Sur un circuit où il y a trois prédateurs, à savoir Federer et Nadal ainsi que Djokovic, il a dû attendre ses 27 ans pour pouvoir signer sa première victoire dans un Majeur. C’était dans la nuit de dimanche à lundi au bout d’un match titanesque contre Alexandre Zverev. Mené deux manches à 0 et d’un break lors du 3e set, l’Autrichien a fini par s’imposer (2-6, 4-6, 6-4, 6-3, 7-6) et s’adjuger l’US Open version Coronavirus.

On ne parlera pas d’anomalie. Parce que le 150e nouveau vainqueur de Grand Chelem est un joueur de talent. Il était prédestiné à en gagner un. Mais on peut dire que ça a pris du temps. La faute à une adversité impitoyable qu’a imposée le « Big 3 » du tennis avec les Federer, Nadal et Djokovic. Un trio qui fait sa loi dans les grands rendez-vous et en Masters 1000. D’ailleurs, cela faisait six ans que les quatre grandes levées n’ont pas décoré un autre joueur du circuit en dehors de ce trident impitoyable. Pour rester en Amérique et Flushing Meadows, on notera que le dernier à avoir fait dans l’inédit était Marin Cilic. C’était lors de l’opus 2014 au terme d’une finale contre le Japonais Kei Nishikori. C’est aussi un fait rare parce que les tiercé tennistique place souvent un de ses membres dans la dernière étape des Grands Chelem.

L’expérience a décidé
Après sa consécration, Thiem, intègre, tel un symbole, le podium du classement ATP en éjectant Federer de la 3e place. Ce ranking est dominé par Djokovic (10860 points) suivi de Rafa qui compte 9850 unités. L’Espagnol est talonné de très près par le nouveau lauréat du tournoi new-yorkais qui porte son total à 9125 points.
Longtemps, l’Autrichien avait la tête au fond du sac contre un adversaire qui a enchaîné 5 sets victorieux entre la demie et la finale. En effet, Zverev était parvenu à signer un « comeback » retentissant en écartant Pablo Carreño Busta de son chemin après avoir concédé deux manches. Il devient ainsi le premier tennisman à gagner son ticket pour le banquet final en signant remontada avant d’en subir dans la bataille pour le trône. On ne mettra pas ça sur le mental. Parce que le natif de Hambourg en a montré auparavant. Mais l’expérience de ce genre de rendez-vous a pu lui faire défaut. A 23 ans, il postulait pour la couronne pour la première fois contre trois tentatives blanches pour son concurrent : deux contre Nadal à Roland Garros (2018 et 2019) et celle face à Djokovic à Melbourne (Open d’Australie 2020).

Service dévastateur au finish
Ce vécu a, vraisemblablement, fait la différence. Avant de voir s’affronter les deux antagonistes, le Suédois Maths Wilander, consacré dans de ce même tournoi en 1988, ne voyait « pas comment Thiem pourrait ne pas gagner. Je pense que Sascha est beaucoup plus dur à battre que par le passé. Il est capable de très bien servir et il a des armes. Mais pour moi, Thiem doit gagner cette finale. Peut-être pas très facilement, peut-être en quatre sets. Zverev n’a aucune pression et il joue très bien quand il est libéré. Malgré tout, c’est du 80/20 pour Thiem.» Quasi-prémonitoire. Sauf que Zverev a mal servi et fait beaucoup de doubles fautes. D’ailleurs, le point qui a scellé le match était… une faute. Dans cette rencontre, Thiem a pu retrouver sa qualité tennistique à temps. Notamment son service dans le 4e set lui ayant permis de recoller à 2 partout. Zverev n’a pu glaner que deux petits points sur la mise en jeu de son vis-à-vis. Fatal. La machine était enclenchée. La fusée Thiem a décollé pour atterrir sur la planète de la gloire. n