décembre, dans les territoires libérés, à 80 km de Guerguerat après avoir été prévu au départ à Aghweinit. «La lutte armée n’est pas exclue, bien au contraire, elle est constamment posée au niveau du Front Polisario », ajoute la même source. En effet, le retour à la lutte armée est sur toutes les lèvres. Les jeunes n’attendent qu’une décision de la direction politique pour reprendre les armes et reconquérir les territoires dont ils ont été spoliés et dépouillés.
Retour du peuple prodige
«La paix ne nous a rien apporté, la diplomatie avec le Maroc ne nous mènera nulle part », nous dit un réfugié rencontré à Boudjdour. L’armée sahraouie se prépare pour toutes les options : continuer dans la voie diplomatique engagée il y a
26 ans ou recourir à la lutte armée interrompue en 1991. La jeune garde n’attend qu’un signal pour reprendre le combat. Elle s’est engagée dans l’armée dans ce but. L’armée sahraouie est plus que jamais prête à « reprendre le combat, d’autant que le cessez-le-feu signé par le Polisario en 1991 n’est pas accepté par les Sahraouis, surtout les plus jeunes, las d’attendre le trio inopérant Nations unies-Minurso-voie diplomatique. Un trio qui « n’a pu jusqu’à ce jour imposer au Maroc le respect de la légitimité internationale ». Dans les camps de réfugiés, l’ancienne génération qui a fui les territoires sahraouis après l’invasion marocaine est nostalgique. Elle n’a qu’une ambition, regagner une terre en désolation qu’ils ont été contraints d’évacuer après l’incursion marocaine en 1975. Quant à la nouvelle génération qui a vu le jour dans les camps de Tindouf, elle brûle d’envie d’en découdre. Son slogan « basta à quatre décennies d’exil, d’occupation et de séparation ». « Vingt-six ans après l’arrêt des hostilités, la solution politique n’a rien apporté à la cause », nous dit l’un des jeunes sahraouis. « Le Maroc a toujours piétiné les résolutions onusiennes et ignore celles émanant de l’institution pana-africaine. Le peuple sahraoui souffre toujours loin de sa terre». Le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes, occupé par son voisin le Maroc.

La force de l’optimisme

La nomination de Horst Kohler au poste d’envoyé spéciale de l’ONU pour le Sahara occidental a réjoui les Sahraouis qui voyaient en lui une personnalité expérimentée, capable de réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. Cette vision optimiste ne s’est pas complètement estompée mais a baissé d’un cran après son passage aux camps de réfugiés en octobre dernier, notamment après sa rencontre avec la société civile sahraouie. L’envoyé de l’ONU a résumé sa mission en trois principaux points : préserver la paix, éviter la guerre et donner un nouveau souffle à la question sahraouie en relançant les négociations entre les belligérants à l’arrêt depuis 2012. « Une mission délicate certes, mais qui n’est pas impossible », commentera un élément de la société civile. La jeunesse et la société civile sahraouies ont ressenti, lors de leur rencontre avec Köhler, que l’ancien Président allemand garde une certaine compassion, voire une sympathie envers une population contrainte à l’exil. « Il a promis de mobiliser l’opinion internationale pour notre cause », ajoute notre interlocuteur. L’émissaire onusien de Guteress a promis d’augmenter le financement de la communauté internationale en faveur de l’assistance humanitaire aux réfugiés de Tindouf, or « nous, Sahraouis, quelle que soit notre catégorie d’âge, on ne veut qu’accélérer le processus de l’organisation d’un référendum d’autodétermination, l’augmentation de l’aide humanitaire vient en second lieu, notre rêve est de regagner notre pays d’origine, le bâtir et y vivre dans la paix et la dignité », conclut le jeune Sahraoui.