Une victoire qui va compter. Pour Stefanos Tsitsipas, il y avait eu ce huitième de finale en forme d’acte fondateur il y a deux ans, contre Roger Federer, sur la Rod Laver Arena. Mais dans la forme comme sur le fond, ce succès-là, sur le même court, face à un autre géant, marquera tout autant la carrière du jeune Grec. Mené deux manches à rien, presque absent de son match, il a su renverser la vapeur et Rafael Nadal pour terrasser le champion espagnol en cinq manches (3-6, 2-6, 7-6, 6-4, 7-5) en un peu plus de quatre heures et rejoindre Daniil Medvedev dans une demi-finale très «NextGen».
Pourtant, après deux manches, l’envie de sortir la boite à critiques était tentante. Equilibrée jusqu’à 3-3 dans le premier acte, la rencontre a ensuite longtemps basculé du côté de Rafael Nadal. Un break a suffi à mettre durablement la tête de Tsitsipas sous l’eau. Il a alors traversé comme un fantôme l’heure suivante. Trop passif, le numéro 6 mondial avait une bonne tête de victime. Et lorsque Nadal a pris une avance de deux sets, le scénario de ce quart de finale alors très décevant par son absence de combat semblait cousu de fil blanc.
LE TOURNANT DU TIE-BREAK
Mais le tennis reste un sport à part. Même si les monstres que sont Nadal, Djokovic et Federer ont réduit au strict minimum la part d’incertitude, ils ne l’ont pas réduite à néant. Il a suffi d’une poignée de points pour que ce match prenne une tournure radicalement différente. C’est d’abord par son service que Stefanos Tsitsipas s’est remis en selle. Ce n’était pas une condition suffisante pour gagner, mais un préalable indispensable pour rester en vie.
Comme de son côté Nadal se montrait exceptionnel dans ce secteur du jeu, le 3e set a filé à vitesse grand V jusqu’au tie-break. Là où tout a tourné. Un smash totalement caviardé, un autre manqué du fond du court, trois fautes grossières à l’échange… le Majorquin s’est transformé en Père Noël dans ce jeu décisif et son adversaire, soudain bien plus consistant à l’échange, a accepté l’offrande.
Rafael Nadal venait de perdre son premier set en Grand Chelem depuis 13 mois. La série s’est arrêtée à 35, à une marche du record de Roger Federer. Un détail. Ce qui allait suivre n’en serait pas un. Alors qu’il n’avait perdu qu’un seul point en six jeux de service lors de la 3e manche, Nadal a commencé à subir, y compris sur ses engagements. La qualité de sa 1re balle l’a maintenu à flots jusqu’à 4-4, puis il a craqué. Comme à Roland-Garros en octobre dernier face à Djokovic, Stefanos Tsitsipas recollait donc à deux sets partout après un retard sévère à l’allumage. Mais cette fois, il irait jusqu’au bout de ses intentions.

COMME FOGNINI, MAIS PLUS FORT QUE FOGNINI
Tendu, crispant, le dernier set a semblé avancer de façon inexorable jusqu’au super tie-break. Le Grec a déroulé sur tous ses jeux de service, jusqu’à claquer quatre aces pour un jeu blanc en 54 secondes. L’Espagnol était à peine moins souverain. Puis, à 5-5, la catastrophe pour la tête de série numéro 2 : quatre fautes directes pour un break concédé blanc. Derrière, rien ne fut simple pour Tsitsipas, évidemment tendu, et évidemment menacé par le guerrier Nadal. Mais il a tenu bon, effaçant sa première balle de break depuis le milieu du 2e set pour conclure à sa 3e balle de match.
Rafael Nadal n’avait perdu qu’une fois en Grand Chelem après avoir compté deux sets d’avance. C’était face à Fabio Fognini, à l’US Open, en 2015. L’une des pires périodes de sa carrière. Ce Nadal-là était d’un autre acabit. C’est en cela que l’exploit de Stefanos Tsitsipas comptera dans sa carrière. Le voilà pour la 3e fois en demi-finales d’un Majeur, la deuxième de rang. Il avance. Il a écarté un géant. Mais le prochain obstacle, s’il n’a pas l’étoffe historique de sa victime du jour, parait au moins aussi élevé. Daniil Medvedev est l’épouvantail du circuit depuis l’automne dernier et Tsitsipas devra récupérer physiquement et digérer mentalement sa victoire face à Nadal. Mais cette demie fait très envie.