On ne découvre l’importance des choses que quand elles nous échappent. Il y a un an, l’US Open était le premier tournoi du Grand Chelem «covidé». Après le déclenchement de la pandémie, Roland-Garros avait été reporté à l’automne et Wimbledon purement et simplement annulé. Le circuit avait doucement repris vie à l’été. Dans sa bulle. Et sans public. Un drôle de moment, avec un Masters 1000 de Cincinnati organisé… à New York, juste avant un US Open de triste facture.
« Que c’est triste Flushing, écrivions-nous alors. Ce Flushing, en tout cas. Désert. Vidé de son public, le site new-yorkais l’est aussi de sa substance. Car aucun autre tournoi au monde ne voit à ce point son ADN lié à son atmosphère. » Douze mois plus tard, la planète n’a pas encore pleinement sorti la tête de ce virus, mais la situation s’est suffisamment améliorée pour qu’une apparence de normalité refasse surface. A l’image du tennis, qui retrouve peu à peu un fonctionnement plus classique. Particulièrement en cette fin d’été.

VACCINATION OBLIGATOIRE
« A Cincinatti, la semaine dernière, c’était probablement la première fois que nous avions du public aussi proche de nous, témoigne la numéro un mondiale, Ashleigh Barty. Même lors des entraînements, le public était là, au bord des courts. C’était vraiment sympa. » L’Australienne, qui avait renoncé à faire le déplacement à New York puis à Paris pour Roland-Garros l’an dernier, goûte particulièrement ce retour de la vie. Et les petites contraintes qu’elle impose aux joueurs de haut niveau ne pèsent pas lourd face aux bénéfices : « On va avoir beaucoup plus de monde autour de nous, partout, dans les allées. Mais ça va être génial. »
Premier tournoi majeur à huis clos en 2020, l’US Open est le premier Grand Chelem à retrouver un fonctionnement normal en accueillant du public à 100% de sa capacité. A Melbourne, Paris et Londres, cette année, des jauges plus ou moins restrictives avaient été appliquées. A New York, rien de tout ça. Seule obligation, les spectateurs de plus de 12 ans souhaitant accéder au stade devront, en plus de leur billet, présenter la preuve d’une vaccination, au moins partielle. Une dose suffira. La ville de New York avait été la première, voilà quelques semaines, à exiger une preuve de vaccination pour accéder aux restaurants ou aux salles de sport.

L’IMPACT DE LA FOULE
Alex Corretja acquiesce. L’Espagnol a connu dans les années 90, notamment lors d’un mémorable quart de finale contre Pete Sampras en 1996, la fièvre des soirées de Flushing. Pour notre consultant, l’US Open ne pouvait, encore moins qu’un autre tournoi, vivre durablement sans son public. « L’US Open, c’est un show, explique-t-il. Il faut faire le show et amener les spectateurs à participer à ce show. Les joueurs sont les acteurs principaux, mais ils ont besoin du public parce que, ici, c’est lui qui apporte cette folie, cette émotion, cette atmosphère absolument unique. Le public de Flushing peut te faire sentir que tu es l’homme le plus fort du monde. »
Daniil Medvedev n’est pas new-yorkais. Pas même américain. Mais le Russe est assez bien placé pour témoigner de la nature du public local. Il y a deux ans, lors de son épopée qui l’avait mené jusqu’à la finale, perdue en cinq sets contre Rafael Nadal, il avait connu quelques démêlés avec le public de Flushing, qui l’avait pris en grippe avant qu’il ne finisse par le séduire, jusque dans son discours d’après-finale.
Il oscille entre excitation, impatience et une pointe d’inquiétude avant les retrouvailles : « Je me demande si ça va être les mêmes personnes qu’il y a deux ans. Si les gens ont oublié. Comme ça s’était fini sur une bonne note, j’espère être bien accueilli pour mon premier match. Je suis curieux de voir ça ».

PARFOIS, L’ÉNERGIE DE LA FOULE T’AIDE À REVENIR DANS TON MATCH
Finaliste dans une atmosphère hostile en 2019, demi-finaliste dans le désert en 2020, Daniil Medvedev est la preuve qu’on peut briller dans n’importe quel contexte. Au-delà du plaisir, à quel point la présence du public peut-elle changer la donne ? A huis clos, les titres ne se sont pas mis à tomber dans l’escarcelle du 50e ou du 100e mondial. Ne surestime-t-on pas son impact sur le jeu lui-même ? « On a joué des Grands Chelems, des Masters 1000, le Masters, et globalement, ce sont toujours les mêmes joueurs qui allaient loin », confirme Medvedev.
L’énergie des tribunes, ça compte. L’énergie de la foule new-yorkaise, c’est unique au monde. Flushing Meadows fête cette année les trente ans de l’incroyable parcours de Jimmy Connors, demi-finaliste à 39 ans du tournoi qui avait contribué à sa légende. Imagine-t-on pareille épopée dans l’oppressant silence que le Covid-19 avait imposé l’an passé ? Que Flushing et sa foule redeviennent ce qu’ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts : excessifs parfois, indisciplinés souvent, un peu dingues tout le temps. New York va redevenir New York.