Dans le cadre de la célébration de la manifestation Italien Design Day (IDD 2018), initiée par l’ambassade d’Italie en Algérie et le Centre culturel italien d’Alger, une trentaine de designers algériens exposent aux côtés de designers italiens, jusqu’au 14 avril, au Musée national d’art moderne et contemporain (Mama).

Parmi eux Jamel Matari, qui présente des tables en cuivre qu’il a baptisées «Tektoukète», dont le concept s’articule autour de la thématique centrale de l’exposition qui est la durabilité.
À ce propos, Jamel Matari, écrit que «c’est par le biais de la revalorisation et la sauvegarde d’un métier artisanal ancestral, qu’est la dinanderie, que j’aborde la question de la durabilité. Le cuivre, matériau rare et recyclable à l’infini, prenant en compte son cycle de vie et ses répercussions positives sur l’environnement». Il précisera aussi que les tables ont été réalisées par Messaoud Lechhab, dinandier constantinois, qui a remporté le premier prix du concours de dinanderie de l’artisanat d’art.
À propos de «tektoukète», Jamel Matari nous explique que «ce terme désigne la petite table de tous les jours, souvent utilisée pour un café ou une boisson rafraîchissante entre voisines, car elle est très pratique par sa petite dimension.
Elle est aussi un symbole de convivialité et de tout un art de savoir-vivre». Il ajoute : «Quand j’ai commencé la réflexion pour la conception de ces tables, je me suis rendu compte que souvent, dans la langue dialectale, on dit dans la plupart des régions ‘’meïda’’ et rarement ‘’tektouka’’. C’est une manière pour moi de remettre ce terme, utilisé dans le vieil Alger et à Koléa, au goût du jour.»
Dans les faits, l’esprit de la durabilité des «tektoukète» s’inscrit à trois niveaux, tant dans le concept, la technique que dans la récupération des matériaux. À propos de la récupération d’objets, le corps de la table est en fait une «berma», grande marmite que l’on utilise à Constantine pour préparer el djouzia. Le designer l’a transformée dans un esprit pratique de rangement. Les pieds de la table sont aussi récupérés d’un alambic «el kattar», que l’on utilise pour la distillation des roses et des fleurs, un clin d’œil à un savoir-faire ancestral.
Quant au fameux plateau en cuivre de la table amovible, il représente le fameux «snii». Le plateau, qui est d’une texture martelée, rend également hommage à une technique ancestrale qui est l’art du martelage. «On a l’impression que c’est nouveau et contemporain, alors que c’est un geste séculaire», souligne Jamel Matari. Le designer tient à saluer le savoir-faire et la dextérité de l’artisan dinandier qui a réalisé les tables, Messaoud Lechhab, un jeune d’une trentaine d’années, qui est l’un des rares de sa génération à reprendre le flambeau de la dinanderie.
Le designer confie que «l’enjeu de cette expérience est de trouver le moyen de donner un nouveau souffle à notre patrimoine dans un esprit contemporain tout en préservant des savoir-faire ancestraux qui ont tendance à disparaître si on ne forme pas de relève». Jamel Matari est architecte de formation et diplômé en design d’aménagement d’intérieur de l’Ecole des beaux-arts d’Alger 1994. En 1997, il crée une agence de publicité et d’aménagement d’espaces et de réalisation de stands, comme designer et scénographe pour de grandes expositions.  
Il a déjà participé à plusieurs expositions en tant que designer, à l’instar de celle organisée, en 2014, au Palais de la culture d’Alger, où il présenta une table basse en corian baptisée «Mataria». En 2015, dans le cadre de « Constantine, capitale de la culture arabe», il participe à une grande exposition, «Tassamim Aabi Fi Cirta», sur le design et l’artisanat, où il présente «Wadaa», une sculpture luminaire en cuivre rouge.
Il a aussi participé, en 2016, à l’exposition «D’zaïr Art Craft» au musé MOAD, à Johannesburg, en Afrique du Sud, et aussi, la même année, à la Triennale de Milan.