Les frais d’itinérance ou Roaming de l’utilisation du téléphone mobile seront supprimés entre l’Algérie et la Tunisie, ont annoncé, hier à Alger, les ministres de la Poste et des Télécommunications des deux pays.

« Nous avons décidé d’encourager les autorités de régulation des deux pays à inciter les opérateurs de téléphonie mobile à mettre les dispositifs techniques et les négociations commerciales nécessaires pour que leurs échanges soient transparents par rapport aux clients qui voyagent des deux côtés des frontières, sans devoir payer plus pour le Roaming et d’être obligés d’effectuer un quelconque changement sur leurs appareils téléphoniques», a indiqué la ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique, Houda-Imene Faraoun, lors d’un point de presse avec son homologue tunisien Anouar Maârouf, à l’issue des travaux de la 3e session du Comité technique mixte algéro-tunisien pour la coopération dans le domaine de la Poste et des TIC.
De son côté, le ministre tunisien a exprimé « la volonté commune des deux pays de supprimer le Roaming, c’est-à-dire de créer ce qu’on appelle le One Network Area qui permettra aux citoyens des deux côtés de la frontière de se sentir chez eux ».
Les Algériens et Tunisiens détenteurs d’un forfait voix et data «pourront donc utiliser, à l’avenir, leurs téléphones en Algérie et/ou en Tunisie sans payer de frais supplémentaires», a-t-on expliqué auprès de responsables du ministère. Selon eux, tous les appels émis depuis les deux pays «devaient être traités comme des appels nationaux». Le Roaming permet à l’abonné d’un réseau téléphonique d’utiliser son téléphone dans un autre pays, grâce à des accords entre les opérateurs. Lorsqu’on passe une frontière, le téléphone se connecte automatiquement au réseau partenaire de l’opérateur téléphonique dont on dépend. Il s’agit d’un service payant, dont les tarifs, jugés souvent excessifs, sont variables d’un opérateur à l’autre.

Une bonne nouvelle pour l’expert en TIC Ali Kahlane
Contacté par Reporters, l’expert en nouvelles technologies d’information et de télécommunication Ali Kahlane se félicite de cette démarche. « C’est une très bonne nouvelle pour les Algériens qui se rendent en Tunisie. Ainsi, ils n’auront pas à payer les frais exorbitants de Roaming», a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Le Roaming n’a plus de raison d’être. La technologie a tellement progressé que le maintien de cette disposition est devenu inutile. » A la question sur la possibilité d’élargir ce Roaming aux services de la 3G et de la 4G, il dira qu’en ce moment, il ne sera pas possible d’avoir ce service. «Techniquement, c’est possible, mais vu les investissements engagés par les opérateurs pour le déploiement de la 3G et de la 4G, je ne pense pas qu’ils vont le faire », a-t-il noté.
Pour lui, l’accord signé par l’Algérie et la Tunisie est motivé par le recours de plus en plus important des touristes algériens en Tunisie aux services wifi pour appeler leurs proches en Algérie en utilisant Viber, Facebook, Skype et autres. «La signature de cet accord est intervenu après que des études ont montré les limites du Roaming. Maintenant, les gens utilisent le wifi dans les hôtels, les aéroports, les gares, les restaurants et les cafés pour appeler leurs proches. Le maintien de ce mode dépassé ne rapporte plus grand-chose aux opérateurs», explique-t-il. Interrogé sur la possibilité de signer des accords similaires avec d’autres pays, notre interlocuteur nous fait savoir que dans le passé, des négociations ont été engagées par les opérateurs algériens de la téléphonie mobile avec leurs homologues d’autres pays en vue de supprimer le Roaming entre opérateurs, mais l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT) n’a pas adhéré à cette démarche. «Je souhaite que cette suppression s’élargisse à d’autres pays pour offrir aux Algériens qui voyagent à l’étranger des services téléphoniques pas chers », a-t-il dit, avant de souligner la lenteur de prise de décision en Algérie.
« Le problème en Algérie est que les négociations prennent énormément de temps. Plusieurs acteurs interviennent pour bloquer un projet important en invoquant souvent des raisons sécuritaires », a-t-il poursuivi, avant de plaider pour la libéralisation des initiatives. « Il faut libérer les initiatives dans le domaine TIC et se débarrasser de toutes ces contraintes qui n’ont pas lieu d’être», note-t-il.<