L’Iran a signifié, hier, à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) la mise en route d’un plan dans l’objectif d’augmenter sa capacité à enrichir l’uranium en renforçant le nombre de ses centrifugeuses. Une décision qui sonne comme une première réaction effective à la décision aventureuse de Donald Trump de se retirer de l’accord sur le nucléaire qui avait provoqué une grande déception.

Téhéran a néanmoins précisé, par la voix du vice-président iranien, Ali Akbar Salehi, que cette décision «ne viole pas l’accord» sur le nucléaire conclu en juillet 2015 à Vienne et dont les Etats-Unis se sont retirés le 8 mai, suscitant la consternation générale. Selon le vice-ministre, qui est également président de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, «une lettre a été déposée à l’AIEA sur le commencement de certaines activités». «Si les conditions le permettent, peut-être que demain soir à Natanz, nous pourrons déclarer l’ouverture du centre de production de nouvelles centrifugeuses», a-t-il annoncé.
Cette déclaration pourrait bien annoncer le retour à une activité nucléaire sans contrainte de la part de l’Iran, qui avait averti qu’un retrait américain pourrait avoir des conséquences sur ces activités dans le domaine atomique. La nuance est toujours de mise.
Pour Salehi, l’annonce de la production de centrifugeuses «ne veut pas dire que nous allons commencer l’assemblage des centrifugeuses» en vue de leur utilisation. «Ces démarches ne veulent pas dire que les négociations [avec l’Europe] ont échoué», a encore noté Salehi, faisant référence aux discussions entre l’Iran et l’Union européenne, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, pour tenter de sauver l’accord de Vienne malgré le retrait américain.

«Le devoir de se préparer»
Particulièrement déçu par le retrait des Américains d’un accord sur lequel beaucoup a été misé, l’Iran pourrait revenir, malgré les menaces, à ses activités d’avant l’accord. Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a indiqué que «l’OIEA (avait) le devoir de se préparer rapidement» à augmenter sa capacité de production d’uranium enrichi. Il faut dire que la décision de Trump aura affaibli la confiance dans les accords internationaux qui pourraient être atomisés facilement dès lors qu’il y a changement à la tête du pouvoir. L’enrichissement de l’uranium permet de produire du combustible pour les centrales nucléaires de production d’électricité atomique ou peut avoir d’autres applications civiles, dans le domaine médical, par exemple. Mais hautement enrichi, et en quantité suffisante, l’uranium peut aussi permettre la fabrication d’une bombe atomique. La décision de Téhéran semble déjà un début de réponse à la volte-face de Donald Trump qui, au nom des Etats-Unis, avait décidé de se retirer de l’accord de 2015 malgré la résistance des Européens. Washington avait même menacé les entreprises étrangères leur intimant l’ordre de quitter l’Iran mettant dans l’embarras certaines d’entre elles. Bien que Téhéran ait pris le soin de souligner que cette reprise de l’enrichissement ne contredit en rien les termes de l’accord fragilisé, il paraît clairement que la sortie de Trump a déchargé l’Iran de tout engagement lié à l’accord. D’autant plus que les Européens, ayant pourtant annoncé leur intention de sauver l’accord, ont montré des limites flagrantes dans la gestion de ce dossier complexe. Les dirigeants iraniens ont déjà averti en mai qu’ils ne donneraient pas plus de quelques semaines aux Européens pour négocier et qu’ils ne resteraient pas dans l’accord s’ils n’y trouvent plus leur compte. Lors de son dernier discours, le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a de nouveau averti les Européens que l’Iran n’accepterait «jamais» de devoir être sous sanctions tout en continuant à brider son programme nucléaire.