Novak Djokovic contre Rafael Nadal. Ce sera l’affiche de la finale du simple messieurs, aujourd’hui (14h00). Malgré l’aspect très atypique de cette édition 2020, les deux meilleurs joueurs de la planète se sont donné rendez-vous pour un choc qui vaudra son pesant d’Histoire. La finale logique et sans doute idéale au vu de cette quinzaine.
Ce n’était pas forcément écrit, mais ce sera accompli. Rafael Nadal, l’homme aux douze titres à Roland-Garros, le joueur le plus dominant de l’histoire de la terre battue, retrouvera en finale Novak Djokovic, le joueur le plus dominant tout court depuis dix ans. Le meilleur joueur de la terre et le meilleur joueur du monde, pour reprendre une formule jadis utilisée pour prédéfinir les finales parisiennes entre Nadal et Federer. Ce « Djokodal », 56e du nom, sonnait comme une évidence. Ou pas.

Lot d’incertitudes
Chacun des deux monstres traînait avec lui son lot d’incertitudes. Nadal, d’abord, et surtout. Absent de la tournée américaine, il n’a joué que le seul Masters 1000 de Rome en guise de préparation. Battu en quarts de finale par Diego Schwartzman, il n’avait donc que deux matches dans les jambes en sept mois en se présentant à Paris. Puis il y avait ces conditions. La grisaille, le froid, ces nouvelles balles… Tout devait le contrarier, limiter la portée de son lift et l’impact global de son jeu.
Deux semaines, six matches et un bilan immaculé plus tard, Nadal est de retour à sa place, en finale. Il n’a pas perdu un set. On nous dira qu’il a eu un tableau « tranquille », qu’il est (un peu) moins percutant. Tout ça n’est pas tout à fait faux sans être tout à fait vrai, mais, concernant le deuxième point, que l’on puisse pinailler sur le niveau d’un joueur qui atteint la finale sans concéder une manche en dit long sur la perception que nous avons de lui.
A sa manière, comme Roger Federer jadis, Nadal a créé un monstre, circonscrit aux limites de la porte d’Auteuil, certes, mais ce monstre-là est peut-être le plus effrayant de tous. Il a tant éclaté les limites de la normalité et tant banalisé l’irréel, que l’on en vient à chipoter sur une quinzaine comme la sienne.
Pour être tout à fait juste, il est vrai que ce Nadal-là reste partiellement difficile à cerner. Ce n’est que cet après-midi, contre Novak Djokovic, que nous saurons ce qu’il avait vraiment dans le ventre et dans le bras.

Logique et idéale
Le Serbe sera donc lui aussi au rendez-vous. La nature des interrogations qui l’entouraient étaient d’une nature différente. De l’interrogation, plutôt : comment allait-il digérer sa disqualification, le mois dernier, à l’US Open ? Un évènement si exceptionnel, si imprévisible, qu’il était impossible d’anticiper dans quelle mesure et à quelle vitesse il l’évacuerait. Rome avait apporté un début de réponse, Roland-Garros l’a confirmé : rien n’atteint le Djoker.
Djokovic – Nadal, c’est la finale logique et sans doute idéale, pour qu’elle présente un intérêt maximal. Parmi le reste du monde, seul Dominic Thiem pouvait empêcher ces retrouvailles. L’Autrichien a calé avant. A partir de là, ni la vaillance d’un Schwartzman, ni l’effronterie d’un Tsitsipas n’étaient de taille à faire dérailler ce train à deux wagons.
Mine de rien, cela faisait cinq ans que les deux géants se rataient à Roland-Garros, au gré des malheurs de l’un puis de l’autre, ingrédients auxquels il faut ajouter l’émergence de Thiem, justement. Paradoxalement, c’est en cette année où tout est cul par-dessus tête, Covid-19 oblige, où les cartes auraient pu être rebattues compte tenu du calendrier et de la préparation de chacun, sans parler des conditions automnales si spéciales, que le Serbe et l’Espagnol co-signent leurs retrouvailles.

La demie de Djoko pourrait peser
On a pu croire que l’US Open marquait le début d’un craquèlement de l’ancien monde. Mais ce n’est pas faire injure à Thiem et Zverev que de considérer que leur présence commune en finale à New York devait, au moins en partie, pour ne pas dire beaucoup, à l’autodestruction du Djoker et à l’absence du tenant du titre majorquin. Roland-Garros aura remis l’implacable logique au centre du jeu.
C’est peut-être mieux ainsi. Une victoire de Stefanos Tsitsipas en cinq sets contre Novak Djokovic après avoir sauvé une balle de match et surmonté un handicap de deux sets aurait constitué un monument, une page de légende, mais elle aurait probablement tué dans l’œuf l’intérêt du dénouement de cette curieuse mais finalement plaisante édition 2020. Physiquement, enchaîner une telle prouesse avec le défi imposé par Nadal n’augurait rien de bon.
Elle pèsera lourd, cette finale lestée de toutes parts de considérations historiques. Rafael Nadal peut égaler le record de titres en Grand Chelem, que Roger Federer détient seul depuis plus de onze ans. Novak Djokovic peut devenir le premier homme à remporter deux fois chaque Majeur.
Tout annonce une apothéose. Ce Djokovic-là est trop fort pour ne pas croire légitimement en ses chances, plus encore qu’en 2012 et 2014, lors de leurs deux précédentes finales communes, et ce Nadal-ci est chez lui. Il n’en reste plus que deux, et ça ne pouvait être qu’eux. Vivement dimanche, même si, loin du noir et blanc du testament truffaldien, on espère en voir de toutes les couleurs.