Le All England Club a dévoilé hier officiellement les têtes de série pour l’édition 2021 de Wimbledon (28 juin-11 juillet). Et comme elle l’avait annoncé l’an passé, l’organisation du tournoi a dans les faits abandonné sa traditionnelle méthode particulière de calcul pour déterminer les 32 élus : elle n’utilise désormais que le classement ATP.
S’il avait été en état de jouer, Rafael Nadal aurait été heureux de cette réforme. Le All England Club a confirmé dans les faits HIER la décision prise l’an passé (le 10 juillet 2020 pour être précis) d’attribuer les 32 têtes de série aux engagés du simple messieurs en ne se basant que sur le classement ATP. Wimbledon rentre ainsi dans le rang par rapport aux trois autres tournois du Grand Chelem (Open d’Australie, Roland-Garros et l’US Open). Ainsi, Novak Djokovic, numéro 1 mondial et tenant du titre, a été fort logiquement désigné tête de série 1, devant Daniil Medvedev. Roger Federer a hérité lui du matricule 7 (il est 8e mondial mais bénéficie du forfait de son rival majorquin).
De 2002 à 2019, Wimbledon se distinguait ainsi : le tournoi prenait en compte bien évidemment la hiérarchie mondiale mais aussi les résultats sur gazon des joueurs au cours des deux années précédentes. Plus précisément, il s’agissait d’ajouter au capital ATP de chaque engagé 100 % des points gagnés sur herbe dans les épreuves précédant Wimbledon et 75 % du meilleur résultat en tournoi sur herbe de l’année précédente. Suivant cette formule spéciale visant à valoriser une surface particulière et rare sur le circuit, certains spécialistes en bénéficiaient au détriment d’autres.
IL Y A DEUX ANS, NADAL ETAIT MECONTENT
Ce fut notamment le cas de Federer voici deux ans : alors numéro 3 mondial, il avait obtenu la tête de série numéro 2 au détriment de Nadal qui avait rendu public son mécontentement avant cette édition 2019, où il s’était incliné devant le Suisse en demi-finale. Le All England Club, après avoir consulté les joueurs, a donc choisi l’an dernier d’en finir avec son particularisme, sûrement pour éviter d’autres polémiques. 3Vu la qualité de la compétition sur les courts sur gazon modernes (comprenez ralentis à partir de 2001, NDLR), nous avons décidé que la formule utilisée depuis 2002 avait fait son temps3, avait-il indiqué dans un communiqué. A noter toutefois que cette formule, bien que dénoncée par beaucoup, avait le mérite d’une certaine logique (mettre en valeur la surface historique du jeu désormais réduite à un mois sur le circuit) et de la clarté. Car avant 2002, le comité de Wimbledon avait totale latitude pour choisir ses têtes de série. Cet état de faits avait d’ailleurs causé la colère en 2000 de trois grands joueurs espagnols, Alex Corretja, Albert Costa et Juan Carlos Ferrero, qui avaient carrément décidé de boycotter l’épreuve.
Les menaces de ce genre devraient être évitées à l’avenir. Mais à force de se débarrasser de ses traditions – le «middle Sunday» ne sera plus chômé par exemple l’année prochaine –, Wimbledon ne court-il pas le risque de perdre un peu de son sel et de son prestige ? La question mérite d’être posée. n