On a cru tenir un moment d’histoire. Mais, c’est bien connu, l’histoire n’est qu’un éternel recommencement. Pendant près de deux heures hier, l’épatant Lorenzo Musetti, novice à ce niveau, a mis au supplice un Novak Djokovic sans réponse dans ce 8e de finale enthousiasmant. Mais les grands champions ont des ressources insoupçonnées. Et parfois un peu de réussite propre à leur statut.
Le Serbe a profité d’un immense coup de barre physique de son adversaire de 19 ans pour finalement s’imposer sur abandon, après que l’Italien ait décidé de stopper les frais suite à des douleurs au dos après 3h27 de combat déséquilibré (6-7, 6-7, 6-1, 6-0, 4-0, abandon).

MUSETTI, COUP DE FOUDRE SUR LE CHATRIER
Ce fut d’abord un one-man-show où la personnalité et le talent naturel du jeune Italien ont rendu maboule Novak Djokovic et gaga le public du Central. La mise en route a été timide. Logique pour un gamin qui découvrait la pression d’un tel rendez-vous. Mais une fois la machine italienne lancée, ce fut un régal : de la variété, de l’intensité, de la créativité et, surtout, beaucoup de personnalité. Dans un premier set où il a réussi à remonter un break d’entrée, qui aurait pu le miner, mais surtout une entame de tie-break compliquée, Musetti a systématiquement recollé par et grâce à son jeu. Comme un symbole, c’est par un coup droit supersonique qu’il a chipé une première manche qui lui tendait les bras après un tie-break bluffant (7-6 [7]).
Après une heure de jeu, Djokovic était sonné. Après deux heures, il était même perdu à l’image de son tie-break désastreux, illustré par ce point donné à l’Italien après avoir mal jugé un coup réflexe du gamin. Face à la fluidité irréelle du prodige, le numéro un mondial opposait un jeu sans idées et avec beaucoup de scories. Logiquement, au terme d’un jeu décisif ô combien séduisant qui laissa le public sous le charme, Musetti pointait devant (7-6 [7], 7-6 [2]). Et puis, tout s’est enrayé…

FICHU DOS
De passage dans les vestiaires avant l’entame du troisième set, Novak Djokovic avait le regard noir et la tête des mauvais jours. Mais on connaît suffisamment l’animal pour ne jamais l’enterrer. Le premier coup de pompe de son adversaire a suffi à lui permettre de reprendre l’ascendant. La suite ne fut qu’un long calvaire pour l’Italien. Deux sets encaissés en moins d’une heure (6-7, 6-7, 6-1, 6-0) et la désagréable impression que le Central passait à côté d’un moment épique. Solide et complètement concentré sur sa mission, le Serbe n’a pas failli. C’est finalement Musetti qui a choisi de s’arrêter en route, trop gêné par des douleurs au dos, semble-t-il, malgré l’intervention de l’équipe médicale. Le Transalpin était sorti du court après la perte du 4e acte pour recevoir un traitement médical.
Déjà gêné à Lyon, l’Italien a sans doute payé son inexpérience à gérer l’endurance réclamée en Grand Chelem. Après son 3e tour en cinq sets samedi face à Marco Cecchinato, ce 8e de finale a été le match de trop pour Musetti, surtout quand il s’agit de tuer Djokovic. Mais les promesses semées ont de quoi susciter les espoirs les plus fous quant à son avenir. Le futur de Djokovic, lui, s’écrit à plus court terme : dès demain, face à Matteo Berrettini pour un quart de finale aux offices de crash test. Ce lundi, il est passé près du désastre. Mais il est finalement encore en vie. Avec lui, c’est souvent comme ça.