Par Feriel Nourine
Les trois opérateurs de téléphonie mobile, en Algérie, en l’occurrence Mobilis, Djezzy et Ooredoo, devraient changer de mode opératoire pour permettre à cette activité de se répartir sur de nouvelles bases dans les objectifs de rentabilité que lui ont tracés ses responsables, mais aussi pour participer considérablement à la digitalisation du secteur bancaire
C’est ce qui ressort d’une étude financière réalisée par le cabinet conseil Finabi sur ces opérateurs qui se partagent le marché de la téléphonie mobile. Le diagnostic établi fait ressortir une «érosion importante de la profitabilité (résultat net/chiffre d’affaires) du secteur. Elle est passée de 14% en 2015 à 9% en 2020 avec un pic de 19% en 2016 et 2017 avant de connaître une chute de 9 points en 2018, relève Finabi. Le modèle actuel «s’essouffle», souligne le cabinet conseil, alors que «la courbe de l’évolution de l’activité est négative», insiste-t-il. Or, la digitalisation du secteur bancaire algérien et l’amélioration de l’inclusion financière passent par le «rôle structurant et névralgique des opérateurs télécom», affirme la même source.
Ce qui n’est pas le cas, actuellement, dans une démarche de concurrence perdante pour les trois opérateurs. A titre d’exemple, Finabi cite le chiffre d’affaires du secteur qui a été de 279 milliards de DA en 2020, contre 331 milliards de DA en 2015, soit une décroissance de 16%. Pire, le chiffre d’affaires mensuel par abonné est passé de 637,84 DA en 2015 à 510,38 DA, une perte de 20% de chiffre d’affaires par abonné malgré une augmentation du parc de 5% (43,22 millions d’abonnés en 2015 versus 45,55 millions d’abonnés en 2020), fait ressortir le même diagnostic.
«La raison principale de cette décroissance est la concurrence acharnée entre les trois opérateurs, surtout en 2018», explique le cabinet conseil. «A titre d’exemple, El Wataniya Télécom (Ooredoo) a perdu 100 DZD de chiffre d’affaires mensuel par abonné en 2018 pour rester concurrentielle !», poursuit-on. C’est pourquoi le secteur de la téléphonie mobile «doit se diversifier en urgence pour se régénérer», préconise-t-on, considérant que «l’importance de sa clientèle (45,55 millions d’abonnés en 2020), son réseau commercial et sa maîtrise de la technologie sont des atouts pour digitaliser le secteur bancaire algérien».
Finabi cite à ce propos, l’opérateur télécom français Orange, qui «est en train de changer les comportements et d’améliorer la bancarisation et l’inclusion financière en Afrique depuis 10 ans, via son offre Orange Money, qui permet à plus de 60 millions de personnes exclues du système financier traditionnel d’effectuer des transactions financières de manière instantanée, sécurisée et fiable». Ces services sont offerts dans plus de 380 000 points de vente sur le continent africain. La création par les opérateurs télécoms de banques digitales permettra d’améliorer leurs activités et profitabilités moribondes et surtout l’effet levier sur la bancarisation et l’inclusion financière sera exponentielle.
«A titre illustratif, si chaque abonné décide de confier 50 000 DA annuellement de ses ressources pour bénéficier des services bancaires digitalisés, le secteur financier captera 2 200 milliards de DA de liquidité», conclut le cabinet conseil. n