Le chef de l’Etat a signé hier l’acte officiel mettant fin à l’accord liant Sonatrach à l’Office marocain de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) sur le passage par le royaume du gazoduc Maghreb-Europe (GME) destiné à l’approvisionnement de l’Espagne en gaz algérien. La non-reconduction de cet accord, qui a expiré hier, est synonyme de confirmation par Alger de la fermeture de cette méga canalisation servant à l’alimentation d’une partie importante du réseau électrique marocain.

PAR NAZIM BRAHIMI
Dans le prolongement de la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat, le président Tebboune a ordonné à la compagnie nationale Sonatrach de ne pas renouveler le contrat commercial avec l’Office marocain de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), qui a expiré hier, selon un communiqué de la Présidence.
L’instruction met ainsi fin au contrat du Gazoduc Maghreb Europe (GME) qui alimentait jusque-là l’Espagne en passant par le Maroc.
Mis en exploitation en 1996, le GME acheminait du gaz algérien à partir de Hassi R’mel vers l’Espagne, sur 1.400 km, en traversant le territoire marocain.
Cette mesure marque ainsi la concrétisation de la décision des autorités algériennes de suspendre entièrement les livraisons de son gaz à l’Espagne par le GME et de ne pas renouveler son contrat gazier avec le Maroc, qui courait jusqu’à hier 31 octobre.
«Au regard des pratiques à caractère hostile du Royaume marocain à l’égard de l’Algérie, des pratiques qui portent atteinte à l’unité nationale et après consultation du Premier ministre, ministre des Finances, du ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, du ministre de l’Energie et des Mines, le président de la République a donné des instructions à la société nationale Sonatrach à l’effet de cesser toute relation commerciale avec la société marocaine et de ne pas renouveler ledit contrat», a expliqué la même source.
Le gazoduc Maghreb-Europe, d’une capacité annuelle de 13,5 milliards de mètres cubes, reliant l’Algérie à l’Espagne via le Maroc, ne fonctionnera plus à partir d’aujourd’hui 1er Novembre.
Cependant, l’Algérie continuera à approvisionner ses clients de la péninsule Ibérique via le gazoduc sous-marin Medgaz. En termes de chiffres, en plus des 8 milliards de m3 par an qui permettent à l’Algérie de couvrir une partie des besoins de ses clients espagnols et portugais, le pays approvisionnera également ses clients au moyen de méthaniers mobilisés par le groupe Sonatrach.
«Nous avons convenu avec les amis espagnols de les approvisionner en gaz naturel exclusivement via le gazoduc Medgaz», avait récemment déclaré le président Tebboune, précisant qu’en cas d’imprévus, «l’approvisionnement se fera à bord de méthaniers».
Fin septembre, le ministre espagnol des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la Coopération, José Manuel Albares Bueno, en visite de travail à Alger, avait indiqué avoir reçu «des garanties» de la part des autorités algériennes sur l’approvisionnement de l’Espagne en gaz.
«L’Algérie est un partenaire économique de premier ordre pour l’Espagne, et a toujours été un partenaire fiable qui a honoré ses engagements. J’ai également été rassuré aujourd’hui quant à la continuité de l’approvisionnement (en gaz)», avait indiqué M. Albares Bueno.
«Nous avons pris toutes les dispositions nécessaires en cas de non-renouvellement du contrat d’excellence du gazoduc concerné», avait déjà rassuré le patron de Sonatrach avant même la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. «Même en cas de non-renouvellement de ce contrat qui prend fin en octobre, l’Algérie pourra fournir l’Espagne, mais également répondre à une éventuelle demande supplémentaire du marché espagnol sans aucun problème», avait déclaré le P-DG de la compagnie nationale au mois de juin dernier.
«L’Espagne a réussi à sauver avec l’Algérie un possible problème d’approvisionnement si une escalade de représailles à l’encontre de notre pays par le Maroc commençait», avait indiqué alors un média espagnol.
Il s’agit pour les deux pays, selon des observateurs, de recourir au gazoduc Medgaz, installations appartenant pour 51% à Sonatrach et 49% à son partenaire espagnol Naturgy, en guise de réplique à la stratégie déployée par la partie marocaine au détriment de l’accord de partenariat portant sur le gazoduc «Maghreb-Europe».<