A une semaine de la rentrée sociale, la baisse des cas du nouveau coronavirus se poursuit en l’Algérie. Ce recul est enregistré depuis une quinzaine de jours, à l’exception de la journée de jeudi dernier où une hausse de moins de dix cas avait été notée. Cela permet-il d’affirmer qu’il y a une tendance baissière ?

La réponse des professionnels de santé est qu’il y a constat de baisse des chiffres, mais que cela ne doit pas occulter que c’est la «rigueur» dans le respect des mesures prévention qui permettra de «maintenir» et de «confirmer cette tendance». La prudence est toujours de mise et tout relâchement pourrait donner lieu à des situations déjà vécues, où une flambée est apparue après une accalmie.
«Par les chiffres, il y a une tendance baissière des cas, il y a aussi une rémission des cas graves et une diminution des décès ou alors une stabilisation», a déclaré Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, avant de souligner que «seule la rigueur et le respect des gestes barrières permettra de poursuivre cette baisse et de confirmer la tendance baissière».
Le fait est qu’il faut attendre quelques jours pour voir le résultat de l’ouverture des lieux qui étaient fermés jusqu’au 15 août dernier, comme les cafés, les restaurants, les mosquées, les parcs de loisirs et autres lieux de détente, mais surtout les plages. Depuis leur ouverture il y a une semaine, les plages ont été prises d’assaut par les citoyens et un rush sans précédent a été enregistré durant ce long week-end de trois jours. Il est très difficile d’y faire respecter toutes les mesures de précaution, selon le constat de ceux qui s’y sont rendus, comme à la plage de la résidence d’Etat Club des Pins où, à titre d’exemple, hier matin, il y avait une distanciation entre les parasols mais les masques étaient quasiment absents. Dans d’autres plages, même les parasols n’étaient pas disposés de façon à garder la bonne distance les uns des autres.
C’est ce qui fait dire à Dr Bekkat Berkani que «c’est durant les prochains jours que nous saurons l’impact de l’ouverture des différents lieux depuis samedi dernier». Mais il reste confiant et estime que «la prise de conscience des Algériens est perceptible», donnant en exemple l’Aïd El Adha suite auquel «nous n’avons pas eu la flambée tant redoutée, car il y a eu moins de gens qui ont accompli le sacrifice, moins de visites familiales, etc. Les gens ont fini par être sensibilisés, ils ont compris qu’il faut se protéger». Ce membre du Comité scientifique revient, néanmoins, sur «la rigueur que la population doit continuer d’observer même si, cela est vrai, les mesures ne sont pas respectées comme il se doit par tous». Mais, selon lui, le fait est que «les chiffres baissent» et que «le recul des cas sur plusieurs jours n’a été rendu possible que grâce à la prise de conscience de la population qui, avec le temps, s’est rendue compte de la gravité de la maladie et des risques qu’elle entraine, en particulier dans les grandes villes». Dr Bekkat Bekani insiste que le risque est plus grand dans les grandes villes car c’est «à où il y a une forte densité, où les trottoirs sont étroits, où il y a également beaucoup de transports en commun, de taxis, de magasins, etc. Mais les citoyens portent de plus en plus un masque, les magasins mettent à l’entrée le gel hydro alcoolique, font respecter la distanciation à l’intérieur… Comparativement aux grandes villes, le danger est moindre dans les petits villages qui sont assez larges et où il y a aussi une densité nettement moindre, donc où on peut dire que la distanciation physique est presque de fait», a-t-il encore affirmé. D’ailleurs, cela fait un long moment qu’«il n’y pas eu de nouveaux clusters», a-t-il ajouté.

Les mises en garde du Dr Yousfi
Le constat du Dr Bekkat Berkani est partagé par d’autres professionnels de la santé qui relèvent la baisse des cas sans pour autant cesser d’alerter la population sur les risques d’un relâchement ou d’une négligence dans la prévention, que ce soit le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik et également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), ou encore le directeur général des services sanitaires au ministère de la Santé, le Pr Lyès Rahal.
Le Dr Yousfi, qui est à pied d’œuvre depuis l’apparition des premiers cas de coronavirus en Algérie – puisque c’est au niveau de l’EPH de Boufarik que ces cas ont été pris en charge -, s’est dit «satisfait» quant au recul des cas d’atteinte au Covid-19 durant les derniers jours. Il mettra, toutefois, en garde contre «un probable retournement de situation, comme cela s’est passé en juillet dernier, en raison du non-respect des gestes barrières, notamment le port de bavette et la distanciation physique».
La preuve que la situation s’améliore, a-t-il expliqué, c’est que le nombre des patients en soins intensifs à l’échelle nationale est «passé de 70 cas durant juillet dernier à 40 cas durant ces derniers jours, permettant d’alléger la pression sur les services hospitaliers et sur professionnels de la santé publique qui pourront bénéficier de repos». «Si cette situation a permis de fournir un nombre de lits avec un taux variant entre 20 à 25% durant les 15 derniers jours, la bataille contre le Covid-19 n’est pas encore finie étant donné que les cas positifs enregistrés quotidiennement n’ont pas atteint les 10 cas», car c’est cela qui «permettra aux professionnels de la santé de retrouver leurs forces et de reprendre les autres activités médicales», a-t-il précisé. Pour sa part, le Pr Rahal a noté par les chiffres le recul du nombre des cas d’atteinte au Covid-19 et des cas de guérison entre les derniers jours du mois en cours et ceux de juillet. «Une courbe descendante des cas de guérison au Covid-19 a été enregistrée, passant de 11.730 cas le 20 juillet derniers à 8.200 cas au 2 août en cours, puis à 5.206 cas au 20 août », a-t-il indiqué dans une déclaration à l’APS. Concernant les patients ayant fait l’objet de soins intensifs, le nombre de ces derniers est passé de 62 cas le 20 juillet dernier à 55 cas le 2 août pour atteindre 42 cas le 20 août.

Universités et écoles : un protocole sanitaire mis en place
A propos de la reprise des universités et des écoles et lycées, le Dr Bekkat Berkani a révélé que cela se fait en «suivant un protocole sanitaire, comme pour tous les autres secteurs». Les membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie et ceux du ministère de l’Enseignement supérieur et de l’Education nationale se sont déjà rencontrés pour «préparer la rentrée universitaire et la rentrée scolaire dans les meilleures conditions sanitaires possibles» aussi bien pour les enseignants et les étudiants que pour les élèves.
«Nous nous sommes réunis avant, le personnel en charge de la préparation de la rentrée au niveau des deux ministères nous ont donné leurs propositions et nous avons mis au point un protocole sanitaire qui a été ensuite validé par le Comité scientifique», a indiqué Dr Bekkat Berkani. Avant leur ouverture, l’ensemble des universités, lycées et écoles ont été nettoyés et désinfectés, de même que les conditions sanitaires dans lesquelles se dérouleront les examens ont été abordées, entre autres.<