Matteo Berrettini persiste et signe. Venu au secours de Dominic Thiem il y a quelques jours sur la question de la solidarité des meilleurs joueurs avec leurs collègues mal classés en cette période de crise, l’Italien a précisé sa pensée hier dans l’émission «Call-azione» sur Eurosport Italie lundi. Alors que seul le top 500 devrait finalement bénéficier du fonds d’aide de 6 millions de dollars des instances du tennis mondial (ATP, WTA, ITF et les quatres tournois du Grand Chelem), Berrettini a encore considéré, comme l’Autrichien, qu’il n’était pas de sa responsabilité de contribuer à ce plan et il s’en est expliqué.
En préambule, il a, malgré tout, salué l’initiative de Novak Djokovic de vouloir mettre la main à la poche. «Le projet est super, cela signifie beaucoup pour le tennis. Quand j’en ai pris connaissance, j’ai pris un moment pour réfléchir à mes priorités, pas parce que je ne respecte pas les autres joueurs, mais parce je crois qu’aucun joueur – quel que soit le sport – ne devrait être mis dans la position d’aider un de ses collègues financièrement. Cette responsabilité est du ressort des fédérations, de l’ITF, de l’ATP, de la WTA… Ce sont ces instances qui organisent les tournois et nous, les joueurs, nous leur rendons avec nos performances», a-t-il estimé.

«J’ai passé beaucoup d’années à jouer des Futures»
Comme Thiem, Berrettini doute de l’engagement de certains joueurs mal classés dans leur sport, mais il met en cause d’abord le système qui le permet. «Ce que Thiem a dit était très dur, mais c’est en partie vrai, parce que j’ai joué des Futures, j’en ai fait l’expérience. Il y a des joueurs qui sont professionnels, d’autres dont on ne sait pas exactement s’ils jouent ou non, qui entraînent aussi. Mais c’est un problème plus grand et dont les racines sont profondes… Parce que s’il y avait plus d’argent, il y aurait plus de professionnels. Mais s’il y a des tournois qui ne garantissent pas que tu as affaire à des professionnels, ni des points pour améliorer ton classement, il faut s’adapter à cette situation. C’est un cercle vicieux.»
Le Transalpin le sait, son opinion est à contre-courant dans cette période de crise. Mais avant de véritablement percer fin 2018 puis de se révéler au plus haut niveau en 2019, il a connu les années de galère. Suffisamment selon lui pour ne pas être taxé d’élitiste égoïste. «Beaucoup me diront que je prends les gens de haut parce que je suis dans le top 10, mais j’ai du recul parce j’ai passé beaucoup d’années à jouer des Futures : j’ai payé tout seul pour certaines choses ou demandé de l’argent à ma famille, pour prendre des taxis, louer des chambres partagées avec quatre amis parce que nous n’avions pas d’argent. Ce n’est pas facile.»
Pour Berrettini, il s’agit donc plus de réformer le système en profondeur en investissant davantage dans les petits tournois, pour mieux réguler les circuits secondaires – aussi davantage exposés aux dangers des matches truqués -, que de mettre symboliquement la main à la poche. «J’ai parlé avec Djokovic et il m’a dit : ‘Ne t’inquiète pas Matteo, les dons ne sont pas obligatoires ; tu peux donner ton accord si tu en as envie. Si tu préfères acheter des masques pour les hôpitaux comme Spallanzani (établissement spécialisé dans les maladies infectieuses à Rome, ndlr) ou aider des familles dans le besoin, je te respecte.’ C’est un message important qui devrait être diffusé au-delà du cercle des joueurs», a-t-il conclu. Voilà qui a en tous cas le mérite d’être clair et argumenté.