Mohamed Sofiane Yousfi, président de la Fédération algérienne de tennis (FAT), a vu le Ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) le suspendre à titre conservatoire. Tout est parti d’un parallèle fait avec l’instance algérienne de football (FAF) pour illustrer le mal dont souffre la structure tennistique. Le terme «voyoucratie», lié à la FAF, a été jugé diffamatoire par le département ministériel. Un sacré revers.

Par Mohamed Touileb
«Je dois quand-même vous dire que j’ai découvert un niveau lamentable en termes de comportements dans la famille du tennis. Et ça me désole à un point inimaginable parce que je pensais que c’était beaucoup plus au football qu’il y avait de la voyoucratie si on peut l’appeler comme ça. Ce que j’ai découvert au tennis, c’est quelque chose d’inimaginable», l’allocution peut paraître anodine car elle reflète une certaine réalité. Mais le poids des mots est pesant.

Illustration maladroite
Des tensions avec certains athlètes ainsi que l’entourage autour de la FAT, une illustration maladroite et une sanction immédiate. Mohamed Sofiane Yousfi a été suspendu, à titre conservatoire, par le Ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS). Il ne peut plus exercer sa fonction de président de la Fédération algérienne de tennis (FAT) avant de comparaître devant la Commission de discipline et d’éthique du Comité Olympique algérienne (COA).
Le terme était très fort (même si certains peuvent comprendre). Ces propos n’ont pas été du goût du MJS. En effet, la tutelle informait, dimanche dans un communiqué, de la «suspension à titre conservatoire» de Yousfi. Du côté du département ministériel, on dénonce des «déclarations provocatrices et aux préjugés prononcés publiquement par le président de la Fédération algérienne de tennis». Par ailleurs, la note estime que «cette attitude va à l’encontre des valeurs du sport» si l’on se base sur «l’article 8 du décret exécutif numéro 16-153 établi le 16 Chabane 1437 correspondant au 23 mai 2016 fixant les dispositions statutaires relatives aux dirigeants sportifs bénévoles élus».
Ainsi, Yousfi est accusé de diffamation. Et l’article 217 de la loi 13-05 établi le 23 juillet 2013 donne les prérogatives au MJS de suspendre provisoirement le boss de la balle jaune Dz. Ce dernier tombe sous le coup de «la suspension temporaire des activités de la fédération sportive nationale, ligue ou du club sportif». Mais cela pourrait être plus grave avec le risque de «la radiation à vie». La montée au filet de Yousfi était mal-calculée. D’autant plus que ses rapports avec certains athlètes et les plaintes de ces derniers n’arrangent pas sa défense.

Vrai constat et mauvais choix des mots
On peut évoquer le différend avec Youcef Rihane. Le tennisman a été accusé d’avoir pris 1.2 million de dinars par le dirigeant principal à la structure tennistique. «Rihane faisait partie de l’EN. Il étudie aux USA. Mais il a bénéficié d’un programme CAS pour la préparation des Jeux Méditerranéens et les compétitions qui suivent. Il a signé un contrat de régularisation le 04 août. Et on lui a payé une dette de 1.2 million de dinars. Par la suite, il n’a pas répondu à la convocation pour la Coupe Davis», avait révélé Yousfi en septembre dernier dans un entretien accordé à «Dz Match» non sans préciser qu’«il n’est pas venu mais il a joué un tournoi aux Etats-Unis. Son cas a été signalé au Ministère et il passera en commission de discipline de la fédération et assumer les mesures prises dans ce sens»
C’est certainement de ces agissements que Yousfi parlait. Manifestement, il s’est fait (beaucoup) trop d’ennemis avec un franc-parler trop cru. Le tact était de mise pour ne pas prendre le revers. Celui qui voulait «construire le tennis de demain qui ne peut être construit que dans la sérénité, le calme et le respect» est pris dans l’averse qu’il a précipitée lui-même.