Opposé à Nikoloz Basilashvili lors du premier tour, l’ancien numéro 1 mondial Andy Murray sera l’une des attractions de cette édition, lui qui revient après 4 ans d’absence. Loin de ses années fastes, le Britannique, qui espère enfin être débarrassé de ses soucis physiques, peut-il aller loin ? Élements de réponse avec Mats Wilander et Alex Corretja.
A partir d’aujourd’hui, au All England Club, les fans et observateurs du monde entier suivront avec attention le retour de la légende Roger Federer, finaliste de la dernière édition en 2019 et toujours à la poursuite d’un 21e titre du Grand Chelem et de son 9e sur le gazon londonien. Les supporters britanniques, eux, devraient aussi avoir les yeux rivés sur l’autre revenant de cette édition : Andy Murray.
Coqueluche du public dans ce lieu où il a remporté à deux de ses trois titres du Grand Chelem (en 2013 et 2016, avec l’US Open en 2012), l’ancien membre du «Big 4» va retrouver ce lieu chargé d’émotion, où il a également remporté une de ses deux médailles olympique, face au Suisse. Et où il n’avait plus posé un pied depuis 2017, et ce quart de finale perdu en 5 manches face à l’Américain Sam Querrey (6-4, 4-6, 7-6, 6-1, 6-1). Mais quelles ambitions pour Murray, loin d’être le Andy d’antan ?
APRÈS 4 ANS DE GALÈRES, LA FIN DU TUNNEL ?
Depuis sa défaite face à Querrey, l’ancien numéro 1 mondial, seul joueur à avoir posé d’énormes problèmes aux trois monstres sacrés de la petite balle jaune dans les années 2010, a traversé le désert. En raison de gros pépins physiques qui l’ont poussé au bord de la retraite, début 2019, lorsqu’il annonçait, en larme, son retrait de l’Open d’Australie. Une opération de la hanche et de nombreux autres forfaits sur blessure plus tard, avec notamment 7 matches disputés seulement en 2020, dans un contexte de pandémie de Covid-19 pas arrangeant, l’Ecossais semble pouvoir enfin retrouver le quotidien d’un joueur de tennis professionnel et du circuit ATP. Après le tournoi Challenger de Biella disputé en février en Italie (finale perdue face au 212e mondial), Murray a toutefois été rapidement sorti à Montpellier puis à Rotterdam, avec une nouvelle pause de trois mois et son retour au Queen’s il y a deux semaines. Sa victoire d’entrée sur Benoît Paire (6-3, 6-2) n’a pas été suivie d’effet, puisqu’il a été sèchement éliminé par Mattéo Berrettini (3-6, 3-6).
Pas de quoi faire peur à Mats Wilander, qui nous a affirmé sa confiance sur le niveau de jeu du marathonien : «[Au Queen’s], il m’a paru en bonne forme, j’ai trouvé qu’il jouait bien». Tout de même, comment revenir des tréfonds de l’enfer, pour proposer sa plus belle partition dans un tournoi du Grand Chelem ?
« LE TENNIS LUI A MANQUÉ »
Grâce à l’amour, répond son ancien entraîneur Alex Corretja à Eurosport : « Il a souffert le martyr. Il a lutté pendant longtemps et ça lui a permis de réaliser à quel point il aime le tennis. Je me souviens être avec lui à la maison, il regardait beaucoup de tennis et l’aimait, mais il ne se doutait peut-être pas à l’époque à quel point. Maintenant qu’il a été éloigné pendant si longtemps, il se dit ‘Oh mon dieu ! Le tennis me manque’. Il a juste besoin de s’amuser et de voir ce qui se passera. C’est, pour moi, sa seule raison de continuer à jouer au tennis : prendre du plaisir et montrer au monde entier quel super joueur il est », explique l’Espagnol, qui l’a dirigé de 2008 à 2011, à l’aube de ses plus belles années. Mais le double finaliste de Roland-Garros ne fait pas de plans sur la comète pour autant : « Je ne lui recommande pas de se fixer des objectifs très élevés ». Une vision partagée par Mats Wilander, pour qui « un succès pour Andy Murray serait de gagner quelques matches. Prouver à lui-même et au vestiaire qu’il peut remporter des rencontres en quatre sets, puis de venir menacer un gros joueur, peut-être au troisième ou en 8e, voire en quart de finale ». Un match où il affronterait, si la logique est respectée, Stefanos Tsitsipas, à condition bien évidemment de terrasser Bautista-Agut auparavant.
LE PHYSIQUE EN HANDICAP
« Un échec, cela arriverait seulement s’il joue un joueur au classement peu élevé et qu’il perdait en 5 sets parce qu’il est fatigué ou semble ne pas être à fond », embraye Wilander, pour qui la menace de la «Next Gen» est désormais trop forte pour Murray : « Les vieux joueurs ne peuvent plus leur faire mal parce qu’ils ont plus de puissance, ils servent et tapent la balle plus fort. Et on l’a vu lors du match avec Berrettini et Murray ».
Toutefois, il aurait un léger avantage s’il parvient à pousser son adversaire au 5e set, selon l’octuple vainqueur de Grand Chelem : « Physiquement, il ne peut trop durer, mais mentalement c’est un des meilleurs joueurs en 5 sets de la planète, donc je pense que Wimbledon peut être une bonne surprise pour lui et pour tout le monde. Je ne serais pas surpris s’il parvient jusqu’en 8e ou en quart de finale ».
Ce serait un beau signe du destin et une sacrée performance, pour le joueur de 34 ans, usé surtout mentalement par tant d’années de galère. Pour tenter de lever à nouveau les bras, victorieux, sur son court de prédilection, il lui faudra prendre le meilleur sur Nikoloz Basilashvili, tête de série numéro 24 mais qui n’a jamais fait mieux qu’un 16e de finale à Wimbledon. n