Sa prise de parole publique était très attendue. Près d’une semaine après l’annonce de sa future retraite sportive sur les réseaux sociaux, Roger Federer a tenu une conférence de presse mercredi à Londres dans le cadre de la Laver Cup (23-25 septembre) qui sera sa dernière compétition en tant que tennisman professionnel à 41 ans.
Confirmant ce qu’il avait déjà déclaré dans les médias suisses, il a annoncé qu’il ne jouerait qu’un double le vendredi, sans savoir pour le moment avec qui, mais avec une préférence affichée pour Rafael Nadal, son vieux rival recordman de titres en Grand Chelem (22). Il est aussi revenu sur ce qui l’a conduit à prendre la décision d’arrêter, un choix qu’il assume totalement.

J’AI COMMENCÉ À ME FATIGUER…
Selon le règlement de la Laver Cup, chaque participant est tenu de disputer au moins un simple, mais Federer y a renoncé, s’estimant trop en manque de rythme face à l’intensité exigée d’une compétition-exhibition où les engagés jouent sérieusement. Il a donc sollicité une dérogation qu’il a évidemment obtenue, vu les circonstances et son statut dans cette Laver Cup dont il est à l’origine. «J’ai demandé à Borg (son capitaine, NDLR) si je pouvais jouer un double vendredi et que Matteo (Berrettini) me remplace le samedi. J’en ai parlé à John aussi et à l’ATP et ils ont accepté.»
Mais qui sera l’heureux élu qui jouera à ses cotés ? Federer dit ne pas le savoir, même si sa volonté est claire. «Avec Rafa (Nadal), nous avons beaucoup bataillé sur les courts, mais nous avons toujours eu beaucoup de respect l’un pour l’autre, comme pour nos familles respectives. Je me suis toujours bien entendu avec lui. Ce serait unique que je finisse avec Rafa. Ce serait un super message pour le tennis et au-delà», a-t-il estimé. Sa future retraite d’ailleurs, Federer ne la craint pas même s’il n’a pas encore décidé de ce qu’il en ferait. Il est d’ailleurs revenu sur ce qui l’avait convaincu de dire stop définitivement après un quart de siècle d’émotions fortes sur le circuit.
«Au début de l’été, j’ai essayé de passer un cap à l’entraînement. Et je savais qu’un contre-temps pouvait être fatal à ce stade. A Wimbledon, quand j’ai été invité (lors du dimanche de la première semaine, NDLR), je pensais encore vraiment pouvoir revenir l’année prochaine. Mais nous devions prendre des précautions et parfois presque trop pour ne rien brusquer. J’ai commencé à me fatiguer de devoir croire que les choses allaient tourner dans le bon sens, à être un petit peu pessimiste», a-t-il expliqué.

IL NE SERA PAS «UN FANTÔME»
Avant d’ajouter : «Et puis un résultat de scanner du genou est revenu et il n’a pas montré les résultats que j’espérais. J’étais à la croisée des chemins, il fallait que je me décide et je ne voulais pas tout risquer pour éventuellement revenir. C’était déjà incroyable d’avoir repris ma carrière après plusieurs opérations. J’ai toujours pensé que j’allais finir ma carrière, sans passer par la case chirurgie, avant 2016.»
Federer a donc voulu aussi se préserver pour la nouvelle vie qui l’attend désormais. Prendre sa retraite est loin d’être anodin, il a même confié une certaine tristesse, mais c’était la décision qui s’imposait. «Vous voulez jouer pour toujours. J’adore être sur le court, me mesurer à mes rivaux, voyager, gagner et apprendre de mes défaites. Mais je sais que tout le monde doit arrêter à un moment, et j’ai eu une superbe carrière», a-t-il constaté, lucide, évoquant dans une liste non exhaustive son titre à Roland-Garros en 2009, sa victoire en 2001 contre Sampras ou son retour au premier plan en 2017.

LES PRECEDENTS AGASSI ET SAMPRAS
A 41 ans, le Bâlois n’a pas de regrets, mais il sait que jouer devant des stades pleins, et le contact avec le public, lui manquera. Alors il reviendra sur le circuit en tant qu’observateur régulièrement. «Je n’ai pas vraiment d’idée pour la suite. Je veux juste dire aux fans que je ne serai pas un fantôme. Björn (Borg) n’est pas revenu à Wimbledon pendant 25 ans après sa retraite par exemple, et il avait ses raisons qui sont parfaitement acceptables. Mais ce ne sera pas mon cas», a-t-il assuré.
Et le tennis, que deviendra-t-il sans lui ? Là non plus, Federer n’est pas inquiet, très confiant dans la génération qui vient. «C’est dommage que je n’aie pas pu jouer contre Alcaraz. J’ai toujours su qu’il y aurait d’autres superstars après moi, et c’est déjà le cas avec lui. On se demandait déjà comment le tennis allait s’en sortir après Agassi et Sampras et on sait ce qui s’est passé. Je ne suis pas optimiste pour le service-volée. Mais je suis convaincu qu’avoir un bon jeu de transition vers le filet est encore possible. Je suis sûr que le tennis sera entre de bonnes mains.» <