Sacré champion dans la capitale italienne pour la sixième fois de sa carrière après sa victoire sur Stefanos Tsitsipas en finale dimanche (6-0, 7-6), Novak Djokovic n’a pas caché sa satisfaction et son optimisme en vue de Roland-Garros. La page d’un début de saison tourmenté tournée, il est conscient d’avoir désormais les moyens de ses ambitions. Il y a quelques mois, il se disait prêt à sacrifier ses rêves de grandeur sur l’autel de ses convictions. Privé de compétition – à l’exception de deux matches à Dubaï – lors du premier trimestre 2022 car non-vacciné contre le coronavirus, Novak Djokovic avait mis sa carrière entre parenthèses malgré lui. Mais en quelques semaines, tout a basculé. De retour à plein temps sur le circuit depuis un peu plus d’un mois, le numéro 1 mondial a retrouvé le rythme de la compétition et est peu à peu monté en puissance, jusqu’à cette semaine idyllique à Rome où il a conquis le titre pour la 6e fois, et ce sans perdre le moindre set.

« C’EST UN SOULAGEMENT »
Que demander de plus ? Pas grand-chose à en croire l’intéressé qui a évidemment toujours cru en ses capacités et en sa méthodologie de préparation. Mais il n’y a jamais de garantie. « D’une certaine manière, c’est un soulagement. Parce qu’après tout ce qui s’est passé au début de l’année, c’était important pour moi de gagner un grand titre, surtout à l’approche des tournois du Grand Chelem », a confié le Serbe en conférence de presse. Car l’air de rien, il n’avait plus soulevé de trophée depuis six mois et son triomphe à Paris-Bercy. Que de chemin parcouru entre son élimination d’entrée à Monte-Carlo, lessivé par Alejandro Davidovich Fokina, et l’enchaînement de ces performances de très haut niveau toute la semaine à Rome. En l’espace de quatre tournois et 14 matches, Djokovic est redevenu Djokovic pour ainsi dire. De la qualité de son service à l’excellence de son timing en passant par sa couverture de terrain et sa vivacité à la relance, il a retrouvé tout son mordant.

IL A RETROUVÉ SON TENNIS ET SON INSTINCT DE CHAMPION
Son début de finale était ainsi digne de sa meilleure version sur terre battue l’an dernier. «Je peux dire que je me suis agréablement surpris. J’avais un plan de jeu clair et je savais à quoi m’attendre. Donc je savais ce que j’avais à faire, mais je dois avouer que j’ai joué un premier set parfait», a-t-il d’ailleurs avoué sur le court après sa victoire. Mais au-delà de ce tennis sans faille qui a fait sa marque de fabrique quand sa confiance est à son zénith, ce tournoi de Rome a aussi remis en scène Djokovic, la bête de compétition.
D’une concentration extrême, le numéro 1 mondial a fréquemment lâché de grands cris lors de tournants importants, un très bon signe chez lui. Plus affamé que jamais, il a retrouvé son instinct de champion, celui de prédateur à sang froid qui sait quand il faut hausser à nouveau le ton pour faire basculer une partie. Il l’a montré dans les fins de sets face à Félix Auger Aliassime en quart de finale, à partir de 3-3 dans la seconde manche contre Casper Ruud en demie, et alors que Stefanos Tsitsipas servait pour revenir à un set partout en finale.

LE FAVORI À ROLAND, C’EST LUI
« A ce niveau, un ou deux points peuvent faire basculer un match, et il est revenu dans le match quand il menait 4-1 dans le second set, avec balle de double break. Le match aurait pu facilement se prolonger avec un troisième set, mais je suis parvenu à trouver les bons coups au bon moment pour revenir. J’étais peut-être un poil meilleur dans le tie-break, mais c’était tendu pour tous les deux », a-t-il encore fait remarquer avec lucidité.
Et c’est bien cette capacité à serrer le jeu quand la pression est maximale qui fait de lui, entre autres, le champion qu’il est. Ajoutez à cela un niveau moyen de plus en plus élevé – il a même dominé Tstisipas dans la diagonale coup droit – et les perspectives s’éclaircissent à Paris. « Il y a deux jours, j’ai très bien joué (contre Félix Auger-Aliassime en quart de finale, NDLR). Je suis monté en puissance ces deux dernières semaines et je savais que je retrouvais ma meilleure forme à Rome d’habitude. Donc ça ne pouvait pas être mieux que de me présenter à Roland-Garros avec un titre. (…) Vu la manière dont je me sens sur et en dehors du court en ce moment, je pense vraiment que je peux aller loin. Je me sens parfaitement bien physiquement. »
Alors Djokovic grand favori à sa propre succession du côté de la Porte d’Auteuil ? Peut-être bien désormais. En tout cas, Andy Roddick, consultant pour la chaîne de télévision Tennis Channel, en est, lui, persuadé. Une chose est certaine : en s’imposant avec la manière à Rome, il a définitivement lancé sa saison et envoyé un message à la concurrence. Le patron est de retour et la chasse aux records est à nouveau ouverte.