Et un qui fait 18. 18 titres du Grand Chelem pour Novak Djokovic. A deux longueurs de Federer et Nadal. Seul cet objectif occupe à présent l’esprit du champion serbe, qui entend bien ménager son corps et aménager son calendrier dans la dernière phase de sa carrière, afin de tout miser sur les plus grands tournois du circuit. Ce n’est pas forcément évident à le voir évoluer ou à la lecture des palmarès, mais Novak Djokovic vieillit. Dans quatre mois, il aura 34 ans. Aucun signe de déclin à l’horizon. Prétendre le contraire serait cocasse, pour ne pas dire ridicule après l’avoir vu soulever le trophée Norman Brookes pour la 9e fois de sa carrière. Le Serbe a dispersé la confiance de Daniil Medvedev aux quatre coins de «sa» Rod Laver Arena, dimanche. Cet Open d’Australie aura donc accouché d’un scénario ultra-prévisible avec ce nouveau triomphe du maître des lieux. Mais si la destination était connue, le chemin emprunté n’aura pas été de tout repos. Il y a une semaine, après avoir écarté Milos Raonic en huitième de finale, le numéro un mondial s’était dit « prêt à prendre des risques » malgré sa blessure aux abdominaux. Le jeu en valait la chandelle australienne. « Les médecins sont tous d’accord pour convenir qu’il y a un risque, un petit risque que j’aggrave sérieusement la blessure au point de me tenir éloigné des courts pendant, disons, une certaine période, avait-il dit. Mais ils ne pensent pas non plus que ça puisse être grave au point de compromettre toute ma saison. J’accepte les conséquences que ça aura sur l’après Open d’Australie. Je prendrai le temps qu’il faut pour me soigner et revenir quand je serai complètement guéri. »

ÊTRE PLUS INTELLIGENT AU NIVEAU DE L’EMPLOI DU TEMPS
Le pari s’est donc avéré payant. A son âge, Djokovic veut tout miser sur les quatre plus grands tournois afin d’aller chercher Roger Federer et Rafael Nadal qui, avec vingt titres majeurs, le devancent encore de deux unités. A fortiori depuis qu’il a l’assurance de s’emparer de l’autre record dont il rêvait, celui du nombre de semaines passées à la première place mondiale. Dans deux semaines, il supplantera Federer et ses 310 semaines.
« Maintenant que je suis sûr de devenir le N°1 historique, je suis soulagé, a-t-il avoué dimanche. Je vais pouvoir me concentrer principalement sur les Grands Chelems. Quand on vise la place de N°1, on est obligé de jouer, et de bien jouer, toute la saison. Ce n’est pas que je me sente vieux ou fatigué. Mais je sais que d’un point de vue biologique, et en les regardant en face, les choses ne sont plus les mêmes pour moi qu’il y a dix ans. Je dois être plus intelligent au niveau de mon emploi du temps et atteindre mon pic de forme au bon moment. Les tournois du Grand Chelem sont ceux où je veux être le meilleur.» Il faut donc s’attendre à le voir un peu moins. Un programme allégé ? Des impasses sur certains Masters 1000 ? Possible. La chasse aux points, c’est terminé. Seul le gros gibier va désormais le concerner. « Mes objectifs vont s’adapter et bouger un peu, prévient-il. Je vais donc ajuster mon calendrier, ce que j’attends avec impatience en tant que père et mari. Ma femme et mes enfants me manquent. Il y a plus malheureux que nous, mais pour tous les joueurs, c’est dur d’être séparé de nos familles pendant une longue période comme ça. »

A QUAND LE RETOUR ?
Mais tout n’est pas aussi simple, prévient son staff. Si tout convergera vers les Majeurs, jouer trop peu est une option à risques. « On ne peut pas se concentrer uniquement sur les Grands Chelems, juge son entraîneur Goran Ivanisevic. Donc il devra jouer suffisamment avant les grands tournois. Là, maintenant, pour être franc, comme il vient de gagner, je m’en fous. S’il demande à ne pas jouer jusqu’à Roland-Garros, OK ! Mais sérieusement, il aura besoin de jouer. » Tour sera donc une affaire de dosage, et il devra être subtil. A court terme, il est en tout cas probable que Novak Djokovic s’accorde un break. Parce qu’il en a besoin, que rien ne le motivera vraiment d’ici les Internationaux de France. Puis il doit de toute façon s’occuper de ses abdominaux. Quand reviendra-t-il aux affaires ? Il faudra un peu de patience. « J’ai passé une IRM, a-t-il confié. Les dégâts sont plus importants que ce qu’ils étaient après le 3e tour. Ce n’est pas si grave selon les médecins mais je vais devoir prendre du temps pour me reposer car la déchirure s’est agrandie de 1,7 à 2,5 cm.» Le Serbe a également averti : « Je n’ai pas l’intention de rester invaincu toute la saison.» En réalité, les Djokovic, Nadal ou Federer ont déjà commencé depuis quelque temps à opérer en gestionnaire pour viser moins, mais juste. Le palmarès des Masters 1000 s’est davantage ouvert. Le Masters de fin d’année en témoigne aussi. Dimitrov. Zverev. Tsitsipas. Medvedev. Sans délaisser ce rendez-vous important, ils n’en font plus, à l’image de Djokovic, un objectif prioritaire. Mais quand arrivent les Grands Chelems, ils sont là. Lui est là. Et ça, ça pourrait ne pas changer de sitôt.