L’annonce de la fin de saison 2021 de Rafael Nadal a secoué la planète tennis vendredi. Obligé de stopper dès le mois d’août et de renoncer à l’US Open, l’Espagnol a une nouvelle fois mis sa carrière entre parenthèses afin de récupérer physiquement d’une blessure, cette fois un mal chronique au pied gauche. Pas vraiment surpris par cette décision, Justine Hénin, Mats Wilander et Alex Corretja sont revenus sur cette annonce.
Pour Justine Hénin, ce nouveau coup d’arrêt dans la riche carrière du Majorquin tombe évidemment mal, mais l’annonce en elle-même n’est pas vraiment une surprise. Elle ne le voyait pas venir à New York en touriste.
« On savait que les choses étaient très compliquées pour lui depuis Roland-Garros. On sait que ça va devenir de plus en plus compliqué parce que l’âge est là, la carrière est là. Physiquement aussi, ce qu’il a laissé dans ce Roland-Garros, dans cette préparation sur terre battue, dans ce match contre Novak… Et puis, avec ces problèmes récurrents au pied, ça nous faisait dire que cet été allait être très très compliqué pour Rafa, qui ne veut pas faire de la figuration dans un tournoi du Grand Chelem. S’il vient, c’est pour gagner, c’est pour être dans les meilleures conditions et potentiellement empêcher Novak d’aller chercher ce Grand Chelem cette année. Il sait qu’il n’est pas dans les meilleures conditions. »

NADAL, FEDERER : LE CIRCUIT APPREND À VIVRE SANS EUX
La Belge, elle-même passée par la case blessure et contrainte de se retirer du circuit très tôt, à 28 ans en janvier 2011, sait ce qui anime un champion de la trempe de Nadal, qu’elle associe à Roger Federer, lui aussi obligé de stopper sa saison pour se faire opérer du genou. « Ils ont accompli tellement de choses. Aujourd’hui, aller en compétition, sans être en mesure de continuer à s’imposer, ça n’a pas de sens pour eux. Il faut privilégier la santé, parce que s’ils veulent jouer encore un petit peu, ils doivent prendre les bonnes décisions maintenant. Je pense que c’est une décision logique, même si ça fait toujours mal parce qu’on doit commencer à s’habituer à ce que Roger et Rafa soient moins présents. On sent qu’il y a une période de transformation dans le tennis masculin.»
Même s’il était venu à New York, impossible pour Nadal de rivaliser, faute de kilomètres derrière lui. S’il s’était aligné, il n’aurait eu que deux rencontres dans les jambes et les bras. Pas assez pour gagner un 21e Grand Chelem, l’Espagnol ne fonctionnant pas comme Novak Djokovic. « Rafa a montré qu’il était encore au rendez-vous ces derniers mois et ça reste un incroyable champion. On sait aussi qu’il a besoin de matches, besoin de confiance. Ça allait probablement être très difficile pour lui, s’il avait pu jouer cet US Open, d’arriver dans des conditions dans lesquelles il allait pouvoir bousculer Novak Djokovic qui est dans une période de confiance assez incroyable, malgré sa défaite aux Jeux Olympiques. »

CORRETJA ET WILANDER SE DISENT « INQUIETS »
L’annonce de Nadal inquiète aussi Alex Corretja. Notamment le mal qui ronge le pied de son compatriote et ami. « Il faut respecter une telle décision. Après ses forfaits à Toronto et Cincinnati, on se demandait s’il allait être OK pour l’US Open. Malheureusement, ce n’est pas le cas. C’est une terrible nouvelle car on espérait voir Rafa à New York. Mais s’il n’est pas à 100%, et en capacité de jouer, il doit se remettre. Ce qui me questionne, c’est qu’il a fait forfait à Wimbledon, aux Jeux Olympiques et maintenant à l’US Open. Cela veut dire que la blessure est plus importante que prévu. Je suis inquiet par rapport au futur, on verra ce qu’il va se passer. » Même son de cloche du côté de Mats Wilander. « Je suis très triste, je suis très inquiet bien évidemment. Il doit s’entraîner dur quand il le peut pour ne serait-ce qu’envisager se présenter à nouveau sur un court en compétition. Mais je pense qu’il va revenir jusqu’à ce qu’un jour, il ne puisse plus du tout le faire. Jusqu’ici, sa volonté semble être intacte », tempère néanmoins notre consultant.

L’ÈRE DE LA DOMINATION DE FEDERER ET NADAL EST RÉVOLUE
L’ex-champion suédois croit d’ailleurs au retour du Majorquin en 2022 et espère celui de Roger Federer. Conscient des ressources des deux monstres, il se garde bien d’assimiler ce coup d’arrêt commun à une fin de carrière, que ce soit pour l’un ou pour l’autre. « Je ne pense pas que ce soit encore la fin d’une ère. Il se pourrait qu’ils ne gagnent plus de tournois du Grand Chelem. Mais avec l’histoire d’amour extraordinaire qu’il a avec Roland-Garros, on ne peut pas l’enterrer. Du moins jusqu’à ce qu’il ait décidé lui-même de raccrocher. Pour Roger Federer, on peut penser qu’il peut encore bien faire à Wimbledon s’il revient. Mais avec chaque année qui passe, ils auront de moins en moins de chances d’étoffer leur palmarès en Majeurs », considère-t-il.
Wilander va même un peu plus loin, emboîtant le pas à Justine Hénin sur la période de transition que vit actuellement le circuit ATP. « Je pense que l’ère de leur domination est révolue, mais pas celle de leur capacité à attirer des bataillons de fans dans les tribunes. Cela peut durer encore un ou deux ans. Bien sûr que Novak Djokovic a, lui, plus de chances d’ajouter encore des titres du Grand Chelem à sa collection, mais ce ne sera pas facile non plus pour lui contre les jeunes qui s’installent, très puissants et décomplexés. » Petit à petit, une page immense et extraordinaire de l’histoire du tennis est en train de se tourner.