Quand elle a l’occasion de gagner un Grand Chelem, Naomi Osaka ne passe pas au travers. Elle l’a encore prouvé hier face à Jennifer Brady, battue en deux manches (6-4, 6-3). Avec quatre titres du Grand Chelem en poche à 23 ans, la Japonaise s’impose plus que jamais comme la patronne du tennis féminin. Même si le classement WTA prétend encore le contraire.

LE POURQUOI DU COMMENT
Jennifer Brady a beau avoir deux ans de plus que Naomi Osaka, la «gamine», dans cette finale, c’était elle. Et ça s’est senti. Non qu’elle soit passée totalement à côté de sa finale, au cours de laquelle elle a affiché autant de limites que de cran. Pas plus qu’Osaka, d’ailleurs, ne s’est montrée souveraine d’un bout à l’autre. Si elle l’avait été, c’est sans doute une correction que la novice Brady aurait reçu.
Le match, d’une qualité quelconque, n’a pas atteint des sommets ni d’un côté ni de l’autre du filet. Osaka comme Brady ont commis beaucoup plus de fautes qu’elles n’ont réussi de coups gagnants, et à quelques exceptions près, cette rencontre a manqué d’intensité et de ce petit frisson qui distingue les finales dont on reparle dans dix, vingt ou trente ans, et celles qu’on oublie vite. Celle-ci entrera dans la seconde catégorie, sans aucun doute. Mais pour Naomi Osaka, tout ça n’a aucune importance. Pour elle, une belle finale, c’est celle qu’elle gagne. Or dans les moments qui ont le plus compté, la différence entre les deux joueuses est devenue béante. Chaque fois que cela a été nécessaire, que ce soit en toute fin de première manche lors du vrai grand moment de tension de cette finale ou lorsque Brady a tenté de se rebeller dans la seconde, Naomi Osaka a montré qui était la patronne. Il n’en fallait pas plus.

LE MOMENT-CLÉ
Sans aucun doute le neuvième jeu de la première manche. A 4-4 sur son service, Naomi Osaka est sous pression. Jennifer Brady se procure une balle de break à 30/40 après un lob impeccable. Mais la Nippone va écarter la menace d’un coup droit autoritaire avant de sauver sa mise en jeu. Au lieu de servir pour le set, Brady se retrouve à son tour sous la menace. A 4-5, l’Américaine va pourtant mener 40-15 avant de coincer. Un break fatal, pour ce set initial et, au-delà, pour le match. Cette finale s’est jouée là. De 4-4 à 6-4, 4-0, Osaka va enchaîner six jeux.

LA STAT : 42%
Elle le savait, tout le monde le savait, Jennifer Brady avait besoin de très bien servir et de s’appuyer sur sa première balle si elle voulait avoir une chance de décrocher le gros lot samedi sur la Rod Laver Arena. Ça n’a pas été le cas et il s’en est fallu de beaucoup. Elle est restée sous le seuil des 50% de premières balles. Résultat, elle a énormément souffert sur son engagement en s’exposant sur sa seconde balle. Derrière celle-ci, Brady n’a remporté que 42% des points : 13 sur 31 joués. Au total, elle a d’ailleurs remporté qu’à peine un point sur deux sur ses jeux de service.

LA DÉCLA
Naomi Osaka, s’adressant au public : «La dernière fois que j’ai gagné un tournoi du Grand Chelem (lors du dernier US Open, disputé à huis clos, NDLR), il n’y avait pas de public. Pour moi, ça change tout. Merci à vous d’avoir été là, merci d’avoir ouvert vos cœurs et vos bras.»
LA QUESTION : OSAKA, REINE DU DUR OU REINE TOUT COURT ?
La hiérarchie au sommet du tennis féminin est parfois devenue illisible ces dernières années. Lundi, le classement WTA vous dira que la numéro un mondiale se nomme Ashleigh Barty. Naomi Osaka sera sa dauphine. Voilà pour la «vérité» mathématique, due au gel des points d’un bon nombre de tournois à cause de la pandémie du Covid-19.
Mais la patronne, la grande championne du moment, c’est bien Naomi Osaka. En s’imposant samedi contre Jennifer Brady, elle a décroché son 4e titre sur les neuf derniers tournois du Grand Chelem, depuis l’US Open 2018. Sachant qu’elle a renoncé au dernier Roland-Garros, la Japonaise a même soulevé le trophée une fois sur deux en Grand Chelem depuis un peu plus de deux ans. Sur la même période, aucune autre joueuse ne compte plus d’une victoire majuscule (Barty, Halep, Andreescu, Kenin et Swiatek). Osaka 4, Reste du monde 5.
Naomi Osaka gagne peu mais elle gagne grand. Elle ne compte que sept titres à son palmarès. Anormal pour une quadruple lauréate en Grand Chelem. Mais c’est aussi ce qui la distingue. Dans les grands rendez-vous, son âme de championne s’épanouit. Les comptes d’apothicaire ne l’intéressent pas. Les grandes victoires, oui. Vraie championne, jeune femme engagée, elle est une bénédiction pour un tennis féminin qui a tant peur du vide à l’idée d’aborder l’après Serena Williams.
Pour devenir durablement la reine incontestée, il reste maintenant à Osaka à étendre son territoire. Presque injouable sur dur, elle y a conquis ses quatre grands titres (deux US Open, deux Open d’Australie) et même l’ensemble de ses titres sur le circuit. A Wimbledon et à Roland-Garros, elle n’a encore jamais dépassé le cap du 3e tour. Elle a donc des axes de progrès à considérer et de nouveaux horizons à découvrir. Ce n’est pas le moins excitant la concernant, et pas le moins inquiétant pour la concurrence.